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Plan de relance : 'un petit pas' pour les ONG écologistes, loin du 'pas de géant' vanté par le gouvernement

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Plan de relance : 'un petit pas' pour les ONG écologistes, loin du 'pas de géant' vanté par le gouvernement
Le volet "écologie" du plan de relance prévoit 470 millions d'euros pour la filière nucléaire. © Raimond Spekking/ Wikimedia Commons

Le gouvernement a présenté jeudi 3 septembre son plan de relance de l'économie française, durement affectée par la crise engendrée par la pandémie de Covid-19 et les mesures de confinement. Le Premier ministre Jean Castex a mis 100 milliards d'euros sur la table, dont 30 milliards exclusivement dédiés à l'environnement. Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, a qualifié ce plan de "pas de géant" pour l'écologie, plaçant la France sur une trajectoire carbone permettant "d'honorer l'accord de Paris". Parmi les mesures phares, figure notamment une enveloppe de 6,7 milliards d'euros pour la rénovation thermique, dont 4 milliards pour les bâtiments publics et 2 milliards pour les logements privés.

Pas moins de 4,7 milliards d'euros sont aussi prévus pour renforcer le ferroviaire — aides à la SNCF, développement du fret et des petites lignes, modernisation du réseau — et 1,2 milliard pour les transports en commun et le vélo. Un montant de 1,2 milliard est en outre prévu pour la "décarbonation" de l'industrie, pour aider les entreprises à investir dans des procédés industriels moins émetteurs. Et encore 2,5 milliards pour favoriser la biodiversité, mais aussi la transition agri-écologique des exploitations et pour lutter contre l'artificialisation des sols.

Manque de mesures structurelles

Toutes ces annonces sont cependant loin d'être suffisantes pour les ONG défenseurs de l'environnement, afin d'engager une vraie transformation de notre modèle économique. Plutôt qu'un "pas de géant", Clément Sénéchal, porte-parole de Greenpeace, y voit un "petit pas" pour certains secteurs. "Moins d'un tiers du plan de relance est dédié à l'environnement", avec "des aides cantonnées à deux ans", souligne-t-il, quand d'autres se poursuivront dans le temps, à l'image des 20 milliards d'euros de baisse des impôts de production promis par le gouvernement.

S'il note un effort sur le rail, il regrette que des milliards aient déjà été accordés à l'industrie automobile — plan de soutien de 8 milliards annoncé fin mai — et au secteur aérien — plan de sauvetage de 15 milliards présenté en juin. "Les montants avancés (pour l'écologie, ndlr) correspondent à ce qui manque chaque année. Ce devrait être un effort structurel, pas conjoncturel", insiste le porte-parole. Il s'étonne en outre de l'absence de mesures spécifiques pour les énergies renouvelables, comme l'éolien ou le solaire. Et s'interroge sur les moyens qui seront déployés pour la rénovation thermique, sans obligation pour les propriétaires : "L'argent public sera-t-il bien débloqué ? Les ménages s'en empareront-ils?"

Le gouvernement promet de "rehausser le budget du dispositif MaPrimeRénov' de 2 milliards d'euros sur 2021-2022" et de le rendre "accessible à tous dès le 1er janvier prochain". Mais Cécile Marchand, porte-parole des Amis de la Terre, émet aussi des doutes, estimant qu'un investissement de deux ans n'est "pas assez pour monter en puissance sur la rénovation thermique des bâtiments".

Des moyens pour la 5G, l'hydrogène et le nucléaire

Le plan de relance reste globalement insuffisant selon elle pour respecter l'accord de Paris et réduire massivement nos émissions polluantes. Cécile Marchand regrette des aides à la relocalisation pour les entreprises sans contreparties — un milliard d'euros doit être consacré dans ce cadre à la production industrielle. Elle pointe aussi des investissements allant à l'encontre de la transition écologique, comme ceux dans la 5G, dont les applications industrielles font partie des "cinq secteurs stratégiques" définis par l'exécutif pour les aides à la relocalisation.

La porte-parole s'oppose à plusieurs mesures technologiques qui vont à l'encontre d'une société moins énergivore. Elle cite notamment l'agriculture de précision, qui consiste à utiliser de nouvelles technologies pour optimiser les rendements et qui devrait bénéficier d'aides dans le cadre des 250 millions d'euros prévus pour les agro-équipements. Une mesure qui éloigne les agriculteurs du travail de la terre, selon elle. Les 2 milliards accordés à l'hydrogène dès 2021-2022, pour atteindre un montant total de 7 milliards d'ici à 2030, inquiètent aussi les ONG environnementales. "L'hydrogène bas carbone laisse la porte ouverte à l'hydrogène à partir de l'énergie nucléaire", prévient Cécile Marchand.

Le nucléaire, pour lequel est alloué une enveloppe spécifique de 470 millions d'euros, est l'un des points noirs du plan de relance pour ces ONG, qui ne comprennent pas pourquoi il est intégré dans son volet "écologie". "On a une vraie perte de compétence dans des domaines aussi essentiels que la sûreté, les soudures (...). On doit monter en compétence sur le démantèlement, travailler sur la recherche sur la gestion des déchets, notamment pour savoir s'il y a des alternatives, ou encore sur les matériaux", assure Barbara Pompili dans une interview accordée aux Echos. Les aides pour la filière doivent aussi financer la recherche pour la conception de petits réacteurs, les SMR.

'Des angles morts'

L'ONG WWF aurait souhaité de son coté "une évolution de la fiscalité automobile", avec un renforcement du malus automobile et "l'intégration d'un critère poids pour enrayer le développement des SUV". Aujourd'hui, la prime à la conversion bénéficie aux véhicules électriques et hybrides mais aussi aux véhicules thermiques. Elle se prononce également pour une refonte des critères d'attribution des aides de la PAC (Politique agricole commune) "pour orienter les soutiens financiers vers l'agroécologie".

"Pour passer d'une relance à une transformation, il faudra traiter des angles morts de ce plan. Après des reculs cet été sur les néonicotinoïdes et la biodiversité, nous appelons le gouvernement à changer de modèle agricole, lutter contre la déforestation importée et renforcer les aires protégées", lance dans un communiqué Pierre Cannet, directeur du plaidoyer au WWF France. L'exécutif a encore du pain sur la planche pour parvenir à convaincre les défenseurs de l'environnement.

À lire aussi — Le plan de relance doit permettre de créer 160 000 emplois, et non plus 200 000

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