Bernard Tapie, Stéphane Richard et 4 autres prévenus sont devant la justice, voici quel a été leur rôle

Bernard Tapie a l'inauguration des nouveaux bureaux d'Altice, à Paris, le 9 octobre 2018. REUTERS/Philippe Wojazer

L'affaire de la vente d'Adidas par le Crédit Lyonnais revient une nouvelle fois devant la justice. Après avoir confirmé au civil la condamnation des époux Tapie à rembourser les 403 millions d'euros obtenus lors de l'arbitrage controversé en 2017, le tribunal correctionnel de Paris doit désormais décider si l'infraction relève également du pénal. Six prévenus sont convoqués pour ce nouveau procès qui s'ouvre ce lundi 11 mars et doit durer jusqu'au 5 avril. Ils encourent des peines maximales de cinq à sept ans de prison, assorties d'amendes pouvant aller jusqu'à 375 000 euros. Escroquerie, détournement de fonds publics, complicité... les chefs d'accusation sont multiples. Le fond de l'affaire remonte à 2008, lorsque Bernard Tapie a obtenu un arbitrage favorable suite à son contentieux avec le Crédit Lyonnais concernant la vente de l'équipementier Adidas en 1993 pour laquelle il s'estimait lésé. 

Bernard Tapie, 76 ans, homme d'affaires, jugé pour escroquerie et détournement de fonds publics

Bernard Tapie à l'inauguration des nouveaux bureaux d'Altice, à Paris, le 9 octobre 2018. REUTERS/Philippe Wojazer

L'homme d'affaires, ancien patron de l'Olympique de Marseille et ancien ministre de la Ville, a racheté le groupe Adidas en juin 1990. Au bord de la faillite en 1993, il revend le groupe à des investisseurs, dont Robert Louis-Dreyfus et des filiales d'AGF et du Crédit Lyonnais. Un an après, alors qu'Adidas se redresse permettant au Crédit Lyonnais de réaliser une importante plus-value, il accuse la banque de l'avoir spolié dans la transaction. Après des années de procédures et de tentatives de médiation avortées, un arbitrage en sa faveur est rendu en juillet 2008, sous la présidence de Nicolas Sarkozy qu'il connaît personnellement.

Le Consortium de réalisation (CDR), structure chargée de gérer le passif du Crédit Lyonnais, est alors condamné à payer 240 millions d'euros de préjudice matériel et 45 millions d'euros au titre du préjudice moral de Bernard Tapie et de son épouse, soit, avec les intérêts légaux courant depuis 1994, près de 405 millions d’euros.

Cet arbitrage a été annulé au civil et Bernard Tapie condamné en décembre 2015 à rembourser la somme, ce qu'il n'a toujours pas fait. Le procès qui s'ouvre aujourd'hui concerne désormais le volet pénal de cette même affaire. Bernard Tapie atteint d'un cancer a expliqué au Journal du Dimanche avoir interrompu tous ses traitements pour garder sa lucidité lors du procès. 

Stéphane Richard, 57 ans, actuel PDG d'Orange et directeur de cabinet de la ministre de l'Economie Christine Lagarde au moment de l'arbitrage, poursuivi pour complicité de détournement de fonds publics et d'escroquerie.

Stéphane Richard, PDG d'Orange et ancien directeur de cabinet du ministère de l'Economie lors de l'arbitrage. Wikimedia commons/Olivier Ezratty

Le parquet de Paris estime que Stéphane Richard, alors directeur de cabinet du ministre de l'Economie, est allé au-delà des limites de sa fonction, cachant certains éléments à sa supérieure hiérarchique Christine Lagarde, signant même à son insu un courrier décidant de recourir à un tribunal arbitral pour cette affaire. De son côté, Christine Lagarde, actuelle présidente du FMI, a été jugée en décembre 2016 coupable de négligence par la Cour de justice de la République pour avoir renoncé à un recours contre l'arbitrage, mais elle a été dispensée de peine.

Maurice Lantourne, 62 ans, avocat de Bernard Tapie, poursuivi pour escroquerie et détournement de fonds publics

Impasse du Crédit Lyonnais. Wikimedia commons/LPLT

Il aurait fait en sorte d'obtenir la désignation comme juge arbitre de Pierre Estoup, que Bernard Tapie et lui connaissaient bien, le sachant à l'écoute des intérêts de son client.

Pierre Estoup, 92 ans, ancien président de la cour d'appel de Versailles et l'un des trois juges désignés pour l'arbitrage.

Entrée de la Cour d'appel de Versailles, Yvelines. Wikimedia commons/Mickael Denet

Il est accusé d'avoir été en collusion avec Maurice Lantourne, l'avocat de Bernard Tapie. Le ministère public estime qu'il a systématiquement œuvré en faveur des intérêts de Bernard Tapie. Il doit par ailleurs répondre de faux pour avoir caché dans sa déclaration d'indépendance les liens qu'il avait noués avec Bernard Tapie et son avocat.

Les deux autres juges arbitres, l'ancien président du Conseil constitutionnel Pierre Mazeaud et l'avocat ex-membre de l'Académie française Jean-Denis Bredin, ont pour leur part échappé aux poursuites. 

Bernard Scemama, 77 ans, ex-président de l'Etablissement public de financement et de réalisation (EPFR), est poursuivi pour complicité d'escroquerie et complicité de détournement de fonds publics.

Ministère de l'Economie à Bercy, Paris, France. Flickr/Fred Romero

L'EPFR contrôlait alors le consortium de réalisation chargé de gérer le passif du Crédit Lyonnais. Bernard Scemama aurait accepté de recevoir des instructions illégitimes du directeur de cabinet de Christine Lagarde, Stéphane Richard.  

Jean-François Rocchi, 64 ans, ex-président du consortium de réalisation, poursuivi pour complicité d'escroquerie, complicité de détournement de fonds publics et usage abusif des pouvoirs.

Jean-François Rocchi. Wikimedia commons/Rama

Son rôle dans la décision de mettre en place un arbitrage aurait été déterminant. Il lui est reproché une insuffisance de contrôles sur la désignation des juges alors qu'il connaissait leur manque d'indépendance. 


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