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Pourquoi il sera peut-être nécessaire de prendre une troisième dose de vaccin

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Pourquoi il sera peut-être nécessaire de prendre une troisième dose de vaccin
La question d'une troisième dose fait débat aux États-Unis entre les entreprises pharmaceutiques et les chercheurs. © Business Insider
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Le débat sur la distribution de doses supplémentaires de vaccins contre le coronavirus atteint un nouveau palier aux États-Unis. Pfizer et Moderna, les sociétés pharmaceutiques qui vendent deux des vaccins américains les plus utilisés, ont déclaré que des doses de rappel seront nécessaires avant l'hiver. Certains experts en vaccins ont été tout aussi énergiques en affirmant le contraire.

"Aucun vaccin, du moins pas dans cette catégorie, n'offre une protection indéfinie", a déclaré le Dr Anthony Fauci, le plus grand spécialiste des maladies infectieuses du pays, dans une interview accordée jeudi à NBC News. "Ce que nous faisons littéralement sur une base hebdomadaire et mensuelle, c'est suivre des milliers de patients pour déterminer si, quand et qui doit recevoir le vaccin", a-t-il ajouté. "Mais pour l'instant, en dehors des personnes immunodéprimées, nous n'allons pas donner de rappels aux gens".

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Moins d'anticorps après six mois

Qu'il s'agisse de l'avis d'experts indépendants, des recommandations des entreprises pharmaceutiques ou des dernières recherches alimentant le débat, il existe des arguments convaincants pour et contre le déploiement des doses de rappel à l'ensemble de la population américaine.

Il n'y a pas de réponses claire à ce stade, ce qui constitue une situation délicate en matière de santé publique. L'augmentation des cas infectés par le variant Delta, qui réduit partiellement la protection offerte par les vaccins, rend la situation encore plus urgente. Les autorités réglementaires ont autorisé une troisième injection pour certaines personnes dont le système immunitaire est gravement affaibli, dans l'espoir d'accroître leur protection contre le coronavirus.

Un médecin vérifie les signes vitaux d'un patient à l'unité de soins intensifs de Providence Cedars-Sinai Tarzana Medical Center à Tarzana, en Californie, le 3 janvier. Apu Gomes/AFP via Getty Images

Nous savons pour l'instant que la protection conférée par les vaccins contre le coronavirus atteint son maximum quelques semaines après l'administration de la deuxième dose d'un vaccin Pfizer ou Moderna, puis diminue progressivement. La principale inconnue est de savoir à quelle vitesse elle diminue et à quel moment nous devrions nous sentir suffisamment concernés pour agir. Les fabricants de vaccins Pfizer et Moderna ont récemment déclaré que les troisièmes doses devraient être administrées entre six et douze mois après les deux premières.

Cela s'explique en partie par le fait que les données de l'étude massive menée par Pfizer pour tester son vaccin montrent que la protection contre les cas symptomatiques de Covid-19 est passée de 96 % à 84 % en six mois. Moderna a présenté des données montrant que les anticorps produits par son vaccin sont loin d'être aussi abondants et puissants lorsqu'ils sont exposés aux variants en circulation après environ six mois.

Les deux entreprises ont également présenté des données de laboratoire montrant qu'une troisième dose augmente de manière significative le niveau d'anticorps tueurs de virus chez les personnes. Ces anticorps renforcés sont également actifs dans la lutte contre le variant Delta. C'est important car d'autres recherches suggèrent que les anticorps neutralisants sont fortement corrélés à la protection contre le Covid-19.

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Des campagnes de rappel en Israël

Les fabricants de vaccins ont un intérêt financier évident à proposer des doses de rappel. Moderna, en particulier, a vu sa valorisation exploser, passant de 7 milliards de dollars (6 milliards d'euros) à plus de 160 milliards de dollars (135 milliards d'euros) depuis le début de la pandémie, grâce à son travail sur le vaccin Covid-19.

Pourtant, les informations fournies par les chercheurs du Royaume-Uni, d'Israël et de la Mayo Clinic, la fédération hospitalo-universitaire américaine, montrent que la protection conférée par les vaccins semble diminuer, ce qui plaide en faveur des rappels. Ce qui est peut-être le plus choquant, c'est que les autorités sanitaires israéliennes ont déclaré avoir vu la protection contre les maladies graves chuter de 97 % en avril à 81 % en juillet chez les personnes âgées de 60 ans et plus. Bien que ces données n'aient pas encore été publiées ou mises en ligne sur un serveur de préimpression, elles influencent la stratégie de santé publique du pays.

Israël est au milieu d'une campagne de rappel agressive, ouvrant le droit à des doses supplémentaires à toutes les personnes de 50 ans et plus et aux travailleurs de la santé, entre autres. La France et l'Allemagne sont également en train de mettre en place des plans de rappel qui commenceront à administrer les troisièmes doses en septembre.

Une grande partie de la pandémie s'est résumée à des problèmes de réaction plutôt que d'anticipation et de prévention. Des signes montrent que la protection s'amenuise et une injection de rappel peut permettre de rétablir l'immunité. Pourquoi ne pas essayer de maximiser la protection avec les outils disponibles ?

Le Dr Paul A. Offit s'exprime lors d'une conférence de presse à Philadelphie.  Matt Rourke/AP Photos

Le Dr Paul Offit, qui développe depuis longtemps des vaccins, estime que l'heure des rappels n'a pas encore sonné. En effet, l'objectif de ces vaccins n'est pas de prévenir toutes les infections. Il s'agit plutôt d'empêcher les gens d'être hospitalisés pour le Covid-19 ou de mourir. Ils y parviennent encore extraordinairement bien, a déclaré Paul Offit.

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La priorité à la vaccination pour tous

Lorsque l'on adopte cette perspective, certaines des études qui suscitent des inquiétudes semblent rassurantes. Prenons l'étude de la Mayo Clinic (et il convient de souligner qu'il s'agit d'une recherche préliminaire). Alors qu'une chute brutale de l'efficacité du vaccin de Pfizer en juillet a attiré l'attention, la même étude a montré que son efficacité à prévenir les pires résultats du Covid-19 s'est maintenue. Le vaccin de Pfizer a été efficace à 75 % pour prévenir les hospitalisations, ce qui correspond à peu près au mois précédent. Le vaccin de Moderna était efficace à 81 % selon cette mesure.

Dans l'ensemble, les résultats de Mayo montrent que les vaccins fonctionnent, a déclaré Maria Elena Bottazzi, conceptrice de vaccins au Baylor College of Medicine. "Les données ne permettent toujours pas de déterminer clairement s'il est avantageux de recevoir un troisième rappel maintenant si vous êtes une personne normale, en bonne santé, avec une réponse immunitaire normale", a déclaré Elena Bottazzi. "Nous constatons toujours une grande protection par les vaccins contre le variant Delta".

Dr. Maria Elena Bottazzi Elena Bottazzi

Un autre bon exemple est l'épidémie de Provincetown, dans le Massachusetts, qui a fait les gros titres parce que la plupart des personnes infectées étaient également entièrement vaccinées. Mais une analyse par les CDC, l'agence de santé américaine, d'un sous-ensemble de ces cas a révélé que sur les 346 personnes entièrement vaccinées qui ont été infectées, seules quatre, soit environ 1%, ont été hospitalisées et personne n'est décédé.

"C'est un vaccin qui fonctionne encore, a déclaré Paul Offit. Si les épidémies envoient de plus en plus de personnes entièrement vaccinées à l'hôpital, on saura alors que nous avons besoin de rappels. Ce n'est pas le cas pour l'instant." ajoute le médecin.

Enfin, l'administration de rappels ne tient pas compte de la question beaucoup plus urgente de la vaccination d'un plus grand nombre de personnes, ont déclaré Paul Offit et Elena Bottazzi. L'Organisation mondiale de la santé demande aux pays riches d'éviter les rappels au moins jusqu'à la fin du mois de septembre afin que les autres pays puissent vacciner une plus grande partie de leur population.

Elena Bottazi admet qu'elle préfère "qu'un plus grand nombre de personnes soient protégées contre les maladies graves, les décès et les hospitalisations, même si nous sommes tous atteints d'une infection primaire, car c'est ce qui empêchera ce virus de continuer à muter".

Version originale : Andrew Dunn / Insider

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