Un tribunal parisien vient d'envoyer un 'avertissement' aux banques françaises en condamnant un dirigeant africain pour corruption et détournement de fonds publics

Teodorin Obiang. YouTube/S Ramsamy

Le tribunal correctionnel de Paris a condamné vendredi Teodorin Obiang, 48 ans, vice-président de Guinée équatoriale et fils aîné du président, à trois ans de prison avec sursis et 30 millions d'euros d'amende pour abus de biens sociaux, abus de confiance, corruption et détournement de fonds publics.

Ce verdict pourrait faire jurisprudence pour les autres procès qui s'annoncent dans le cadre des dossiers des "biens mal acquis" par des dirigeants africains. Sont concernés notamment les familles d'Ali Bongo, président du Gabon, et de Denis Sassou Nguesso, président d Congo-Brazzaville.

Dans son verdict, la présidente du tribunal Bénédicte de Perthuis a adressé un "avertissement" aux banques françaises susceptibles d'être mêlées à de telles affaires.

"L'attitude de la Société générale, comme celle de la Banque de France, pendant de nombreuses années, a pu laisser penser (à Teodorin Obiang) qu'il existait en France une forme de tolérance à l'égard de ces pratiques", a-t-elle expliqué.

Par conséquent, la peine principale "doit être essentiellement un avertissement destiné tant à la personne condamnée" qu'à tous ceux qui pourraient "être impliqués dans des faits de blanchiment", dit le tribunal.

Bénédicte de Perthuis a rappelé que la Société générale de banque de Guinée équatoriale (SGBGE), filiale à 42% de la Société générale, avait joué un "rôle essentiel" dans le transfert de fonds à l'étranger au profit de Teodorin Obiang. 

La société d’exploitation forestière qu’il contrôlait en tant que ministre de l’agriculture et des forêts y avait un compte, précise Le Monde

Dans une note interne de 2005, le responsable de la lutte anti-blanchiment de la Société générale dit que la SGBGE était en fait une "banque de l'Etat Obiang" et se plaint de l'absence de contrôle ou d'audit.

D'autres notes internes citées par le tribunal indiquent que la direction de la Société générale était au courant du rôle de sa filiale dans le détournement de fonds publics par Teodorin Obiang, sans en tirer d'autres conséquences.

Selon Bénédicte de Perthuis, la Banque de France a aussi vu transiter de tels fonds "sans qu'aucune alerte ne soit déclenchée" et a ainsi joué entre 2005 et 2011 un "rôle déterminant" dans les acquisitions de Teodorin Obiang.

La justice française évalue les sommes "blanchies" en France entre 1997 et 2011 par Teodorin Obiang à plus de 150 millions d'euros, produit présumé de la corruption, de détournements de fonds publics et d'autres délits commis en Guinée équatoriale.

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