Pourquoi la plainte de Spotify représente un vrai risque pour les finances d'Apple

Tim Cook, le DG d'Apple. AP

La plainte pour abus de position dominante de Spotify contre Apple pourrait poser un risque financier pour l'activité des services de la société de la Silicon Valley, selon une nouvelle note de l'entreprise KeyBanc Capital Markets. La plainte intervient alors que les revenus qui proviennent de services sont devenus de plus en plus importants pour Apple, qui cherche à contrer le ralentissement de ses ventes d'iPhone. Dans une lettre ouverte expliquant les raisons pour lesquelles Spotify a déposé cette plainte, le DG de l'entreprise, Daniel Ek, décrit l'avantage concurrentiel d'Apple : la société exploite l'App Store via lequel les utilisateurs d'iPhone téléchargent et achètent leurs applications, tout en proposant son propre service de musique qui est un concurrent direct de Spotify. "En théorie, ça va", écrit-il. "Mais dans le cas d'Apple, ils continuent à avoir un avantage injuste partout".

Apple prélève 30% des revenus tirés de la plupart des transactions faites via l'App Store et prend même une partie de vos frais mensuels Spotify Premium si vous vous êtes abonnés via l'App Store. Selon Daniel Ek, il est difficile de maintenir Spotify Premium à un prix compétitif par rapport à Apple Music. Apple exige également que les créateurs d'applications utilisent l'App Store pour toutes les transactions et limite la possibilité pour les développeurs de diriger les utilisateurs vers des portails de paiement externes.

"Nous pensons que cela a uniquement pour objectif de forcer les services concurrentiels à adopter des structures de coûts plus élevés et à taxer injustement l'activité de services sur la plateforme iOS", ont déclaré Andy Hargreaves et Tyler Parker, de KeyBanc Capital Markets, dans une note publiée le 13 mars. L'entreprise estime que la plainte de Spotify est fondée et pourrait avoir un poids considérable aux yeux des régulateurs.

Si Apple devait modifier ses conditions suite à la plainte, cela pourrait mettre en péril les revenus qu'Apple génère grâce aux abonnements et aux achats intégrés des applications.  "Nous pensons que le risque financier le plus important pour Apple proviendrait d'une obligation d'autoriser le traitement du paiement par une première partie ou une tierce partie à partir d'applications", peut-on lire dans la note. "Cela créerait une concurrence pour les paiements des abonnements et des achats dans les applications, ce qui entraînerait probablement une baisse substantielle du taux actuel de 30% qu'Apple perçoit".

KeyBanc Capital Markets estime que l'App Store génèrera 12% du bénéfice brut total d'Apple pour l'exercice 2019, et toute modification importante des conditions de communication et de paiement de l'App Store pourrait "affecter de manière significative" le taux de croissance des services d'Apple.

Les répercussions de la plainte de Spotify pourraient aller au-delà des risques financiers pour l'App Store et affecter également la réputation d'Apple en tant que marque, indique la note. Même si les consommateurs ne s'intéresseront sûrement pas aux détails de la plainte, cela pourrait créer une longue période de mauvaise presse pour Apple, ce qui pourrait "avoir un impact négatif sur le taux de rétention d'Apple à la marge", toujours selon la note.

Apple se concentre sur ses services

Jimmy Lovine annonce Apple Music lors de la WWDC Apple le 8 juin 2015 à San Francisco, en Californie. La conférence annuelle des développeurs Apple se déroulera jusqu'au 12 juin. Justin Sullivan / Getty Images

Les revenus provenant de services comme Apple Music et l'App Store sont plus importants que jamais pour la société, qui cherche à développer d'autres produits, alors que ses ventes d'iPhone sont à la traîne.

La société a déclaré dans le rapport de ses résultats de janvier qu'au cours du quatrième trimestre, les ventes d'iPhone avaient chuté de 15% par rapport à l'année précédente, alors que les ventes mondiales de smartphones ont stagné. L'activité de services d'Apple a atteint un chiffre d'affaires de 10,9 milliards de dollars (9,6 milliards d'euros), ce qui représente un sommet sans précédent et une augmentation de 19% par rapport à l'année précédente.

Spotify a déposé sa plainte au moment même où Apple devrait dévoiler de nouveaux produits destinés à renforcer ses revenus d'applications et de services plus tard ce mois-ci. Dont notamment un service de vidéo en streaming pour iPhone, iPad et Apple TV qui donnerait accès aux programmes et émissions originaux d'Apple depuis d'autres géants des médias, selon le site Bloomberg. Si le service de streaming vidéo d'Apple s'avère être un succès, il pourrait en résulter 100 millions d'abonnés au cours des trois à cinq prochaines années, a commenté l'analyste de Wedbush, Daniel Ives, dans une note de février.

Apple devrait également lancer une version payante de l'application Apple News, décrite par les dirigeants du secteur comme un "Netflix de l'actualité", selon le Wall Street Journal. Cela permettra aux utilisateurs de s'abonner à des offres de magazines et de journaux similaires à l'application Texture acquise l'année dernière, comme le rapporte Bloomberg.

Mais plusieurs articles ont suggéré qu'Apple avait du mal à parvenir à un accord avec ses partenaires pour ses services de vidéo et de news. Selon Bloomberg, la société se précipite pour sécuriser le contenu à offrir sur le service parallèlement à sa propre programmation, alors qu'un reportage de CNBC publié le mois dernier suggérait que les discussions entre Apple et HBO avaient ralenti. Les éditeurs d'informations ont également hésité à accepter les conditions financières proposées par Apple pour son service de news, selon le Wall Street Journal, aux termes desquelles il conserverait la moitié des revenus d'abonnement du service.

Un appel à démanteler les grandes entreprises de la tech

La sénatrice Elizabeth Warren appelle les fonctionnaires de l'administration Trump à invoquer le 25e amendement. Pablo Martinez Monsivais / AP

La plainte de Spotify contre Apple intervient également après que la sénatrice démocrate Elizabeth Warren a proposé un nouveau plan pour réguler les grandes entreprises de la tech comme Facebook, Amazon et Google et les obligerait à annuler ou céder certaines de leurs acquisitions. Le plan désignerait les principaux services comme "utilitaires de plateforme" et empêcherait les entreprises d'exploiter un marché et d'être concurrentielles sur ce même marché.

Bien qu'Elizabeth Warren n'ait pas mentionné initialement Apple dans sa proposition, elle a déclaré dans une interview au magazine The Verge qu'Apple devrait également être réglementé. "Cela devrait être l'un ou l'autre", a-t-elle déclaré. "Soit ils gèrent la plateforme, soit ils vendent. Ils ne peuvent pas faire les deux en même temps".

Version originale : Lisa Eadicicco/Business Insider Prime

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