Henri Seydoux, co-fondateur et PDG de Parrot. Facbook/Parrot

  • Henri Seydoux, le PDG et actionnaire de contrôle du fabricant français de drones Parrot, va augmenter sa participation au capital de l'entreprise. Il lance une offre publique d'achat sur les actions qu'il ne possède pas.
  • Cette opération ne devrait pas changer fondamentalement la trajectoire de Parrot dont le cours de l'action a perdu près de 95% en trois ans et la valeur 700 millions d'euros.
  • Pour un analyste interrogé par Business Insider France, l'histoire de cette entreprise soutenue par Bpifrance va mal se terminer.
  • Parrot emploie 650 personnes et a déjà prévu de supprimer une centaine de postes.

Le cofondateur du groupe français de drones Parrot, Henri Seydoux, via sa société Horizon qu'il détient avec une partie de sa famille, va remonter au capital de son entreprise et lancer une offre publique d'achat.

Cette opération technique ne devrait pas changer fondamentalement la trajectoire de Parrot dont le cours de l'action a perdu près de 95% en trois ans — depuis une spectaculaire augmentation de capital de 300 millions d'euros saluée par le monde économique et politique français.

Capture d'écran action Parrot entre décembre 2015 et le 28 novembre 2018. Investing.com

En trois ans, la valeur du groupe dirigée par Henri Seydoux a fondu — passant de 810 millions d'euros à 110 millions d'euros — l'équivalent de la trésorerie disponible à ce jour. Après la publication de cet article, Parrot a tenu à préciser que la capitalisation boursière maximale avait été de 650 millions d'euros et qu'aujourd'hui elle était de 50 millions d'euros.

"Ce n'est pas une surprise. C'est clairement un échec industriel. Parrot a continuellement changé de modèle dans son histoire et a toujours évolué entre le BtoB et le BtoC sans que la frontière soit claire. Le problème du drone aujourd'hui est que cela reste davantage un jouet mais ça n'a pas d'autonomie et il y a de fortes contraintes réglementaires. Ce n'est pas un modèle économique viable pour un fabricant français qui est en plus confronté dans ce domaine à des concurrents chinois comme DJI", explique Sébastien Faijean, analyste financier chez idMidCaps, à Business Insider France.

La perte nette de Parrot sur les neuf premiers mois de l'année se monte à 83,9 millions d'euros.

Du coup, chez les analystes, la décision du 28 novembre d'Henri Seydoux étonne. L'offre représente une prime de 94,2% par rapport au cours de clôture de l’action Parrot du 26 novembre.

"On ne voit pas à quoi ça sert", lâche l'un d'entre eux. "C'est comme si la famille Seydoux avait été contrainte de le faire."

A l'issue de cette acquisition, la holding familiale Horizon détiendra 45,69% du capital et 46,71% des droits de vote de l'entreprise et lancera, conformément à la réglementation boursière, une offre publique d'achat sur les actions qu'elle ne détient pas au même prix ainsi qu'une offre sur les bons de souscription d'actions "à un prix représentatif du prix offert pour les actions". Certains actionnaires pourraient en profiter pour sortir du capital.

Horizon a déclaré qu'elle n'envisageait pas de mettre en oeuvre un retrait obligatoire malgré les déboires de l'action.

Au T3 de 2018, Parrot a publié des résultats de très mauvaise facture marqués par une baisse de 40% de ses ventes à 23,4 millions d'euros (-31% dans les drones). Le groupe fait état d’un marché des drones grand public en "crise de croissance". Sur neuf mois, le chiffre d’affaires recule de 24% à 78,4 millions d'euros.

Combinée à ces résultats financiers dans le rouge, la vertigineuse chute de l'action n'augure rien de bon. 

"Ça va être une boucherie", déclare sous couvert d'anonymat un bon connaisseur du dossier.

Après une première suppression de 290 postes en janvier 2017, Parrot va procéder à des nouvelles coupes dans ses effectifs d'une centaine de postes, principalement à l'international. A ce jour, l'entreprise emploie 650 personnes.

"C'est une énième histoire de crash industriel de la tech en France"

Cette histoire est regardé de près dans l'écosystème français. Parrot est un symbole. L'entreprise a bénéficié de soutiens dithyrambiques à l'occasion de sa colossale levée de fonds de 300 millions d'euros en 2015.

"C'était un moment où Amazon venait d'évoquer la livraison par drones et il y avait beaucoup de buzz autour de cette technologie. Henri Seydoux a très bien vendu son expertise dans un bon timing. Il y croyait. Il sait saisir les éléments technologiques mais il a visiblement plus de mal à analyser le paysage concurrentiel. D'ailleurs, en 2015, même si avec 326 millions d'euros de chiffre d'affaires l'entreprise n'était pas rentable", explique Sébastien Faijean.

L'analyste détaille que l'investissement en R&D était déjà très important avec près de 198 millions d'euros entre 2014 et 2017.

Parrot serait-elle l'exemple parfait des limites d'une entreprise française voulant se lancer sur un marché des produits électroniques?

"C'est une énième histoire de crash industriel de la tech en France. Les ingénieurs sont bons mais il n'y a pas de taille critique du marché quand vous voulez faire du software et du hardware. Et si le marché décolle, les GAFA ont suffisamment d'argent pour venir avec leur software", analyse un observateur avisé.

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