Des attentats coordonnés au Sri Lanka dans des églises et hôtels font plus de 200 morts

REUTERS/Dinuka Liyanawatte

 

Des attentats coordonnés ont frappé des églises et des hôtels en ce dimanche de Pâques au Sri Lanka, faisant au moins 207 morts et 450 blessés, a-t-on appris auprès des autorités. Trois églises chrétiennes et quatre hôtels ont été visés, pour certains par des attentats suicide. Quelques heures plus tard, une huitième explosion s'est produite lors d'une opération policière dans une maison de Colombo, la capitale, pendant laquelle trois policiers ont été tués.

La police a annoncé que 13 suspects avaient été arrêtés, tous de nationalité sri-lankaise. Elle n'a pas fourni plus de précisions mais le gouvernement a reconnu qu'il avait sous-estimé il y a une dizaine de jours des informations selon lesquelles un groupuscule islamiste méconnu préparait des attentats contre des églises.

Les autorités ont instauré un couvre-feu, ce qui n'a pas empêché plus tard dans la journée des attaques de représailles contre une mosquée et des magasins appartenant à des musulmans. L'accès aux réseaux sociaux et aux services de messagerie, dont Facebook et WhatsApp, a en outre été interrompu.

"Au total, nous sommes informés de 207 morts. D'après les informations dont nous disposons en l'état, il y a aussi 450 blessés qui ont été admis dans des hôpitaux", a déclaré un porte-parole de la police sri-lankaise, Ruwan Gunasekera. Sur les 207 morts, 32 au moins étaient des ressortissants étrangers, dont trois avaient la nationalité britannique et deux autres la double nationalité britannique et américaine. D'après les informations disponibles, des Danois, des Turcs, des Indiens, des Chinois, des Néerlandais et un Portugais ont également perdu la vie dans ces attaques.

Une vingtaine de corps transportés à la morgue de l'institut médico-légal de Colombo n'ont par ailleurs pas encore été identifiés et certains pourraient être étrangers. A Paris, le ministère français des Affaires étrangères a ouvert une cellule de crise. Une trentaine d'étrangers ont également été blessés.

Attaques coordonnées

Les premières explosions se sont produites dans un court laps de temps dans la matinée, alors que les messes du dimanche de Pâques commençaient. Dans la seule église catholique de Saint-Sébastien, un édifice de style gothique situé à Katuwapitiya au nord de Colombo, plusieurs dizaines de fidèles ont été tués dans l'explosion. Les enquêteurs penchent pour un attentat suicide.

Vingt-cinq autres personnes ont été tuées dans une église évangélique de Batticaloa, dans la province de l'Est, ont rapporté des médias. Autre église touchée, celle de Saint-Antoine à Kochcikade, une attraction touristique de Colombo.

Les hôtels frappés sont le Shangri-La Colombo, le Kingsbury Hotel, le Cinnamon Grand Colombo et le Tropical Inn, près du zoo national de Dehiwela, au sud de la capitale.

Ces attaques coordonnées, qui n'ont pas été revendiquées pour le moment, ont été unanimement condamnées à travers le monde. Au Vatican, le pape, qui s'était rendu en 2015 en visite au Sri Lanka, a fait part de sa tristesse. "J'ai appris avec tristesse et douleur la nouvelle des graves attentats qui, précisément aujourd'hui, pour Pâques, ont semé le deuil et la souffrance dans des églises et en d'autres lieux où des gens s'étaient rassemblés au Sri Lanka", a dit le souverain pontife aux dizaines de milliers de personnes massées place Saint-Pierre pour entendre sa traditionnelle bénédiction "Urbi et orbi" (A la ville et au monde).

Le président français Emmanuel Macron a fait part de sa "profonde tristesse après les attaques terroristes contre des églises et des hôtels au Sri Lanka" et a condamné ces "actes odieux". La Première ministre britannique Theresa May a dénoncé des "actes de violence effroyables".

"Nous devons collectivement trouver la volonté et les réponses pour mettre fin à de telles violences", a commenté la Première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, dont le pays a été le théâtre le 15 mars dernier d'un attentat contre deux mosquées qui a fait 50 morts.

Pressions et intimidations

Le Premier ministre sri-lankais, Ranil Wickremesinghe, qui a appelé ses compatriotes à "rester unis et forts en ces moments de tragédie", a reconnu que les autorités avaient reçu une alerte qui n'a cependant pas été transmise à certains ministres. L'information n'a pas été correctement répercutée, a-t-il ajouté, et une enquête devra en établir les raisons.

Le président Maithripala Sirisena a chargé une unité spéciale de la police et l'armée d'enquêter pour déterminer qui a commis les attentats. L'armée a été déployée, et la sécurité a été renforcée à l'aéroport international de Colombo, a annoncé un porte-parole de l'armée. L'ensemble des établissements scolaires resteront fermés lundi et mardi.

Sur les 22 millions de Sri-Lankais, 70% sont bouddhistes, 12,6% hindouistes, 9,7% musulmans et 7,6% chrétiens, selon le recensement de 2012. Les associations chrétiennes disent être confrontées à des manoeuvres d'intimidation de plus en plus appuyées de la part de certains moines bouddhistes extrémistes ces dernières années. L'an dernier, des heurts ont éclaté entre la communauté bouddhiste cingalaise, majoritaire dans le pays, et la minorité musulmane, certains groupes bouddhistes extrémistes accusant les mahométans de contraindre des gens à se convertir à l'islam.

Dans son rapport de 2018 sur les droits de l'homme au Sri Lanka, le département d'Etat américain notait que certaines organisations chrétiennes et églises avaient fait état de pressions pour qu'elles cessent toute activité, les autorités ayant parlé à leur égard de "réunions non autorisées". Selon ce même rapport, des moines bouddhistes ont régulièrement tenté de fermer certains lieux de culte chrétiens et musulmans. 

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