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Pourquoi les enfants qui regardent un écran le matin pourraient avoir trois fois plus de risques d'avoir des troubles du langage

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Pourquoi les enfants qui regardent un écran le matin pourraient avoir trois fois plus de risques d'avoir des troubles du langage
© Getty images/Blend Images/Inti St Clair

Santé Publique France a publié ce mardi 14 janvier 2020 une étude concernant les liens possibles entre expositions aux écrans et développement de troubles du langage chez l'enfant. Selon les conclusions de cette étude menée en France auprès de 276 enfants âgés entre 3,5 et 6,5 ans en Ille-et-Vilaine (Bretagne), un enfant qui regarde l'écran le matin, que ce soit la télévision, une tablette ou un smartphone, aurait trois fois plus de risque de développer des troubles du langage et ce risque serait encore plus important (six fois) s'il n'échangeait pas sur le contenu regardé par la suite avec ses parents.

Des troubles primaires du langage comme la dysphasie (qui se traduit par des difficultés à mémoriser des informations et à s'exprimer alors que l'enfant comprend parfaitement), le bégaiement, le manque de vocabulaire ont été diagnostiqués chez 167 des 276 enfants qui ont participé à l'étude. Les 109 autres enfants n'ont présenté aucun trouble du langage. "Au cours d'une semaine scolaire classique, 44,3% des cas [enfants diagnostiqués] et 22% des témoins [enfants non diagnostiqués] étaient exposés aux écrans le matin avant l'école. Dans les deux groupes, ils étaient seuls face à l’écran 40% du temps", précise le Bulletin épidémiologique hebdomadaire, l'une des revues scientifiques éditées par Santé Publique France, cité par le quotidien 20 Minutes.

Environ 94% des enfants qui ont participé à l'étude ont accès à la télévision (5% en ont une dans leur chambre), la moitié à une tablette, un tiers à un ordinateur, une console de jeux vidéo ou un smartphone. Et en moyenne, l'âge de la première exposition aux écrans a été évalué à 15 mois.

La nécessité de discuter des contenus visionnés avec l'enfant

Ces résultats pourraient s'expliquer par le fait que pour "pour intégrer, le cerveau a besoin d'un apprentissage répété dans le temps, intensif et qui demande des efforts", a indiqué Grégoire Borst, professeur de psychologie du développement à l'Université Paris Descartes. Ce qui ne correspond pas à ce que fait un enfant quand il regarde de façon aléatoire la télévision par exemple.

De plus, selon Manon Collet, médecin généraliste et co-autrice de l'étude, "l'exposition le matin va épuiser la concentration de l'enfant, moins apte aux acquisitions. [...] Il va répondre de façon réflexe à ce stimulus très important, qui n'a rien à voir avec l'attention volontaire face à un instituteur. L'adulte est capable de contrôler ce réflexe, pas le tout-petit, il est absorbé, en hypervigilance, excité."

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Cette nouvelle étude souligne ainsi l'accompagnement nécessaire à l'écran. 31% des enfants présentant un trouble du langage discutent rarement voire jamais des contenus visionnés sur l'écran avec un adulte, selon l'étude. "Pour se développer, un enfant a besoin d'interagir avec son entourage. Rester seul face à un écran sans pouvoir expliquer ce qu'il a vu limite ces interactions", a détaillé Manon Collet. Regarder et débriefer les contenus visionnés semblent donc deux choses primordiales.

Les chercheurs estiment enfin que tous les contenus ne se valent pas, de toute évidence, et qu'il faudrait réaliser de nouvelles études plus affinées pour comprendre les effets des différents usages des écrans. "Il semble absurde de se poser la question de l'exposition aux écrans en général, car cela dépend du contenu. Si un programme télévisuel est particulièrement riche, il n'est pas impossible qu'il ait des effets positifs sur le langage. Un essai randomisé dévoilait ainsi que les enfants gagnaient en vocabulaire en regardant Dora l'exploratrice", a estimé Grégoire Borst cité par 20 Minutes.

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