Pourquoi le soutien d'Apple et Microsoft au fonds IA de SoftBank serait une menace pour la tech en Europe

Le DG de SoftBank Group Masayoshi à Tokyo, en 2018. Le conglomérat japonais arrose la tech de milliards de dollars avec le risque de créer une bulle et de détenir entre ses mains les technologies de demain, au détriment de l'Europe. REUTERS/Kim Kyung-Hoon/File Photo

SoftBank Group a annoncé vendredi 26 juillet la création d'un second fond d'investissement géant destiné à investir dans la tech, baptisé "Vision Fund 2". Il sera doté d'environ 108 milliards de dollars (97 milliards d'euros) et soutenu par plusieurs investisseurs dont Apple et Microsoft. La marque à la pomme avait déjà participé à hauteur d'un milliard de dollars dans le premier fond tech de SoftBank. Les 100 milliards de dollars récoltés en 2017 ont été entièrement investis en en à peine deux ans et demi... 71 entreprises ont été soutenues dont des grands noms de la tech tels qu' Uber, la messagerie  Slack, le spécialiste des espaces de coworking WeWork, les VTC Didi ou Grab...

Le conglomérat japonais indique dans un communiqué qu'il investira lui-même 38 milliards de dollars dans Vision Fund 2. Parmi les autres entreprises qui vont s'y associer figurent le groupe taïwainais Hon Hai Precision (Foxconn), mais aussi des investisseurs institutionnels comme la Société nationale d'investissement de la Banque nationale du Kazakhstan et Standard Chartered Bank. Vous pouvez voir la liste complète des bailleurs de fonds ici. "L'objectif du fonds est de faciliter l'accélération de la révolution de l'IA (intelligence artificielle) en investissant dans des sociétés de croissance leaders sur le marché et axées sur la technologie", déclare le groupe japonais SoftBank dans son communiqué.

Selon nos confrères de Business Insider UK, une source au sein des fonds de capital-risque dit que SoftBank table même sur une collecte de 200 milliards de dollars à terme.

Le risque d'une bulle tech créée par SoftBank lui-même

La stratégie d'investissement de Vision Fund consiste à investir d'énormes sommes d'argent dans une entreprise perçue comme le leader d'un marché — Uber dans le covoiturage, WeWork dans le coworking — afin de rapidement grossir et d'évincer les concurrents. C'est une course au financement pour survivre — ou une politique de la terre brulée — qui pourrait déboucher sur la création d'une bulle, marquée par des valorisations déraisonnables de startups, que l'on perçoit déjà sans l'intervention de SoftBank.

A lire aussi — Les 11 annonces les plus importantes déjà faites par Apple en 2019

Inquiets des risques de concentration de la technologie entre les mains de quelques-uns, certains acteurs de la tech en Europe estiment que ces milliards collectés ne sont pas une bonne nouvelle. Alors que l'écosystème français se targue de la création de licornes, et appelle de ses voeux le soutien de géants made in France ou tout du moins européens, de tels appels de fonds pourraient contrecarrer cette ambition.  C'est l'avis de Philippe Collombel, co-managing partner au sein de Partech, l'un des plus gros fonds européens. Partech a notamment soutenu Evaneos, Made.com ou Lifen. 

"L'Europe avance. Elle est désormais capable de lever des fonds jusqu'à 1 milliard d'euros mais avec SoftBank, elle reste malgré tout complètement larguée. On est sur un rapport de 1 à 100!  On peut suivre sur des tours de table de 50 millions d'euros mais là, Vision Fund est capable de mettre 300 à 400 millions tout seul. C'est monstrueux. Ce n'est pas une bonne nouvelle. C'est une réelle menace pour la souveraineté de la tech", explique-t-il à Business Insider France.

Avec Vision Fund, SoftBank a ainsi été capable de dépenser 500 millions d'un coup sur la startup Improbable au Royaume-Uni

Philippe Collombel identifie deux effets négatifs pour l'Europe : le financement donc et le risque pour les grosses entreprises de voir passer sous leur nez des technologies fondamentales car elles sont incapables de signer de tels chèques. "Quand il y aura une belle boîte, on ne pourra plus suivre. Et SoftBank pourra créer des effets d'éviction de grandes entreprises françaises et européennes sur des technologies qu'il possédera", résume l'investisseur français.

Apple et Microsoft intéressés par les technologies fondamentales et les ingénieurs

C'est d'ailleurs avec cette stratégie en tête qu'il faut lire les soutiens d'Apple, qui avait déjà mis de l'argent dans Vision I, et de Microsoft. Le Wall Street Journal indique ainsi que certains investisseurs du fonds considèrent cet engagement financier comme le prix d'entrée dans l'écosystème de SoftBank, à la fois pour nouer des relations commerciales mais aussi pour guetter les meilleurs opportunités et trouver les meilleurs profils. Le Wall Street Journal précise ainsi que les dirigeants de SoftBank auraient dit à Microsoft qu'ils encourageraient les quelque sociétés du fonds à se passer de la plateforme de cloud d'Amazon (AWS) pour aller chez Microsoft.

A lire aussi — Microsoft investit 1 Md$ dans OpenAI, une entreprise fondée par Elon Musk qui travaille sur l'intelligence artificielle

Avec respectivement 200 milliards de dollars et 116 milliards de dollars de trésorerie disponibles, les enveloppes assurément conséquentes promises par Apple et Microsoft ne représentent donc pas un risque énorme pour ces deux GAFA. Comme au poker, elles paient pour voir avec la possibilité de remporter le gros lot. "Ni Microsoft ni Apple ne font des investissements de diversification. C'est donc une opération logique et rationnelle pour détecter les meilleures technologiques d'ingénierie", commente Philippe Collombel. 

Apple et le fabricant de puces Qualcomm ont ainsi tous deux investi dans le premier fonds de SoftBank, cherchant en partie à avoir accès à de nouvelles entreprises technologiques et à des clients prometteurs pour leurs produits. Apple vend également des iPhones aux utilisateurs de téléphones portables de SoftBank.

Vision Fund avait été monté en partie avec le soutien conséquent de l'Arabie Saoudite. Cette fois, Ryad ne participera pas. La base d'investisseurs du second fonds reflète une diversification au-delà du Moyen-Orient. "Ceux qui ont investi il y a deux ans investissaient dans la vision, rien ne prouvait que le concept allait réussir", relève Chris Lane, analyste chez Sanford C. Bernstein. "Au vu du bilan des deux dernières années, les risques de Vision Fund 2 ont été considérablement atténués", estime-t-il.

Vous avez apprécié cet article ? Likez Business Insider France sur Facebook !

Lire aussi : YouTube reste la vache à lait de Google pour les revenus publicitaires

Voici à quoi ressembleraient les planètes si elles étaient plus proches de la Terre