Pour lutter contre le gaspillage alimentaire, cette enseigne propose des produits moches ou presque périmés 30% moins cher

Le rayon frais d'un des magasins de l'enseigne. NOUS anti-gaspi

10 millions de tonnes de nourriture seraient jetées chaque année en France : un chiffre qui fait froid dans le dos en cette journée nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire. Certains acteurs de la distribution se mobilisent pour proposer des alternatives aux circuits traditionnels tout en essayant de lutter contre ce gaspillage. Le réseau de magasins d'épicerie NOUS anti-gaspi va ainsi ouvrir son sixième magasin le 6 novembre prochain à Paris, au cœur du 19ème arrondissement. Sur environ 270 m² de surface de vente, vous pourrez acheter des fruits et des légumes, mais aussi des produits frais (laitages, fromages, viandes...) ainsi que de l'épicerie et des produits d'hygiène et d'entretien.

La particularité ? Les produits proviennent tous de filières anti-gaspillage et sont proposés en moyenne environ 30% moins cher qu'habituellement, en grandes surfaces notamment. Fruits et légumes mal calibrés ou présentant des défauts d'aspect, emballages abîmés, produits frais ayant un délai légal de consommation court ou presque dépassé... on retrouve dans les boutiques anti-gaspi les mal-aimés de la filière agroalimentaire. Pour s'approvisionner, l'enseigne travaille notamment en amont avec les producteurs locaux pour pouvoir récupérer des produits qui auraient été jetés car non-conformes aux standards de l'agroalimentaire.

Des pommes cabossées et des yaourts en fin de vie

Par exemple, un producteur de pommes doit respecter des normes drastiques pour pouvoir commercialiser ses produits dans les circuits traditionnels : la surface maximum de la pomme ayant des meurtrissures légères ne doit pas excéder 1,5 cm². Pour écouler ses pommes abîmées, le producteur fait donc en général face au choix suivant : soit il les vend aux industriels pour qu'elles soient transformées en compote, mais forcément à un prix très bas. Soit il les laisse pourrir dans son champ car les coûts de main d'oeuvre et de traitement ne peuvent être absorbés par la première solution. NOUS anti-gaspi lui propose donc de les racheter. Vincent Justin, co-fondateur de l'enseigne, nous l'affirme : "un kilo de pommes coûte environ 0,40 euro à produire. Là où les industriels l'achètent 0,30 euro pour de la compote, nous lui proposons 0,70 euro".

Le calcul est donc vite fait pour les producteurs. Autre exemple ? Les yaourts. En général, la filière agroalimentaire surproduit pour être sûre d'approvisionner suffisamment les grandes surfaces. Mais la Date Limite de Consommation (DLC) de ces produits est courte, en général trois semaines. Certains magasins de la grande distribution refusent donc des yaourts si les dates sont trop courtes et les producteurs se retrouvent avec des stocks sur les bras. Des filières de déstockage existent sur le frais mais de peur de retrouver ses produits mal valorisés, les industriels préfèrent souvent jeter les sur-stocks. NOUS anti-gaspi leur propose là encore une alternative en rachetant leurs yaourts. Autre bénéfice pour l'industriel : pouvoir valoriser son engagement dans une démarche de lutte contre le gaspillage alimentaire.

20 épiceries anti-gaspi ouvertes d'ici fin 2020

Pour pouvoir trouver des industriels ou des producteurs prêts à se lancer dans l'aventure, l'enseigne doit faire un travail, souvent difficile, d'explications autour de sa démarche. Trois acheteurs à temps plein travaillent à faire connaître le mode de fonctionnement des épiceries NOUS anti-gaspi. Comme nous le précise Vincent Justin, "c'est toujours un peu long car il faut beaucoup les rassurer sans pour autant les culpabiliser sur leurs méthodes d'avant". Les barrières à l'entrée sont donc importantes et le processus pour convaincre des producteurs reste difficile et long à mettre en place en règle générale. Un vrai frein aux ambitions de développement de l'enseigne.

NOUS anti-gaspi a ouvert son premier magasin Melesse, au nord de Rennes, en 2018. Quatre autres magasins sont nés depuis en Ille-et-Vilaine, en Mayenne et dans la Manche. D'une surface moyenne de 450 m², ces boutiques proposent entre 400 et 500 références, le frais représentant environ 50% des produits proposés à la vente. Le magasin de Paris sera donc la sixième ouverture pour le réseau qui nourrit de grandes ambitions de développement, l'objectif étant de dépasser "un premier seuil de 20 magasins d'ici fin 2020" pour le co-fondateur. Cela permettrait en effet à l'enseigne de pouvoir négocier avec de très gros industriels pour récupérer des volumes de produits beaucoup plus importants qu'actuellement.

Logistique et franchise, un casse-tête pour le développement futur de l'enseigne

L'objectif est donc de faire ses preuves à l'échelle d'une région, la Bretagne en l'occurrence, pour pouvoir développer son modèle économique dans toute la France. L'ouverture à Paris est un test un peu à part, une opportunité qui a vu le jour dans le cadre d'un appel à projets  de la ville de Paris qui soutient la démarche. Reste donc à voir si les résultats seront au rendez-vous dans les mois qui viennent et comment envisager un déploiement de boutiques dans toute la France, niveau logistique notamment. Ce qui posera aussi la question de la gestion des magasins : si les ouvertures se multiplient dans les années à venir, le fonctionnement par franchise sera forcément une piste à étudier. Mais quand les approvisionnements des magasins sont aléatoires, comment garantir un chiffre d'affaires au franchisé ? Un problème de plus à résoudre pour l'enseigne qui est déjà en train de travailler dessus.

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