Où en sont les projets de monnaies numériques lancés par des États dans le monde ?

  • Recevoir tous les articles sur ce sujet.

    Vous suivez désormais les articles en lien avec ce sujet.

    Ce thème a bien été retiré de votre compte

Où en sont les projets de monnaies numériques lancés par des États dans le monde ?
Une visiteuse scanne un QR code pour payer en yuan numérique sur le stand de la Bank of Communications, lors de la Conférence mondiale sur l'intelligence artificielle (WAIC) à Shanghai, en Chine, en juillet 2021. © VCG via Getty Images

Les cryptomonnaies ont connu un essor fulgurant en 2021. Pour contrer leur influence et l'expansion du bitcoin, mais aussi pour faciliter l'émergence d'un nouveau moyen de paiement accessible via un simple smartphone, des États ont décidé de tester et lancer leur propre monnaie numérique. En adoptant parfois des mesures drastiques en parallèle pour empêcher leur population d'avoir recours aux cryptomonnaies.

La Chine a notamment interdit aux établissements financiers de proposer des services en lien avec ce type d'actifs. Le pays a également tout fait pour entraver le minage de bitcoins sur son territoire, une activité indispensable pour valider les transactions en cryptomonnaie sur la blockchain et assurer la sécurisation du réseau décentralisé. Les fournisseurs d'électricité ont ainsi dû couper l'approvisionnement en énergie des mineurs, notamment dans la région du Sichuan.

À lire aussi — La Banque mondiale ne veut pas aider le Salvador à adopter le bitcoin comme monnaie officielle

En toile de fond, c'est la maîtrise du contrôle monétaire qui se joue. Pékin teste actuellement le e-yuan, une monnaie numérique d'État. Mais ce n'est pas le premier pays à s'être lancé dans l'aventure. Les Bahamas l'ont précédé. Et l’Équateur, dès fin 2014, a commencé à expérimenter le Dinero Electrónico, première monnaie électronique soutenue par un État. Une expérience qui a duré plusieurs années, jusqu'en 2018, pour permettre aux personnes ne possédant pas de compte bancaire d'effectuer des paiements avec leur smartphone dans les supermarchés, les pharmacies et d'autres établissements. Avant de cesser faute d'avoir rencontré le succès escompté.

Contrer le bitcoin et les initiatives privées comme celle de Facebook

À la différence d'une cryptomonnaie, qui s'échange de pair à pair en dehors des banques et d'un système étatique, une monnaie numérique émise par la banque centrale d'un pays n'est finalement qu'une représentation virtuelle d'une monnaie fiduciaire d'un État. En 2020, la Banque des règlements internationaux (BRI) précisait que 80% des banques centrales étudiaient le sujet, quand 10% en étaient au stade du projet pilote.

La volonté de Facebook de lancer sa propre monnaie numérique, le libra (devenu le "diem"), avec une flopée de grandes entreprises comme Uber et Mastercard, a suscité l'inquiétude des banquiers centraux et des États, qui ont oeuvré pour réduire la portée d'un tel projet porté par des acteurs privés.

Cette annonce du géant américain des réseaux sociaux, intervenue en juin 2019, a aussi contribué à accélérer la réflexion des banques centrales sur les devises numériques. Mais depuis, le diem n'a toujours pas vu le jour.

Du côté des États et des organisations régionales telles que l'Union européenne, voici les principales expérimentations en cours :

Le e-yuan pourrait être officiellement lancé dès début 2022

Plus de 5 milliards de dollars de transactions ont déjà été réalisées en e-yuan depuis mars 2021.  Costfoto/Barcroft Media via Getty Images

La Chine fait partie des États à la pointe sur les projets de monnaie numérique de banque centrale (MNBC). La Chine a annoncé mi-juillet que les essais de son yuan numérique étaient presque terminés, alors que plus de 5 milliards de dollars de transactions ont déjà été effectués dans cette devise, rapporte RFI.

La banque centrale du pays ne précise pas de calendrier précis sur son lancement officiel, mais le e-yuan pourrait faire ses grands débuts lors des Jeux olympiques d'hiver de Pékin en 2022. Les touristes étrangers pourraient alors s'en servir pour leurs dépenses.

Un euro numérique prévu pour 2025-2026 dans la zone euro

Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE).  European Central Bank/Flickr

La Banque centrale européenne a annoncé le 14 juillet le lancement de son projet d'euro numérique qui prévoit une phase d'étude d'environ 24 mois et qui doit tenir compte "des préférences des utilisateurs et des conseils techniques des commerçants et des intermédiaires". L'objectif est de mettre sur pied une "monnaie numérique de banque centrale sans risque, accessible et efficace", qui existerait en parallèle aux espèces, sans les remplacer.

"Notre objectif est d'être prêt au bout de ces deux ans à commencer à développer un euro numérique, ce qui pourrait prendre environ trois ans", a déclaré Fabio Panetta, membre du directoire de la BCE cité par Euronews. L'euro numérique pourrait donc faire l'objet d'un lancement officiel en 2025/26.

La Suède planche sur un e-krona

La siège de la Sveriges Riksbank, la banque centrale de Suède.  Arild Vågen/Wikimedia Commons

En février 2020, la Suède, qui ne fait pas partie de la zone euro, a aussi lancé un projet pilote pour mettre au point une monnaie numérique publique, en partenariat avec le cabinet de conseil américain Accenture. Le pays a commencé à travailler sur un projet d'e-krona dès 2017. En 2021, la banque centrale du pays précise poursuivre les expérimentations pour évaluer les effets que l'instauration d'une couronne suédoise numérique aurait sur l'économie et la société.

À lire aussi — Voici les États qui s'opposent au bitcoin dans le monde

Plusieurs projets pilotes pour un dollar numérique aux Etats-Unis

La Réserve fédérale (Fed) travaille avec le Massachusetts Institute of Technology (MIT) pour construire une plateforme dédiée à un futur dollar numérique. webandi/Pixabay

Aux États-Unis, ce n'est pas un mais plusieurs projets pilotes qui sont en cours ou qui doivent être lancés courant 2021. Le Digital Dollar Project, une initiative née d'un partenariat entre Accenture et la Digital Dollar Foundation, une organisation à but non-lucratif, a annoncé le 3 mai le lancement de cinq projets pilotes lors des 12 prochains mois pour tester le potentiel d'une future monnaie numérique de banque centrale, rapporte Reuters. L'objectif est notamment de générer des données pour éclairer les décideurs américains sur le sujet.

La Réserve fédérale (Fed), la banque centrale des États-Unis, ne fait pas partie de ce programme mais travaille depuis l'été 2020 avec le Massachusetts Institute of Technology (MIT) pour construire une plateforme technologie dédiée à un futur dollar numérique. Son président, Jerome Powell, estime plus important de parvenir à un système "juste" que d'oeuvrer trop rapidement. Le dollar (non numérique) reste la devise la plus utilisée dans le monde.

Les Bahamas ont lancé en octobre 2020 leur monnaie numérique, baptisée "Sand Dollar"

Les Bahamas. Bryce Edwards/Flickr

Les Bahamas n'ont pas attendu la Chine pour lancer leur propre monnaie numérique. Le "sand dollar" a commencé à être déployé en octobre 2020 dans l'archipel de 700 îles, où les banques commerciales peinent parfois à étendre leurs services et au sein duquel tout le monde n'accepte pas la carte de crédit. Sa valeur est alignée sur celle du dollar, comme c'est déjà le cas du dollar bahaméen.

L'offre de cette devise électronique repose sur des fournisseurs agréés par les autorités monétaires. Six entreprises remplissaient leurs obligations en matière de cybersécurité fin 2020 et ont pu obtenir l'agrément pour distribuer des sand dollars dans les portefeuilles mobiles, selon Les Echos. D'autres acteurs, dont une banque commerciale, les ont rejointes début 2021.

Royaume-Uni, Japon, Inde... beaucoup d'autres États réfléchissent à créer une devise numérique

La ville de Bombay, en Inde. ameeq/Pixabay

De nombreux autres pays du monde travaillent à l'élaboration d'une monnaie numérique contrôlée par leur banque centrale. La pandémie de Covid-19, qui a engendré une baisse de l'utilisation de l'argent liquide comme moyen de paiement, n'a fait qu'accélérer le mouvement. Les principaux enjeux d'une telle devise au quotidien tournent autour de son accessibilité, la sécurité du réseau et la confidentialité des données.

En avril, la Banque d'Angleterre (BoE) et le Trésor britannique ont par exemple lancé un groupe de travail pour évaluer la possibilité et l'intérêt de lancer une monnaie numérique permettant d'effectuer des transactions sans passer par des banques commerciales. L'Australie envisage de son côté une devise numérique qui se baserait sur l'infrastructure de la blockchain Ethereum, selon Reuters. Dans le cadre de ce projet, le pays a signé un partenariat avec l'entreprise américaine Consensys, spécialisé dans la technologie logicielle blockchain.

À lire aussi — On vous présente Michael Burry, l'investisseur star de 'The Big Short' qui prédit un krach des cryptomonnaies

La Banque centrale de la Fédération de Russie pourrait quant à elle lancer d'ici fin 2021 un prototype de la version numérique du rouble. Au Japon, une première phase expérimentale a démarré en avril à laquelle doit succéder une deuxième phase l'an prochain, dans l'optique de définir les fonctions clés d'un yen numérique et les entités qui serviront d'intermédiaires entre la banque centrale du pays (BOJ) et les détenteurs de dépôts.

La banque centrale de Corée du Sud a pour sa part annoncé fin mai 2021 qu'elle recherchait un fournisseur de technologie, par le biais d'un appel d'offres, pour construire une plateforme pilote pour une monnaie numérique. En Inde, une devise numérique doit aussi être introduite de manière progressive. "Chaque idée doit attendre son heure, et l'heure de la MNBC est proche. Nous avons soigneusement évalué les risques", a déclaré T Rabi Sankar, vice-gouverneur de la Reserve Bank of India, le 22 juillet, rapporte Tech Crunch.

Le Vietnam travaille également sur un projet de monnaie numérique. Et le Brésil réfléchit à se lancer dans l'aventure : la banque centrale du pays a publié en mai un document couvrant les directives générales et les caractéristiques d'une future devise numérique brésilienne.

Des projets plus ou moins aboutis existent aussi au Moyen-Orient et en Afrique

Accra, capitale du Ghana. WorldRemit Comms/Flickr

Sur le continent africain, plusieurs États réfléchissent aussi à instaurer une monnaie numérique de banque centrale. L'Afrique du Sud et le Kenya ont commencé à étudier le sujet. Le Nigeria prépare de son côté un projet pilote qui pourrait être lancé dès la fin de cette année. Le Ghana envisage de commencer à déployer un e-cedi à partir de septembre 2021. Au Maroc, enfin, la banque centrale a chargé un comité d'identifier et d'analyser les avantages et risques d'une monnaie numérique.

Au Moyen-Orient, Israël travaille à l'instauration d'un shekel numérique. Les Émirats arabes unis comptent quant à eux lancer leur monnaie électronique d'ici 2026, a précisé le 12 juillet la banque centrale de ce riche pays pétrolier.

Le Salvador a décidé de reconnaître directement le bitcoin comme monnaie officielle

Le président du Salvador Nayib Bukele et son épouse.  Gobierno Danilo Medina/Flickr

Plutôt que de créer sa propre monnaie numérique, le Salvador a choisi le 9 juin 2021 de faire du bitcoin sa monnaie officielle, aux côtés du dollar américain, jusqu'ici seule devise légale dans le pays. C'est le premier État au monde à accorder un tel statut à la cryptomonnaie, qui aura cours légal en septembre au Salvador. Son président, Nayib Bukele, a même annoncé que chaque citoyen recevrait l'équivalent de 30 dollars en bitcoins s'il ouvre un portefeuille électronique appelé "Chivo" sur son smartphone.

Le Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale ont depuis mis en garde le pays, le cours du bitcoin étant extrêmement volatil et son adoption pour les transactions du quotidien soulevant d'importantes questions. Mais Nayib Bukele espère "connecter (son) pays avec le reste du monde" et stimuler l'économie avec la cryptomonnaie. Un choix audacieux que ne partagent pas les grands États de ce monde, désireux de conserver la maîtrise de leur monnaie, numérique ou non.

À lire aussi — La monnaie numérique Diem, soutenue par Facebook, devrait être testée cette année

Découvrir plus d'articles sur :