Pourquoi Elon Musk et Tesla sont obligés de faire cavaliers seuls

Reuters

Les constructeurs automobiles ne cessent de chercher à fusionner. La semaine dernière, c’est le groupe Fiat-Chrysler qui a proposé à Renault (Nissan/Mitsubishi) de rassembler leurs forces productives. S’ils parviennent à un accord, leur association donnerait naissance au troisième constructeur mondial derrière Volkswagen (associé à Ford) et Toyota. Tesla de son côté, bien qu’ayant l’envergure d’un géant de l’industrie avec ses 35 milliards de dollars de capitalisation boursière, semble refuser toute union avec ses concurrents. Les voitures électriques d’Elon Musk traceront leur propre route.

Par le passé, Tesla a bénéficié des investissements venant des groupes Toyota et Mercedes. Désormais, pour croître, la société mise sur la vente directe de ses actions ou sur l’émission de titres de créance. L’accès aux marchés des actions est un avantage de Tesla sur ses concurrents. La plupart de ces derniers ne sont pas en mesure d’utiliser Wall Street comme guichet automatique et source de financements aussi bien que le fait l’entreprise d’Elon Musk. Alors, ne reprochez pas à Tesla sa stratégie d’augmentation de capital, il serait stupide de s’en détourner.

Pour Tesla, l’heure de la fusion est passée

Jean Dominique Senard, président de Renault en discussion avec un cadre du groupe Fiat Chrysler
Associated Press

N’espérez pas que Tesla rachète l’un de ses concurrents ou s'associe à qui que ce soit pour réduire ses coûts. En fait, l’entreprise de Palo Alto n’obtiendra l'aide de qui que ce soit. Son temps est passé.

En réalité, Tesla n’est pas un concurrent direct aux autres constructeurs : le marché des véhicules électriques reste minuscule, décevant et coûteux. Même si la firme commence à menacer les ventes de voitures de luxe traditionnelles à essence, il reste encore à prouver qu’elle puisse le faire sur la durée. Pour le moment, les BMW et les Porsche n’ont pas à s'affoler.

Tesla agit seul car elle a peu à offrir à un éventuel partenaire. Les voitures électriques peuvent sembler originales, mais en fait elles existent sous différentes formes depuis une centaine d'années. Tesla les a juste rendus cool et a été récompensé avec plus de 250 000 ventes en 2018 et parfois une capitalisation boursière supérieure à 50 milliards de dollars. Mais sa technologie, batteries et moteurs électriques confondus, n’a rien de remarquable. Tesla a fourni quelques innovations, mais rien de spectaculaire. La valeur de ses véhicules repose sur leur emballage : leur design est bien conçu et apprécié des propriétaires.

Tesla n'est pas un constructeur unique en son genre. C'est une entreprise automobile et nous en avons déjà des dizaines. C'est pourquoi les actions de Tesla font sans cesse le yo-yo. Les marchés ont compris à quoi ils ont affaire.

A quel prix Tesla pourrait s’offrir un partenaire ?

Les constructeurs automobiles fusionnent ou s'associent principalement pour réduire leurs coûts. L’activité étant très cyclique et à forte intensité de capital, les constructeurs automobiles investissent en permanence dans de nouveaux produits tout en conservant des liquidités en cas de baisse des ventes.

Il n'est pas facile de voir comment une fusion ou un partenariat avec Tesla entraînerait une réduction des coûts à tous les niveaux. Tesla ne dispose que d'environ 5 milliards de dollars de réserve et a perdu de l'argent tous les trimestres.

Tesla a également fait figure de pionnier en matière de risque dans le secteur des véhicules électriques, car il a dépensé des milliards de dollars pour créer seul un marché sur lequel tous les constructeurs peuvent désormais intervenir. Mais ils préfèreront certainement que Tesla continue de porter ce risque à sa charge.

Donc, Elon Musk ne risque pas de trouver un partenaire, et il ne va pas fusionner Tesla avec qui que ce soit. Dans le meilleur des cas, un constructeur automobile aguerri, et avec un bilan financier solide pourrait prendre une participation l’entreprise.

Si les partenariats et les fusions sont à la mode dans le secteur automobile, ce n’est pas le seul coche que Tesla rate. La société a également peu profité de quatre années consécutives de ventes record de véhicules aux États-Unis. Cela commence peu à peu à changer, Tesla se mettant à construire et à vendre plus de voitures qu’il y a un an. Mais elle a sans doute manqué de rapidité pour développer de nouveaux véhicules et les commercialiser.

Rien de tout cela n’annonce forcément que le constructeur est voué à l’échec. Cela signifie simplement que la vie ou la mort de la nouvelle marque de voiture américaine repose sur la réussite d’un marché qu’elle a elle-même créé.

Ceci est une colonne d'opinion. Les pensées exprimées sont celles de son auteur.

Version Originale : Matthew DeBord / Business Insider US

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