Download_on_the_App_Store_Badge_FR_RGB_blk_100517

Orange va transférer vos données de géolocalisation à la Commission européenne


© Clem Onojeghuo/Unsplash

La Commission européenne devrait recevoir "dans les prochains jours" de la part de plusieurs opérateurs de télécoms des données de géolocalisation anonymisées afin d'anticiper les pics de propagation de l'épidémie de coronavirus, a indiqué mercredi 25 mars une source à la Commission. Le commissaire européen chargé du marché intérieur, Thierry Breton, s'est entretenu lundi avec les patrons de plusieurs grands opérateurs européens, dont Orange, Telecom Italia, Telefonica, Deutsche Telekom et Vodafone, qui se sont dits prêts à partager ces métadonnées, a-t-on ajouté de même source.

Il s'agit à l'échelle d'une ville de comparer les déplacements de jour avec ceux de nuit. Ces métadonnées, "anonymisées et agrégées", doivent servir au JRC, centre d'étude scientifique de la Commission, qui travaille sur des algorithmes pour analyser la propagation du virus. L'exploitation de ce type de données se fait déjà dans plusieurs Etats membres. En France, Orange travaille avec l'Institut français de la recherche médicale (Inserm) pour mieux suivre les mouvements de la population pendant la pandémie.

Le but est d'aider les milieux hospitaliers à se préparer et anticiper les besoins en terme d'équipements, explique la source à la Commission, qui ajoute que ces données ont vocation à être détruites dès la fin de l'épidémie. Selon elle, leur utilisation est conforme à la directive ePrivacy, les conditions de stockage répondent au Règlement européen sur la protection des données (RGPD), et le contrôleur européen de la protection des données a été consulté.

'Dans la pratique il est très difficile d'anonymiser'

"Cela n'a rien à voir avec ce qui a pu être mis en place en Corée du Sud ou à Singapour pour traquer le respect du confinement", assure-t-on de même source. "Il ne s'agit en aucun cas de chercher à retracer le mouvement de personnes individuellement". Mais pour l'eurodéputée néerlandaise Sophie in't Veld (groupe Renew), qui a écrit une lettre à Thierry Breton pour demander un certain nombre d'éclaircissements, "dans la pratique il est très difficile d'anonymiser" les données.

"J'aimerais savoir quelle méthode ils vont utiliser, et ce qu'ils vont faire pour assurer la protection de la vie privée", a-t-elle déclaré à l'AFP. "Il faut être attentif. Je ne voudrais pas me réveiller un jour en me rendant compte que les garde-fous de la démocratie et de l'Etat de droit dans l'UE ont disparu." La crise liée au nouveau coronavirus conduit à des mesures exceptionnelles, au risque de rogner les droits des citoyens et de basculer dans un Etat policier.

Ce jeudi matin, au micro d'Europe 1, le patron d'Orange Stéphane Richard a donné un exemple de ce qu'il est possible de calculer grâce aux données de géolocalisation. Lors de la mise en place du confinement, "le nombre d'habitants du Grand Paris s'est réduit de 20%... Il y a eu 30% d'augmentation de la population à l'île de Ré pendant ces deux mêmes jours par rapport à la même période de l'an dernier", précise-t-il. Il serait ainsi possible de savoir "comment les moyens hospitaliers doivent être dimensionnés ou anticipés dans chacune de ces zones".

À lire aussi — Coronavirus : le gouvernement n'a pas de projet utilisant les données de vos smartphones mais il y réfléchit

Découvrir plus d'articles sur :