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Pourquoi le bon fonctionnement de l'appli StopCovid dépend aussi d'une lutte de pouvoir entre Apple et la France

Pourquoi le bon fonctionnement de l'appli StopCovid dépend aussi d'une lutte de pouvoir entre Apple et la France
Tim Cook, le DG d'Apple, et le président français Emmanuel Macron. © Getty

Jusqu'à ce dimanche 26 avril, le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne avaient décidé de faire route commune pour développer une application de traçage de porteurs du coronavirus utilisant la technologie Bluetooth. En France, cette application a pour nom StopCovid. Mais depuis dimanche 26 avril, l'Allemagne a décidé de quitter le projet européen. Le gouvernement allemand a en effet annoncé soutenir finalement une application de traçage de porteurs du coronavirus utilisant la technologie développée par Google et Apple, abandonnant une solution nationale critiquée pour son défaut de protection de la vie privée.

Selon le ministre allemand de la Santé, Jens Spahn, et le chef de cabinet de la chancelière Angela Merkel, Helge Braun, Berlin privilégie désormais une "architecture décentralisée" qui permettrait de stocker les données des utilisateurs sur leur propre téléphone plutôt que dans une base de données centrale. Ce choix démontre que le bon fonctionnement d'une telle application pour enrayer la contagion, faciliter le déconfinement et éviter une nouvelle forte vague d'épidémie, dépend, si ce n'est du bon vouloir d'Apple, en tout cas d'une lutte de pouvoir entre l'entreprise et les Etats.

En effet, l'application de traçage favorisée par la France et plusieurs pays européens implique une collecte des données anonymes sans empêcher l’utilisateur de communiquer ou d’utiliser ses autres applications. Selon le protocole défini, les smartphones rechercheraient continuellement des signaux Bluetooth pour détecter lorsque deux personnes se croisent pendant une certaine durée, et à une distance rapprochée. Dans ce cas, le téléphone portable de l’un enregistre les références de l’autre dans son historique. Si un cas positif se déclare, ceux qui auront été en contact avec cette personne sont prévenus de manière automatique, sans connaître l'identité de la personne contaminée, leur permettant ainsi de se faire tester ou de contacter leur médecin.

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Pour que l'application fonctionne correctement, il faudrait donc qu'elle fonctionne en permanence sur votre téléphone non verrouillé — ce qui constitue en soi un risque de vol et de violation de la vie privée. Problème : Apple ne permet pas la transmission de méta-données liées à une connexion Bluetooth entre un iPhone et un autre appareil si l’application qui demande cette connexion est en arrière-plan. Autrement dit, si vous fermez l'application ou si vous verrouillez votre téléphone, le scan des données s'arrête. Or, le succès des applications de traçage dépend du nombre d'utilisateurs : il en faut une grande majorité. Cela a d'ailleurs été un problème majeur pour l'application TraceTogether de Singapour, qui n'a été téléchargée que par environ un sixième de la population, selon The Economist, et qui a inspiré la France.

C'est là que se joue la lutte d'influence. Apple et Google ont indiqué qu'elles feront une exception à la restriction de base pour les applications de recherche de contacts qui répondent à leurs normes de protection de la vie privée. Autrement dit, les deux entreprises disent aux gouvernements : "Respectez nos normes de protection de la vie privée et votre application de recherche de contacts Bluetooth fonctionnera".
La question est donc de savoir qui fera plier l'autre pour permettre à l'application StopCovid de fonctionner correctement sur iPhone. Dans ce cadre, Cédric O, le secrétaire d'Etat au numérique, a donc demandé à Apple de "lever les barrières techniques". Du côté du Royaume-Uni, plusieurs sources ont indiqué à nos confrères de Business Insider UK que le pays faisait pression sur Apple pour qu'elle autorise la version actuelle de son application.

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Les deux géants de la Silicon Valley avaient présenté il y a deux semaines un partenariat inédit devant permettre aux smartphones équipés du logiciel iOS d'Apple ou Android de Google d'échanger des informations via la technologie Bluetooth pour permettre aux utilisateurs de savoir s'ils avaient croisé une autre personne diagnostiquée porteuse du coronavirus.

Jusqu'à présent, Berlin avait jeté son dévolu sur une application paneuropéenne connue sous le nom de PEPP-PT, développée par quelque 130 scientifiques européens, dont des experts de l'institut de recherche allemand Fraunhofer et de l'organisme de santé publique de l'Institut Robert Koch. Mais cette application a rencontré une forte opposition car il était prévu que les données soient stockées sur un serveur central, suscitant les craintes que des gouvernements récupèrent ces données personnelles et s'en servent à des fins de surveillance.

De leur côté, Apple et Google ont affirmé que les utilisateurs de la technologie qu'ils développent ensemble, qui fonctionnerait entre leurs systèmes d'exploitation iOS et Android, pourront contrôler leurs données et que le système sera probablement désactivé une fois la pandémie passée.

En France, le consortium public-privé qui travaille sur l'application StopCovid est composé l'Inria, de l'ANSSI, Capgemini, Dassault Systèmes, Inserm, Lunabee Studio, Orange, Santé Publique France et Withings.

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