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Pourquoi des entreprises comme Total ou L'Oréal renoncent au soutien de l'Etat


Défilé L'Oréal le 31 janvier 2020 à Madrid, en Espagne. © Borja B. Hojas/ Getty Images

Pour aider les entreprises à traverser cette période de fort ralentissement économique, quand certaines activités ne se retrouvent pas totalement à l'arrêt, l'Etat a déployé plusieurs aides. Parmi elles, des prêts garantis, auxquels 21 000 entreprises ont déjà eu recours, a précisé le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, mardi 31 mars, au micro de Radio Classique. Un montant total de 3,8 milliards d'euros a ainsi déjà été accordé. En outre, 220 000 entreprises ont pour le moment fait appel au dispositif de chômage partiel, qui concerne ainsi 2,2 millions de salariés, selon des chiffres dévoilés dimanche par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud.

Toutefois, certaines entreprises ont décidé de se passer des aides de l'Etat. C'est le cas par exemple de L'Oréal. "Dans cette période extraordinairement difficile, nous considérons qu'il est de notre devoir d'employeur responsable et de société citoyenne française de tout faire pour garantir la santé et la sérénité financière de nos collaborateurs sans peser sur les comptes publics, afin que l'Etat puisse venir en priorité en aide aux entreprises qui en ont le plus besoin", a indiqué le groupe de cosmétiques, dans un communiqué publié lundi.

Un enjeu d'image

En renonçant à une quelconque aide étatique, L'Oréal soigne ainsi son image et sa réputation auprès du grand public. "D'autant qu'en cette période tendue sur le plan économique, tous les signaux peuvent être mal interprétés", souligne Alexandre Baradez, analyste financier chez le courtier IG. L'entreprise a bien pris soin de préciser qu'elle maintiendrait "la totalité des emplois" et qu'elle ne procèderait "à aucun report de charges sociales ou fiscales (cotisations, impôts etc.) durant cette période". En outre, L'Oréal fait jouer ses infrastructures pour approvisionner la France en "dizaines de millions de masques" et "plusieurs centaines de respirateurs" venant de Chine.

D'autres sociétés du CAC 40, comme Total et Hermès, ont aussi annoncé qu'elles n'utiliseraient pas les dispositifs d'aides de l'Etat. "Le Groupe Total ne sollicitera pas le soutien de l’Etat pour faire face aux difficultés économiques créées par le Covid-19 que ce soit sous forme de soutien de trésorerie (prêts bancaires garantis, report de paiement des charges sociales ou fiscales) ou de recours au dispositif exceptionnel de chômage partiel", a fait savoir l'entreprise pétrolière dans un communiqué.

Des multinationales disposant d'une trésorerie suffisante

La société ne manque pas de souligner qu'elle répond à l'appel à la solidarité nationale lancé par le gouvernement. "Dans le cadre de la lutte contre le virus Covid-19, le Groupe Total a annoncé le 23 mars 2020 avoir mis à disposition des établissements hospitaliers de France des bons d’essence utilisables dans les stations Total pour un montant pouvant aller jusqu’à 50 millions d’euros (...) A travers cette action, le Groupe Total démontre sa volonté de contribuer à la solidarité nationale", estime encore l'entreprise pétrolière.

Au-delà de leur image, plusieurs grands groupes ne demandent rien à l'Etat parce qu'ils peuvent se le permettre. "Ils ont la capacité financière de le faire. Les grandes entreprises avec des réserves de cash importantes peuvent s'en passer", assure Alexandre Baradez. En revanche, pour des sociétés comme Air France-KLM dont l'activité a drastiquement baissé — jusqu'à plus de 80% — le soutien de l'Etat est le bienvenu. La compagnie aérienne a ainsi décidé de mettre en place un dispositif de chômage partiel pour l'ensemble de ses salariés, selon l'AFP, pour une période de six mois maximum.

Conserver la liberté de verser des dividendes

Hermès, de son côté, ne se cache pas de disposer des moyens nécessaires pour tenir sans aides. "Disposant d'une trésorerie suffisante, fidèle à sa culture humaniste et à ses engagements d'employeur responsable, le groupe Hermès maintiendra le salaire de base de ses 15 500 collaborateurs en France et dans le monde sans avoir recours aux aides publiques exceptionnelles des différents États", a fait savoir lundi la société de luxe, dans un communiqué. Elle a en outre promis un don de 20 millions d’euros pour les Hôpitaux de Paris.

Dans le secteur du luxe encore, l'entreprise Chanel a aussi précisé qu'elle ne recourrait pas au chômage partiel pour ses 8 500 salariés, afin de ne pas "peser sur les comptes publics".

Un autre facteur que la volonté de se montrer solidaires peut entrer en ligne de compte pour les grandes entreprises. En renonçant au soutien de l'Etat, elles conservent leur liberté d'agir. "Elles ont la possibilité de continuer à verser des dividendes et de procéder à des rachats d'actions si elles le souhaitent", souligne Alexandre Baradez. D'ailleurs, si Hermès a annoncé qu'elle proposerait à l'assemblée générale des actionnaires de ramener le montant de son dividende de 5 à 4,55 euros par action — soit le même montant que celui distribué en 2019 — l'entreprise n'a pour le moment pas renoncé à le verser.

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Si les annonces des multinationales pour contribuer à la solidarité nationale se multiplient (renoncement au soutien de l'Etat, fabrication de matériel médical...), le médiateur des relations inter-entreprises, rattaché au ministère de l'Economie, rappelait mi-mars un autre moyen de se montrer solidaire vis-à-vis des entreprises les plus vulnérables du pays. "Je fais appel aux grandes entreprises, aux grandes administrations à jouer la solidarité envers les petites. Des petites entreprises industrielles n'ont pas pu s'approvisionner à cause de la Chine, de l'Italie, sont en rupture de stock et ne peuvent pas livrer leurs clients et les grands clients leurs mettent des pénalités de retard", constatait alors Pierre Pelouzet, dans une interview accordée à France Info.

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Business Insider
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