Pourquoi les projets d'Elon Musk pour rendre Mars vivable ne sont pas concrètement faisables

Mark Watney (joué par Matt Damon) dans le film "Seul sur Mars" cultive des pommes de terre sur Mars. Twentieth Century Fox Film Corporation

Lors d'une discussion avec Jack Ma, patron d'Alibaba, à la Conférence mondiale sur l'intelligence artificielle (IA) à Shanghai (Chine), le milliardaire Elon Musk a de nouveau partagé sa vision de la conquête de Mars. Le DG de l'entreprise spatiale SpaceX a estimé qu'il fallait "devenir une espèce multiplanétaire ou faire en sorte que la vie soit multiplanétaire", car "il y a une probabilité à un certain point qu'une force externe ou une erreur interne non forcée provoque la destruction ou l'altération suffisante de la civilisation pour qu'elle ne puisse plus s'étendre à une autre planète."

D'où son projet de terraformer Mars, autrement dit, de rendre la planète rouge vivable comme la Terre. Alors que son entreprise SpaceX travaille actuellement au développement d'une fusée capable d'envoyer des hommes sur Mars, Elon Musk a récemment évoqué ce projet de terraformation sur Twitter en déclarant qu'il fallait faire exploser des bombes nucléaires au niveau des calottes glaciaires polaires sur Mars. L'idée serait ainsi de faire fondre ces calottes glaciaires et de libérer de grandes quantités de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, ce qui créerait un effet de serre qui augmenterait la température et la pression atmosphérique de la planète rouge.

Dès 1971, l'idée de terraformer de Mars a fait l'objet d'un article écrit par l'astronome américain Carl Sagan, l'un des fondateurs de l'exobiologie. Et elle n'a pas fini d'être discutée, puisque des scientifiques travaillent actuellement sur la terraformation de certaines régions de Mars pour les rendre habitables à l'aide d'un aérogel — matériau semblable à un gel où le composant liquide est remplacé par du gaz —, selon un communiqué publié par la NASA

Interrogé par Business Insider France sur la faisabilité d'une telle entreprise, Francis Rocard, responsable des programmes d'exploration du Système solaire au Centre national d'études spatiales (CNES), a tout d'abord rappelé à quoi correspondait précisément la terraformation de Mars : "elle consiste, par un moyen externe, à augmenter la quantité de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Avec l'effet de serre, la température et la pression augmentent de telle manière que l'eau puisse passer à l'état liquide. Dans un second temps, il faut faire en sorte, par un autre moyen externe, que l'air soit respirable donc qu'il y ait de l'oxygène". Sur Mars, la température moyenne est d'environ 60°C, et près des pôles, elle peut descendre à -125°C et l'air est composé majoritairement de dioxyde de carbone (à 95,32%), sans oublier les radiations cosmiques. 

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Le projet d'Elon Musk, une 'idée d'apprenti sorcier'

Calotte polaire nord sur Mars. NASA/JPL-Caltech/MSSS

Si l'on met de côté la difficulté d'envoyer des bombes nucléaires en direction des calottes polaires de Mars — ne serait-ce que pour le transport —, l'expert du CNES a affirmé que l'idée d'Elon Musk "n'est pas impossible mais qu'il s'agit d'une idée d'apprenti sorcier, au sens où vous démarrez sur un concept, sans avoir aucune certitude qu'au final, ça va fonctionner." D'autant plus que le concept n'est pas sans faille. 

"Si on fait exploser une bombe comme celle lancée à Hiroshima (Japon) en 1945, ça détruit tout sur son passage, ça va aussi casser les molécules de dioxyde de carbone", a avancé Francis Rocard, avant d'ajouter : "dans le Pacifique, les bombes nucléaires n'ont pas réchauffé l'océan !". De plus, d'après une étude américaine publiée dans Nature Astronomy en juillet 2018, Mars ne dispose pas de quantités de CO2 accessibles pour créer l'effet de serre suffisant qui permettrait de rendre l'atmosphère respirable pour les humains. On peut notamment lire : 

"Ces résultats suggèrent qu'il ne reste pas assez de CO2 sur Mars pour produire un réchauffement significatif par effet de serre si le gaz était rejeté dans l'atmosphère; en outre, la majeure partie du CO2 n'est pas accessible et ne peut donc pas être facilement mobilisée. Par conséquent, nous concluons qu'il n'est pas possible de terraformer Mars avec la technologie actuelle."

Un projet qui coûterait des centaines de milliards de dollars

Le patron de SpaceX a également déjà évoqué l'utilisation de satellites miroirs en orbite afin de réfléchir la lumière vers Mars et de réchauffer la planète rouge. Mais cela nécessitera une logistique extrêmement compliquée, a souligné Francis Rocard : "il faudrait fabriquer un chapelet de miroirs qui vont dériver en orbite polaire autour de Mars, mais chaque miroir devrait faire un millier de kilomètres carrés. Hormis sur le papier, cela ne semble pas faisable."

Sans compter que la terraformation de Mars coûterait extrêmement cher, prendrait plusieurs siècles et que le processus devrait être répété après des centaines de milliers d'années, car l'atmosphère créée autour de la planète finirait probablement par se dissiper au-delà. "Selon une étude américaine, il faudrait déjà importer de l'ammoniac, de l'hydrogène et des hydrocarbures pour augmenter la pression, ça prendrait 90 ans et 500 milliards de dollars, puis 120 ans de plus et 700 milliards de dollars supplémentaires pour faire fondre la glace, 150 ans et 900 milliards de dollars de plus pour obtenir un effet de serre, et enfin, 50 ans et 300 milliards pour rendre l'atmosphère respirable", a approximativement évalué le scientifique du CNES.

Titan, le plus grand satellite naturel de Saturne, en infrarouge vu par la sonde Cassini en novembre 2015. NASA/JPL/University of Arizona/University of Idaho

Si la terraformation de Mars semble donc concrètement impossible, Titan, le plus grand satellite naturel de la planète Saturne, pourrait dans très longtemps — dans environ 5 milliards d'années quand le Soleil sera en fin de vie — devenir pratiquement une planète Terre bis. Aujourd'hui, la température au sol sur Titan est d'environ −179 °C, mais dans des milliards d'années, le Soleil va grossir au point de toucher la Terre et de la détruire. Et "c'est peut-être sur Titan qu'on ira se réfugier, où il fera plus chaud et où l'atmosphère est composée essentiellement d'azote même s'il manque l'oxygène. On pourra y vivre avec un masque à gaz", a imaginé Francis Rocard. Cette lune pourrait ainsi devenir un petit havre de paix pour les rares terriens qui survivraient à l'engloutissement de la planète bleue par son astre.

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