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Pourquoi les taux de mortalité du coronavirus sont si différents d'un pays à l'autre


Montée du racisme, supermarchés pris d'assaut, quartiers entiers désertés, analogies avec la peste... Le monde entier cède à la panique alors que le bilan de morts du nouveau coronavirus ne cesse de s'alourdir. Et l'anxiété générale tient sans doute au flou qui entoure le virus, notamment quant à son taux de mortalité. Selon Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS, 3,4 % des personnes infectées dans le monde sont décédées. Soit un taux de létalité plus de trois fois supérieur à celui de la grippe saisonnière (moins d'1 %). Et s'il paraît logique que le rapport change en fonction de l'âge des malades, il est surprenant qu'il varie en fonction des pays.

Dans son rapport du 8 mars sur l'épidémie, l'OMS fait état de 105 586 cas confirmés, disséminés dans 101 Etats, pour 3 584 morts. Et d'un pays à l'autre, le taux de mortalité peut drastiquement changer. La Suisse, par exemple, affiche une létalité de 0,76 %, contre 5,16 % pour les Etats-Unis... Soit une létalité près de 7 fois supérieure. En France avec 10 morts pour 706 cas confirmés dimanche 8 mars, le taux de mortalité du virus serait d'1,42 %, selon l'OMS. Des fluctuations qui interpellent, et alimentent même des fausses informations et des théories du complot selon lesquelles les Etats mentiraient sur la véritable létalité du virus. Des hypothèses justifieraient toutefois ces importantes variations. Voici quelques facteurs qui peuvent causer ces fluctuations d'un territoire à l'autre :

Un recueil des données problématique

Ces variations du taux de mortalité tiendraient en premier lieu à la fiabilité des données. Surtout en début d'épidémie, alors qu'il est pratiquement impossible d'établir un décompte exhaustif du nombre de malades. En effet, la maladie causée par le Covid-19 peut être asymptomatique. De nombreuses personnes ne vont pas consulter et ne sont jamais comptabilisées. "Dans toute épidémie, il existe une tendance à surévaluer le taux de létalité dans un premier temps, puis, au fur et à mesure que l'on détecte plus largement les personnes infectées et que la prise en charge des formes sévères s'améliore, ce taux baisse. Lors de l'épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, nous partions d’un taux de létalité à 70 % ; il est par la suite descendu à 40 %", explique le professeur Jean-François Delfraissy au Monde. La temporalité a donc également son importance dans le calcul du taux de létalité. Il est probable qu'il chute à mesure que les cas bénins seront comptabilisés.

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Les variations entre les pays peuvent s'expliquer aussi par les différentes mesures prises pour dépister le Covid-19. La Corée du Sud a par exemple mené une campagne de dépistage massive, découvrant des personnes infectées qui étaient, de fait, à peine malades. Le taux de mortalité a donc considérablement chuté, à mesure que le nombre de cas bénins était comptabilisé. L'OMS prend donc des pincettes dans son rapport quotidien sur l'épidémie et distingue les données selon le mode de recensement. C'est ce qu'explique Jean-Stéphane Dhersin, directeur adjoint scientifique de l’Institut national des sciences mathématiques et de leurs interactions du CNRS, contacté par Business Insider France : "Le recueil des données pose un gros problème. Le critère pour comptabiliser les malades n'est pas uniforme sur toute la planète. Dans certains pays, il suffit d'avoir la fièvre et un autre symptôme pour être considéré comme malade." D'autres facteurs pourraient toutefois expliquer ces variations d'un Etat à l'autre.

Des systèmes de santé inégalement efficaces

Dans la lutte contre le coronavirus, l'efficacité des systèmes de santé et la qualité des infrastructures hospitalière seraient cruciales. "L’enjeu essentiel est de préparer le système de santé à faire face à une épidémie qui va durer, à prendre des mesures permettant d’éviter un afflux brutal d’un grand nombre de cas sérieux ou graves qui pourraient submerger les capacités de prise en charge", explique le professeur Delfraissy, interrogé par Le Monde.

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C'est sans doute la raison pour laquelle la Suisse, qui se classe troisième au classement de l'Institut Legatum des systèmes de santé des Etats, affiche un taux de mortalité aussi faible (0,76 %). A l'instar de Singapour — 1er du classement, 0 morts pour 138 cas confirmés — ou encore du Japon — 2è du classement, 6 morts pour 455 cas recensés. Les Etats-Unis, qui enregistrent le plus haut taux de létalité (5,16 %) du virus, pointent à la 59è place du classement des systèmes de santé...

La performance de son système de santé n'a toutefois pas préservé l'Italie, qui enregistre un taux de mortalité conséquent (3,98 %) malgré une place honorable (17è) au classement de l'Institut Legatum. En effet, même un système de santé performant peut être débordé par l'épidémie. C'est ce qu'a expliqué au Monde le professeur Charles-Hugo Marquette, chef du service pneumologie du CHU de Nice : "Les hôpitaux sont calibrés pour un certain niveau d’activité. En cas d’afflux massif et brutal de patients en détresse respiratoire aiguë, même si les équipes sont compétentes et disposent du matériel nécessaire, elles peuvent vite être prises de court. Surtout si en plus les infections se multiplient chez les soignants, comme on le voit en Lombardie en ce moment". Et, pour l'Italie, deuxième pays le plus "vieux" du monde, la démographie pourrait également jouer sur le taux de mortalité.

L'âge médian des populations

Le taux de mortalité du coronavirus augmente considérablement avec l'âge. Ce pourrait être un facteur déterminant du taux de létalité sur un territoire donné. La population italienne, par exemple, est relativement âgée. Avec un âge médian de 45,1 ans — soit le plus haut d'Europe — selon le CIA World Factbook, l'Italie affiche un taux de mortalité de 3,98 % pour 5 883 malades recensés. En Iran, qui enregistre presque le même nombre de cas (5 823), l'âge médian est moindre (29,1 ans) et le taux de mortalité est également plus faible (2,49 %).

Ces données démographiques semblent donc avoir un réel impact sur le taux de mortalité : l'Iran n'arrive qu'à le 88ème au classement de l'Institut Legatum des systèmes de santé, alors que l'Italie occupe la 17ème place... Toutefois, dans le cas du Japon, il semble que ce soit le système de santé qui a été déterminant. Le pays, deuxième du classement de l'Institut Legtatum, n'enregistre un taux de létalité que d'1,32 %, en dépit d'une population relativement âgée (âge médian de 46,9 ans).

Deux souches du coronavirus ?

Une dernière explication à ces fluctuations est parfois avancée : des chercheurs chinois auraient identifié deux souches différentes du virus. La souche "S", plus ancienne, serait moins contagieuse et moins mortelle que la souche "L", rapporte Futura Science. Ces deux souches auraient pu se propager inégalement à travers les territoires, et ce pourrait être l'une des raisons de ces fluctuations. Toutefois, cette étude n'a jamais été confirmée et il est peu probable que cela ait une véritable incidence sur la variation des taux de mortalité en fonction des pays.

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