Dott tient Lime et Bird pour responsables de la colère des gens envers les trottinettes électriques en France

Dans un centre de maintenance des trottinettes électriques en libre-service Dott, en région parisienne. Dott

Dott, l'opérateur français de trottinettes électriques, vient de collecter 30 millions d'euros supplémentaires en moins d'un an, un tour de table mené par deux de ses investisseurs historiques, Equity Ventures et Nasper. Dott avait déjà levé 20 millions d'euros en fin d'année dernière. Cette somme servira notamment à lancer un service de vélos électriques d'ici la fin de l'année et à industrialiser leur production. La ville n'a pas encore été choisie nous précise Dott. Il ne s'agira pas forcément de Paris où l'entreprise est présente avec son service de trottinettes électriques, comme à Bruxelles, Lyon et Milan.

Les investisseurs ont décidé de soutenir une startup présente sur un marché en pleine déliquescence, comme les prévisions le laissaient à penser. En un an, depuis l'arrivée des premiers deux roues en libre-service avec Lime et Bird, la moitié des opérateurs auraient déjà abandonné ou mis "temporairement en veille" leur service, selon Les Echos et le Journal du Net. Dott propose toujours ses trottinettes électriques aux côtés de ses rivaux Jump (Uber), Circ, Lime, Bird et B-Mobility.

"Ce n'est pas surprenant et c'est même une bonne nouvelle, analyse Nicolas Gorse, directeur général France de Dott. Pour les clients, ça améliore la lisibilité de l'offre. C'est la fin des trottinettes électriques première version de Ninebot qui ne sont pas adaptées à un usage intensif de libre-service". Le parallèle avec l'abandon des entreprises de vélos en libre-service est facile à faire.

Des modèles pas adaptés à la France

Dans le viseur de Nicolas Gorse : Lime et Bird. Les deux startups américaines — aux poches pleines de plusieurs centaines de millions de dollars — ont inondé les villes de trottinettes bas de gamme. En quelques mois, elles les ont installées partout, profitant d'un vide juridique et réglementaire que la future loi LOM va tendre à rectifier. Ce déploiement rapide à l'international a rendu les investisseurs fous et a créé un appel d'air pour d'autres startups. Revers de la médaille, la trottinette électrique, installée au milieu des trottoirs, parfois renversée, roulant n'importe où et provoquant des accidents, a suscité l'ire des autres usagers — piétons, scooters, motos et voitures. Désormais, la cohabitation est compliquée et la trottinette électrique a une image déplorable. 

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Pour Nicolas Gorse, Lime et Bird sont les premiers responsables de cette situation : "On leur en veut. Ils sont arrivés les premiers et ils avaient la possibilité de bien faire les choses, en se déployant de manière raisonnée, en éduquant les gens, en étant responsables. Au lieu de cela, ils se sont tirés la bourre avec des produits jetables, en faisant appel à des travailleurs indépendants (juicers) pour remplacer leurs trottinettes. Or, ce n'est pas un modèle adapté à la France. Ils n'ont pas le droit aujourd'hui de parler de mobilité durable."

Être choisi par la Ville de Paris, un enjeu de survie

Des villes comme Toulouse, Nantes et plusieurs de région parisienne ont repoussé toute trottinette en libre-service dans leurs rues. Et Paris a décidé de suivre la voie tracée par San Francisco en lançant un appel d'offres pour octroyer à seulement deux ou trois sociétés le droit d'exercer l'activité de location de trottinettes en libre-service. Autant dire que les bons élèves auront plus de chance d'être choisis, Anne Hidalgo ayant prévenu que les critères sociaux et environnementaux seront particulièrement pris en compte. Rester à Paris va devenir une question de survie économique pour les acteurs présents. Leur retrait de certains peut s'expliquer par ce futur choix de la collectivité.

"L'acceptabilité du service est la clé pour que ça fonctionne. C'est facile de disposer des trottinettes partout mais c'est plus compliqué de tendre vers la rentabilité. Ce n'est pas un simple métier de plateforme mais d'opérateurs, c'est-à-dire qu'il faut s'assurer de la qualité des trottinettes mais aussi avoir des employés qui les récupèrent, les réparent, les rechargent et les relocalisent. Perdre Paris, c'est un risque de survie, ile ne faut pas se voiler la face. On a beaucoup investi dans le produit, dans des entrepôts. On ne prétend pas que tout soit parfait chez Dott, mais on travaille pour que nos produits soient durables", explique Nicolas Gorse.

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Dans un entretien au Financial Times en fin d'année 2018, un haut dirigeant de Segway-Ninebot, l'un des principaux fabricants de trottinettes électriques, a fait part de ses doutes sur l'avenir du modèle économique de ses clients et prédit le rapprochement des startups du secteur avec de grands groupes. Ce n'est pas encore la vision de Dott. Aux moyens plus limités que Lime et Bird, l'entreprise de 100 personnes a décidé de se lancer dans quatre villes (Bruxelles, Paris, Lyon et Milan). Elle dispose de 3 500 trottinettes en France dont 2 500 à Paris. En moyenne, ses usagers effectuent 3,2 kilomètres et la trottinette est utilisée quatre fois par jour, avec un service très saisonnier. Le défi économique est aussi celui-ci : faire en sorte que sur une année, hiver et automne compris, les usages moyens ne baissent pas.

La startup devrait annoncer en septembre que ses véhicules ont une durée de vie d'un an en attendant la prochaine génération avec des batteries amovibles. D'ici 2020, Dott prévoit d'ouvrir son service en Allemagne, aux Pays Bas et au Royaume-Uni.

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