Pourquoi s'offrir un sandwich au bord d'une autoroute coûte-t-il si cher ?

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Pourquoi s'offrir un sandwich au bord d'une autoroute coûte-t-il si cher ?
Chaque été, les Français sont des milliers à se presser sur les aires d'autoroute pour se restaurer ou faire une pause. © Business Insider France/Claire Sicard

Cette année encore, malgré le contexte sanitaire compliqué, les routes de France devraient être bien remplies aux mois de juillet et d'août. En cette veille de pont du 14 Juillet, nous avons voulu comprendre pourquoi les prix affichés en restauration sur les aires d'autoroute étaient plus hauts qu'ailleurs. Que ce soit pour un café allongé, un paquet de chips, un sandwich triangle au poulet ou une boisson fraîche, on s'est tous déjà dit que la note était salée une fois passé en caisse. Impression ou vérité ?

S'il est compliqué d'obtenir un chiffre exact — les prix variant d'une aire d'autoroute à l'autre, les tarifs pour acheter son repas ou son goûter se révèlent vraiment plus élevés sur les aires de repos. En 2019, Le Parisien évoquait déjà des prix plus hauts de 10 à 15% pour la restauration. Pour les autres produits, comptez entre 15 et 20% supplémentaires par rapport à une boutique en centre-ville, voire 30% de plus en comparaison avec un supermarché.

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Un constat que confirme Florence Lemetais Chaffiotte, Directrice marketing et relations clients de Vinci Autoroutes, à Business Insider France : "Même s'il n'existe pas d'étude là-dessus, si on prend un indice prix moyen dans la distribution de 100, on doit être aux alentours de 120 sur une aire d'autoroute. Comme un magasin Monoprix de centre-ville, finalement", affirme-t-elle. Et donc environ 20% plus cher que la moyenne des autres commerces.

Un système de concession qui fait monter l'addition sur les aires d'autoroute

Plusieurs raisons expliquent ces prix élevés sur les aires d'autoroute. La première tient au modèle économique mis en place pour gérer le fonctionnement des commerces sur les autoroutes. L'État confie ce qu'on appelle des concessions à des groupes privés pour opérer les routes, les maintenir en état, les sécuriser, etc. Mais aussi pour la gestion des aires de repos, et cela pour un grand nombre d'années. C'est le cas par exemple de Vinci Autoroutes qui gère actuellement 187 aires de service dans toute la France. Et ses concurrents sont nombreux : Sanef, APRR, etc.

Une fois la concession remportée, le groupe opérateur se charge alors de trouver des "pétroliers" (Total, BP, Shell, Avia, Esso...) pour gérer la fourniture d'essence. Même chose pour l'offre de restauration qui est alors confiée sous forme de "sous-concessions" à des groupes comme Autogrill, Areas, etc. Ce sont ensuite ces entreprises qui décident quelles enseignes, par exemple Burger King, Paul, McDonald's ou Starbucks, seront présentes sur les aires d'autoroute.

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Les concessions données par les exploitants des autoroutes françaises sont en général signées pour 12 à 15 ans en moyenne. Une redevance, comme un loyer fixe, est alors versée durant cette période, ainsi qu'une commission sur le chiffre d'affaires réalisé sur l'aire d'autoroute. De quoi mécaniquement faire augmenter les dépenses de l'opérateur choisi qui propose des prix élevés pour pouvoir rentrer dans ses frais et amortir l'investissement mis dans la concession.

D'autant plus qu'il faut maintenir l'aire d'autoroute en bon état et entreprendre des travaux de modernisation réguliers. "Chez Vinci Autoroutes, nous avons une clause de réinvestissement obligatoire qui demande à l'opérateur toutes les X années de moderniser les surfaces, de développer de nouveaux services, etc.", explique ainsi la Directrice marketing et relations clients du groupe. Installer des bornes de chargement pour les voitures électriques, mettre en place du click n'collect, agrandir les terrasses en temps de pandémie de Covid-19, etc. De quoi faire monter un peu plus la facture des produits vendus sur les aires d'autoroute.

Business Insider France/Claire Sicard

'Nous sommes ouverts 24h/24 et 7 jours sur 7, cela demande beaucoup de salariés'

La logistique déployée pour l'approvisionnement des aires d'autoroute peut également expliquer ces prix plus hauts. Si, comme pour les supermarchés, les opérateurs comme Autogrill ou Areas se fournissent via une centrale d'achat, et regroupent donc leurs commandes au niveau national, les aires de service sont bien souvent plus éloignées des entrepôts de stockage que les commerces de centre-ville, par exemple. De quoi engendre des surcoûts logistiques.

"Pour moi, l'une des raisons principale, c'est l'obligation de continuité de service que l'on répercute à nos enseignes", explique Florence Lemetais Chaffiotte. "Nous sommes ouverts 24h/24 et 7 jours sur 7, cela demande beaucoup de salariés présents sur place". Et donc des coûts de main d'œuvre beaucoup plus importants que dans une boutique ou un supermarché qui, eux, ferment la nuit.

Les textes réglementaires sur le fonctionnement des aires d'autoroute sont très précis et demandent la mise en place de nombreux services obligatoires : l'amplitude horaire, mais aussi le nettoyage des sanitaires toutes les heures, la mise à disposition de douches, d'un coin repos, etc. Les employés doivent donc être nombreux sur place, encore plus pendant les pics d'affluence de l'été pour certaines aires qui font appel à des saisonniers.

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Un constat ancré dans l'inconscient des clients des aires de repos

Le système économique de concession, les surcoûts logistiques et le personnel nécessaire pour assurer une qualité de service 24h/24 expliquent donc en grande partie les prix hauts que l'on paie pour ses courses sur les aires de repos quand on part en vacances ou en week-end. Et c'est un constat bien ancré chez les Français. "Vous comme moi, on a dans notre inconscient collectif que c'est plus cher sur l'autoroute", confirme ainsi la Directrice marketing et relations clients de Vinci Autoroutes. Mais pour elle, ça ne doit justement pas rester une fatalité.

"C'est un sujet sur lequel on travaille tous les jours, comment rendre les prix plus accessibles. Il est réellement important pour nous de travailler à cet effort pour nos consommateurs". Si dans les boutiques, l'amplitude prix est forte, le groupe impose à ses opérateurs d'avoir une offre "premier prix", appelée offre "Access". Elle comprend un menu avec un sandwich, une boisson et un dessert. Pas sûr que cela suffise pour le moment aux consommateurs pour s'y retrouver.

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