Prix, réalité virtuelle, TV connectée... Le Français Shadow fourbit ses armes pour exister face à Google Stadia

Shadow s'affranchit de tout ordinateur ou console en proposant un abonnement mensuel pour avoir accès à un ordinateur super puissant. Shadow

Google Stadia, la plateforme de jeux vidéo en streaming de Google, va sortir le 17 novembre prochain. Depuis l'annonce de ce lancement au printemps dernier, un petit acteur français sur ce marché — Shadow (250 salariés) — est lancé dans une course contre la montre pour déjouer les pronostics des suspicieux et prouver qu'il peut exister voire rivaliser avec le géant de la Silicon Valley. A ce jour, il est impossible de l'affirmer. Mais l'entreprise identifiée comme l'une des 40 pépites de la French Tech par le gouvernement français se donne les moyens d'y parvenir. "On devient grand", estime auprès de Business Insider France, Emmanuel Freund, cofondateur avec Stéphane Héliot et Asher Kagan de Blade, l'entreprise derrière Shadow.

Depuis sa création en 2015, ce service promet aux fans de jeux vidéo un ordinateur ultra-puissant dans le cloud, pour jouer à distance à tous leurs jeux, sur tous les écrans, même un smartphone, contre un abonnement mensuel. Vous vous connectez aux serveurs de Blade avec un ordinateur léger et en théorie ils s'occupent des rouages informatiques. C'est peu ou prou la formule de Google avec Google Stadia qui propose de jouer en se connectant aux serveurs de Google depuis un téléviseur (équipé d'un boîtier Chromecast), un ordinateur, un smartphone sous Android ou une tablette. "Nous sommes dans une bien meilleure position que Google Stadia. Ils ont montré ce qu’ils ont : c'est embryonnaire avec 50 jeux. De notre côté, on donne accès à tous les jeux du monde. On est en très en avance sur eux techonologiquement", affirme Emmanuel Freund. titulaire, en mathématiques, d'un magistère de Jussieu et d'un DEA d'Orsay.

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Un nouveau prix de l'abonnement plus proche de celui Google Stadia

Par tous les jeux au monde, il faut comprendre les jeux que vous avez acheté en ligne sur Stream par exemple. Face au géant de Mountain View, le dirigeant base sa confiance sur trois points : la latence, la qualité de l’image et l’utilisation de la bande passante, même "à 5 méga bits (ADSL)". Dans les faits, une connexion 15 méga bits assure un usage plus optimal. Née avec les gamers, la startup vise désormais le grand public. L'objectif des 100 000 utilisateurs fin 2018 n'a pas été atteint. Sa communauté de 65 000 utilisateurs ne suffit pas à assurer les investissements technologiques indispensables à son développement. Shadow vise des millions — des familles, des jeunes, des anciens joueurs, et même des entreprises. Pour ce faire, la startup vient de se doter de plusieurs armes alors que Google, Microsoft et Apple ont des moyens colossaux.

Pêle-mêle, l'entreprise française vient de clore une levée de fonds supérieure à 30 millions d'euros auprès de ses actionnaires historiques et d'un pool d'investisseurs privés; revoit ses prix pour s'approcher de ceux de Stadia; se lance dans la réalité virtuelle; s'allie avec OVH; est désormais disponible directement sur les télévisions connectées et s'entoure de gens de Google X et Magic Leap...

Pour se rendre plus attractif, Shadow attaque par les prix. Elle se dote de trois nouvelles offres commerciales, en pré-commande, et disponibles à partir de février 2020 :

  • L'abonnement de Shadow passe de 29,99 euros à 12,99 euros par mois pendant un an (14,99 euros sans engagement) pour jouer en full HD depuis n'importe quel appareil, "grâce aux efforts de nos fournisseurs", dont OVH, Nvidia, Intel. "On s'est rendu compte que 30 euros, c’est très cher, surtout pour des jeunes. Une fois le jeu fini, ils arrêtent abonnement." Et avec ce prix, Shadow se rapproche de Stadia qui s'affiche à 9,99 euros.
  •  24,99 euros par mois (29,99 euros sans engagement) pour jouer en 4K, avec "plus de puissance, de mémoire, de stockage".
  • Et un dernier abonnement à 39,99 euros par mois (49,99 euros sans engagement — "c'est la F1 des PC", tonne Emmanuel Freund. Les abonnés bénéficieront du "ray tracing" avec la puissance de la carte graphique RTX Titan et 1To de stockage.

"On était réservé à une élite. A 12,99 euros, on s'ouvre à plus de monde et notamment les jeunes pour qui c'est un investissement. On permet aussi aux habitués de la console une expérience similaire en étant désormais disponible directement sur une télé connectée", explique Emmanuel Freund.

Concrètement, avec une smart TV ou un petit appareil USB connecté à votre ordinateur, vous retrouverez l'application Shadow directement sur votre écran, donnant à votre environnement Windows sur PC un aspect de console de jeu. Vous pourrez jouer avec une simple manette XBox ou Switch par exemple. Cette expérience pourra également se prolonger sur smartphone et tablette, grâce à une application dédiée également disponible  en bêta sur Android et iOS.

Si vous n'avez pas de PC, vous pourrez jouer à des millions de jeux gratuits comme "Fortnite" ou "League of Legends" directement sur votre télévision et votre smartphone fera office de joystick. A terme, vous pourriez même rejoindre une partie multi-joueurs depuis votre smartphone quand vos coéquipiers seront devant leur TV ou leur PC.

Asher Kagan, Emmanuel Freund et Stéphane Héliot, les fondateurs de Shadow. Shadow

Partenariat avec OVH

L'argent levé par Shadow — 100 millions d'euros depuis sa création — servira aussi à faire connaître ces avancées technologiques, dont la réalité virtuelle attendue au premier semestre 2020. Le premier produit qui pourrait offrir cette expérience est l'Oculus Quest, capable de diffuser directement le flux vidéo. L'enjeu pour Shadow : la latence. Viendront ensuite les autres casques de VR. Ça tombe bien, la startup a  fait entrer à son board des représentants de Magic Leap et de Google X. Ces arrivés sont à la fois la preuve de l'intérêt porté à sa technologie mais aussi une caution pour le marché américain où des tests sont effectués dans plusieurs États avec son actionnaire le cablô-opérateur Charter. 

Shadow a aussi modifié son modèle économique. Sa réussite économique dépendra de l'accès facile qu'auront les gens à son service. Cette issue passe par la signature d'accords commerciaux avec des opérateurs télécoms qui leur apporteraient une forte notoriété. Shadow rêve d'être directement accessible depuis les box, à l'image d'un Netflix chez Free ou Amazon Prime Video avec SFR

Mais l'entreprise a fait évoluer sa structure de coûts, se redonnant au passage un peu de marge. Alors qu'elle détenait ses propres infrastructures en propre ou en utilisant celles d'opérateurs télécoms, comme Proximus en Belgique ou Charter, Blade s'est rapprochée d'OVH, après une discussion informelle cet été entre Emmanuel Freund et Octave Klaba, le patron de l'hébergeur français de sites internet. "Ils ont des ordinateurs et besoin de clients. On peut leur en apporter des millions. A l'inverse, OVH apporte la puissance pour développer Shadow partout dans le monde et plus vite", explique Emmanuel Freund.

La proximité avec l’entrepreneur de Roubaix ne s'arrête pas là. Comme Octave Klaba qui vient de recruter Michel Paulin, ancien PDG de SFR, pour diriger son entreprise au quotidien, Shadow a un nouveau directeur général. Il s'agit de Jérôme Arnaud. Les deux hommes se sont connus lors de son passage chez Doro. Il a fait aussi partie des premiers actionnaires de Shadow. Emmanuel Freund demeure actionnaire de son entreprise mais il se concentre désormais sur "la vision, la stratégie et la définition des valeurs de l'entreprise". Le premier actionnaire de Shadow reste Nick Suppipat.

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