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On vous résume l'affaire Ubisoft dans laquelle des haut placés sont accusés d'harcèlement et d'agressions sexuelles

On vous résume l'affaire Ubisoft dans laquelle des haut placés sont accusés d'harcèlement et d'agressions sexuelles
Un logo Ubisoft au sein de l'incubateur de startups Station F à Paris, en 2017. © Christophe Morin/Bloomberg via Getty Images

Une vague de témoignages sur le harcèlement et la violence sexuelle au sein de l'industrie du jeu vidéo déferle depuis plusieurs jours. Les médias n'hésitent pas à parler de mouvement #metoo du jeu vidéo : une libération de la parole pour dénoncer le sexisme au sein d'un milieu en grande majorité masculin, qui pourrait déboucher sur une véritable remise en question et des changements systémiques. Et cette vague touche notamment Ubisoft.

Le géant français — derrière des franchises telles qu'"Assassin's Creed", "Far Cry" ou "Rainbow Six" — est mis en cause, ce jeudi 2 juillet, dans une longue enquête publiée dans Libération. Le quotidien décrit l'atmosphère toxique au sein de certains services, et l'inaction des ressources humaines, qui chercheraient à protéger les hommes haut placés accusés de harcèlement et d'agressions sexuelles par d'anciens et actuels employés.

Voici les points clés de cette affaire :

19 juin 2020 : les premiers témoignages contre des joueurs et streamers

Le 19 juin, un utilisateur de Twitter sous le pseudo Hollowtide dénonce l'attitude d'un joueur de "Destiny" de haut niveau, le qualifiant de "seigneur des ordures". Une accusation qui, comme l'écrit le New York Times, va en entrainer des dizaines d'autres. Elles proviennent majoritairement de femmes et visent des joueurs professionnels ou des streamers, et ont notamment mené à la démission du patron d'une société de management de talents.

25 juin : les accusations touchent Ubisoft

Les accusations atteignent Ubisoft et mettent en cause des employés au Brésil, en Suède, au Canada ainsi qu'en France. Le 25 juin, l'entreprise publie, selon Bloomberg, un message interne, puis un communiqué sur son site, pour annoncer l'ouverture d'enquêtes internes "avec le soutien de consultants externes spécialisés". "En fonction des conclusions (de ces enquêtes), nous nous engageons à prendre toutes les mesures disciplinaires appropriées", écrit l'entreprise.

26 juin : deux cadres sont mis à pied, selon Bloomberg

Le 26 juin, Bloomberg, citant des sources internes, rapporte que Tommy François et Maxime Béland, deux vice-présidents au sein de l'unité chargée du développement des jeux, ont été mis à pied. Ubisoft ne confirme toutefois pas cette information.

2 juillet : une enquête dans Libération met en lumière de nouveaux témoignages

Ce jeudi 2 juillet, Libération publie une longue enquête sur ce que le quotidien qualifie de système toxique au sein de l'entreprise. L'enquête incrimine particulièrement Tommy François, le bras droit de Serge Hascoët, le directeur créatif d'Ubisoft, qui supervise l'aspect créatif de tous les projets de l'entreprise. Tommy François est dépeint comme un manipulateur et un prédateur, protégé par sa hiérarchie et les ressources humaines.

Libération indique avoir recueilli les témoignages d'une vingtaine d'anciens et actuels employés. Une des jeunes femmes interrogées raconte notamment avoir été embrassée de force par Tommy François lors d'une soirée d'entreprise en décembre 2015. "Dans cet environnement extrêmement toxique, Tommy est le chef d’orchestre mais pas l’unique responsable. Le problème, c’est le système autour qui autorise quelqu’un comme ça à avoir du pouvoir, à s’en servir", explique Cassandra, une des femmes qui témoigne dans Libération. "Qu’années après années, il soit promu, valorisé en externe, et qu’il soit traité complètement différemment d’autres personnes du même rang, c’est un système d’impunité et de privilège. Dans ce système-là, être une femme, c’est être à l’échelon le plus bas."

Par l'intermédiaire de son avocat, Tommy François conteste ces faits dans un message par écrit : "Nous encourageons l’ensemble des personnes qui se disent victimes de nos prétendus agissements à saisir les autorités judiciaires. De telles plaintes auraient ainsi l’avantage de permettre aux autorités de s’assurer de l’authenticité de ces allégations et de nous permettre d’y répondre et d’en démontrer la fausseté."

Libération pointe aussi du doigt l'inaction des ressources humaines. "C’est un mal systémique qui concerne tout Ubisoft", va jusqu'à dire une des sources du journal. "Il y avait de la part des RH une sorte de complicité induite avec Tommy François. On a l’impression d’avoir affaire à un système intouchable, protégé par le top management", ajoute un homme qui raconte avoir été harcelé.

Ces révélations ont fait réagir Marlène Schiappa, la secrétaire d'Etat chargée de l'égalité femmes-hommes. "Je salue le fait qu'une fois encore cela puisse être mis au jour. Il faut que chacun prenne ses responsabilités", a-t-elle affirmé au micro de Franceinfo. "Il y a du sexisme et des violences sexistes et sexuelles dans la société du jeu vidéo, comme en politique ou le sport. Il y a des employeurs et des organismes au sein desquels cela se passe et ils doivent y mettre fin. C'est leur responsabilité."

Le 2 juillet au soir, le PDG d'Ubisoft, Yves Guillemot, s'est adressé aux salariés dans une lettre interne, publiée sur le site de l'entreprise. Intitulé "Le Changement commence aujourd'hui", le texte liste une série de mesure mises en place à la suite des différents témoignages. "J'ai décidé de revoir la composition du département éditorial, de transformer nos processus de ressources humaines et d'améliorer la responsabilité de tous les responsables sur ces sujets", indique d'abord Yves Guillemot.

Le PDG annonce également la nomination d'une "cheffe de la culture d'entreprise" pour chapeauter les efforts de l'entreprise dans ce domaine, et la création du poste de "chef de la diversité et de l'inclusion". Ubisoft va aussi organiser des "sessions d'écoute" sur tous ses sites et lancer une enquête pour sonder ses employés au niveau mondial. Yves Guillemot indique enfin que l'enquête sur les accusations en cours a été confiée à une équipe externe à l'entreprise.

Article mis à jour le 3 juillet à 11h05 avec les annonces d'Yves Guillemot.

A lire aussi — Ubisoft ouvre des enquêtes internes après plusieurs accusations de violence sexuelle visant des employés

Business Insider
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