• Les 'Paradise Papers' révèlent comment les plus grandes fortunes de ce monde déplacent leur argent

    Reuters Images/Suzanne Plunkett

    Les 'Paradise Papers' sont la plus grande collection de documents à avoir fuité dans l'histoire, représentant plus de 13,4 millions de documents.

  • La fuite fait suite à celle des Panama Papers en 2015, qui avaient révélé que de célèbres politiciens, milliardaires et célébrités possédaient prétendument des comptes bancaires offshore. 
  • La reine Elizabeth II, le président Canadien Justin Trudeau, et des entreprises valant des milliards telles qu'Apple et Nike ont été cité dans ces documents. 

Les révélations des "Paradise Papers" ont exposé plus de 13,4 millions de documents internes le 5 novembre qui montrent comment des acteurs internationaux profitent des paradis fiscaux offshore.

Les documents qui ont fuité ont été obtenus par le journal allemand Süddeutsche Zeitung et été partagés par l'International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ), déjà à l'origine de la diffusion des Panama Papers l'année dernière. 

Cette mine d'informations révèle, de l'intérieur, le fonctionnement d'entreprises mondiales, dont le cabinet d'avocats Appleby et Asiaciti Trust basé à Singapour, qui gèrent des comptes offshore pour de riches investisseurs. Il y a aussi des informations sur 19 sociétés placées par des gouvernements dans des paradis fiscaux.

Qu'est ce qu'un paradis fiscal?

Bien qu'il n'y ait pas de définition exacte, les paradis fiscaux offrent aux individus étrangers et aux entreprises un moyen de bénéficier d'un assujettissement minimal à l'impôt dans un endroit considéré stable économiquement et politiquement. Les ultra riches ont planqué 10% du PIB mondial dans les paradis fiscaux, écrivait Pedro Nicolaci da Costa de Business Insider en septembre.

L'indice de confidentialité financière du Tax Justice Network, publié tous les deux ans, classe les juridictions selon leur niveau de confidentialité. D'après un rapport de 2015, on estime qu'entre 21.000 et 32.000 milliards de dollars d'argent privé est peu ou pas taxé en étant domicilié dans des paradis fiscaux.

Est-ce légal?

Placer de l'argent dans un compte offshore est légal, pourtant les détracteurs du système, comme le Tax Justice Network, disent que cela facilite l'activité illégale en fournissant une couche supplémentaire de confidentialité aux transactions financières. 

Les informations obtenues par les Panama Papers avaient montré que les comptes offshores étaient utilisés par des trafiquants de drogues mexicains, des chefs d'Etat, des célébrités et des milliardaires. Dans certains cas, les comptes offshore étaient utilisés pour éviter les taxes, dissimuler les transactions et pour le blanchiment d'argent. 

Qui est dans le rapport?

La collection de documents des Paradise Papers comprend d'importantes révélations sur les politiciens et figures publiques à travers le monde.

Le Secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, qui pilote la politique commerciale et industrielle du président américainDonald Trump, possède une participation dans une entreprise qui fait des affaires avec un producteur de gaz en partie contrôlé par le gendre de Vladimir Poutine. Un certain nombre d'acteurs majeurs de l'entreprise avaient été sanctionnés individuellement par les États-Unis. Cette information complique davantage l'enquête sur les liens financiers possibles entre l'entourage proche de Trump et la Russie. 

Le patrimoine de la reine Elizabeth II a été cité par les Paradise Papers pour avoir investi 10 millions de livres de l'argent privé de la reine d'Angleterre sur des comptes offshore. Le duché du Lancaster, qui gère les investissements de la reine et lui fournit un salaire, possède des fonds aux Îles Caïmans et aux Bermudes. Les fonds n'avaient pas été révélés auparavant par les comptes du Palais, pourtant il n'y a pas de signes actuels que les investissements sont illégaux. 

Des associés du Premier ministre canadien Justin Trudeau, dont son trésorier et conseiller, ont été impliqués dans un transfert de millions de dollars sur des comptes offshore. Il a été révélé que Stephen Bronfman, héritier de la fortune Seagram et conseiller de Trudeau, a orchestré un réseau complexe d'entités aux États-Unis, en Israël et aux Îles Caïmans. 

Les entreprises multinationales comme Nike et Apple, auraient aussi investi de l'argent activement sur des comptes offshore dans des pays ayant garanti des taux d'imposition très bas. La Commission Européenne a infligé l'année dernière une amende de 14,5 milliards d'euros à Apple qu'elle doit payer à l'Irlande, pour des arriérés d'impôts. 

Et la suite?

L'ICIJ a interrogé Appleby sur des présumées irrégularités, que l'entreprise a démenties. Appleby a dit dans une déclaration qu'elle ne tolérait pas de "comportements illégaux", et dit que les allégations de l'ICIJ étaient "infondées et basées sur un manque de compréhension des structures légitimes et légaux utilisé dans le sector de l'offshore".  

L'entreprise a dit qu'elle avait enquêté sur les allégations "minutieusement et vigoureusement," et était satisfaite qu'il n'y ait pas de preuve d'irrégularités "que ce soit de notre part ou celle de nos clients."

Les Panama Papers avaient conduit à une série de scandales très médiatisés, qui s'étaient entre autres soldés par la démission du premier ministre islandais après la découverte qu'il avait dissimulé des millions de dollars d'investissements dans une entreprise offshore. L'ancien premier ministre du Pakistan, Nawaz Sharif, avait été inculpé pour corruption en octobre, suite à la fuite des documents. Les enquêteurs disent que les papiers montrent que la famille n'avait pas déclaré d'actifs à l'étranger. 

Camilla Hodgson a contribué à cet article.

Version originale: Rosie Perper/Business Insider

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