On ne peut pas affirmer que le Joker soit atteint d'une maladie mentale, selon un expert en psychopathologie

On ne peut pas affirmer que le Joker soit atteint d'une maladie mentale, selon un expert en psychopathologie

Joaquin Phoenix dans "Joker". Warner Bros.

Tout comme ses prédécesseurs, le Joker de Joaquin Phoenix est un personnage qui divise le public depuis la sortie du film. Les critiques vont du film brillamment provocateur à l’œuvre irresponsable à l'ère des tueries de masse. Mais le sujet qui revient le plus souvent dans les discussions autour du film concerne la santé mentale. Le Dr Ziv Cohen, expert en psychiatrie criminel et professeur adjoint de psychiatrie clinique à l’Université Cornell, aux États-Unis, a répondu aux questions de Business Insider US. 

Ce spécialiste de la violence, des comportements prédateurs, de la psychopathie et autres troubles de la personnalités toxiques, admet que le film dépeint parfaitement le manque de ressources et la négligence qui entoure la santé mentale. En revanche, il se trompe sur beaucoup d’autres points. "Joker" raconte l’histoire d’Arthur Fleck, un homme qui adopte un comportement ultra violent après s’être senti injustement rejeté par la société. Le film tente d’expliquer comment une personne psychologiquement atteinte s’est transformée en l’un des méchants les plus infâmes de la saga Batman. 

Maladie mentale ne veut pas dire violence

Ziv Cohen craint que ce film sur les origines de Joker ne stigmatise encore un peu plus les maladies mentales. Selon lui, il est particulièrement problématique de chercher à diagnostiquer des "méchants" qui commettent de mauvaises actions. Cela ne fait que renforcer le stéréotype erroné voulant que les maladies mentales soient forcément liées à la violence.

"La recherche indique clairement que les personnes atteintes de maladie mentale ne sont pas plus violentes que le reste de la population", avance-t-il. "En fait, les personnes atteintes de maladie mentale sont plus susceptibles d'être victimes de crimes que de les commettre." Quoi qu'il en soit, bien que le Joker soit d'une complexité hypnotique, essayer de poser un diagnostic sur ce personnage serait réducteur, estime l’expert. "Tout comme les gens, les personnages bien vivant ne peuvent pas être réduit à de simples diagnostiques", explique-t-il. "Par exemple, en psychiatrie, lorsque nous donnons à quelqu’un l’étiquette 'bipolaire', cela ne signifie pas que nous avons relevé la caractéristique la plus intéressante concernant cette personne. Il s’agit juste d’un aspect de cet individu, qui explique rarement l’intégralité de son comportement."

Niko Tavernise. Warner Bros.

Il ne pense d’ailleurs pas que le Joker réponde aux critères permettant de diagnostiquer les maladies mentales et autres troubles mentaux qui parfois (bien que cela soit rare) expliquent un comportement hors la loi. 

Deux maladies mentales dont le Joker n'est pas atteint

  • La schizophrénie. Cette maladie mentale grave entraîne divers troubles de la pensée. Les personnes atteintes sont alors incapables de raisonner clairement ou de faire preuve de logique. Des idées délirantes apparaissent et leur font croire à des choses qui n’existent pas. Ils sont également prompts au manque de motivation les empêchant de s’engager dans une activité productive. "Il est clair que le Joker ne colle pas au moule", explique Ziv Cohen. "C'est un penseur très lucide, capable de commettre des méfaits incroyablement compliqués et bien orchestrés. Il est aussi particulièrement motivé et capable d'interagir avec les autres à un très haut niveau (c'est-à-dire, de les manipuler). De plus, il ne montre aucune preuve de pensée délirante."
  • Le trouble bipolaire. Il se caractérise par des épisodes "maniaques" et "dépressifs". Durant un épisode maniaque, une personne atteinte par ce trouble bipolaire sera incroyablement énergique et impulsive, parlera rapidement et adoptera des comportements excessifs, comme avoir des relations sexuelles et dépenser d'énormes sommes d'argent. "En revanche, le Joker fait preuve d'une excellente maîtrise de lui", a déclaré Ziv Cohen. "Il peut être rapide quand il en a besoin, mais il peut aussi contrôler son comportement et 'agir' comme bon lui semble. Ce n'est pas du tout compatible avec le trouble bipolaire."

Qualifier le Joker de psychopathe serait réducteur

Même le qualifier de psychopathe peut être réducteur. La psychopathie n'est pas un diagnostic officiel dans le DSM-5, le manuel américain de diagnostique et statistique des troubles mentaux, mais relève essentiellement des critères du trouble de la personnalité antisociale. Comme beaucoup de traits de personnalité, la psychopathie est un spectre. On estime qu'environ 1 à 2 % des hommes et 0,3 à 0,7 % des femmes de la population générale sont de vrais psychopathes, mais pour le reste d'entre nous, nous tombons dans l'échelle inférieure. Le psychopathe est associé au charme, à la manipulation, à l'insensibilité et à la capacité de faire la différence entre le bien et le mal, même si en pratique, il fait peu de cas des règles. En bref, un psychopathe n'a aucune empathie pour les autres et agit selon ses impulsions et ses décisions, calculées uniquement pour servir ses propres intérêts. 

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La psychopathie est parfois confondue avec la "folie criminelle", explique le Dr Ziv Cohen. Hannibal Lecter, par exemple, a été placé dans un établissement psychiatrique sous la surveillance d'un psychiatre. "Mais en réalité, lorsqu'une personne est psychopathe, elle n'est pas mentalement malade, sauf dans un sens philosophique", ajoute-t-il. Ce que je veux dire, c'est qu'au plan philosophique, on peut soutenir qu'une personne qui fait délibérément fi de la morale agit d'une manière "folle", que son comportement est totalement contraire à tout ce à quoi la plupart des gens croient et aux règles qui font fonctionner la société. Mais d'un point de vue psychiatrique, ces personnes n'ont pas de maladie. La psychopathie est un trait de personnalité."

Pour Ziv Cohen, le Joker pourrait être considéré comme un psychopathe, mais encore une fois, c'est probablement trop simpliste. Après tout, les psychopathes s'épanouissent dans certaines des carrières les plus complexes qui soient, comme le droit, la médecine et les rôles de direction, en raison de leur capacité à gérer le stress avec la tête froide. La plupart du temps, ils le font sans tuer qui que ce soit.

Version originale : Lindsay Dogson / Business Insider 

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  1. Excellent article avec un point de vue très différents de ce qu'on peut lire ici et là. Et même si tout ce qu'on y lit est juste, il est important de rappeler que le Joker est tout de même atteint du syndrome pseudo-bulbaire, causé par une dégénérescence neuronale.

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