Nouvelles lignes de métro, Jeux olympiques, cluster scientifique de dimension internationale... Les ambitions de l'Etat ne manquent pas pour "que le Grand Paris réussisse à l’échelle de la compétition internationale", comme l'appelait de ses vœux Emmanuel Macron en juillet 2017.

Alors que le Président de la République tente de donner un sens politique à la métropole du Grand Paris créée le 1er janvier 2016, les promoteurs immobiliers n'ont pas attendu la réforme institutionnelle — prévue pour cet automne — pour lancer de grands projets immobiliers ambitieux, avec en ligne de mire les Jeux olympiques de 2024.

Mais tout ne se passe pas comme prévu pour certains de ces projets hors normes, qui font face à la résistance d'associations ou d'élus locaux.

Voici les six grands projets controversés qui doivent voir le jour en Ile-de-France.

Hermitage Plaza à La Défense, Hauts-de-Seine

De quoi il s'agit: Lancé en 2008, le projet Hermitage Plaza prévoit de construire deux tours jumelles de 320 mètres de haut — soit quatre mètres de moins que la Tour Eiffel — en bordure du quartier de La Défense, le long de la Seine. Dessinées par l'architecte star britannique Norman Foster, les deux gratte-ciel abriteront 160.000m² de logements, ainsi qu'un hôtel, des bureaux et des commerces. Ils doivent être livrés en 2024.

Pourquoi il est controversé: Tout d'abord, des doutes planent sur le financement de ce projet à 3 milliards d'euros. Le promoteur russe Emin Iskenderov, qui porte l'opération, n'a pas en effet pas révélé l'identité exacte des partenaires financiers. Interrogé par Les Echos en juin 2018, Patrick Devedjian, président de Paris La Défense, a exprimé "de sérieux doutes sur la capacité du groupe à financer et réaliser un projet aussi ambitieux", tout en indiquant que l'établissement public est déterminé "à sortir rapidement de l'impasse".

De plus, le complexe doit être bâti sur un emplacement actuellement occupé par la résidence des Damiers — 250 logements, propriétés de Logis Transports, la filiale immobilière sociale de la RATP. 233 locataires ont été relogés, d'après Logis, mais neuf vivent encore dans les immeubles, selon France Bleu Paris. Plus de 60 recours contre le projet ont été déposés, et les opposants attendent encore plusieurs décisions contre les jugements d'expulsion.

EuropaCity à Gonesse, Val-d'Oise

De quoi il s'agit: Prévu pour ouvrir à partir de 2024, EuropaCity est un projet de méga-centre commercial de 80 hectares avec 230.000m² de boutiques, ainsi qu'un parc d'attractions, une piste de ski indoor, une salle de spectacles, un centre de congrès et des espaces verts. Situé à Gonesse, au nord de Paris, à quelques kilomètres de l'aéroport Charles-de-Gaulle, il doit être accessible avec la future ligne 17 du Grand Paris Express. Il est porté par Ceetrus, filiale du groupe Auchan, et le groupe chinois Wanda.

Pourquoi il est controversé: Pour le Collectif pour le Triangle de Gonesse, qui regroupe des associations de défense de l'environnement, le projet multiplie les tares, l'urbanisation de terres agricoles en tête. Mais le projet attire également les foudres de commerçants installés à proximité, à Aulnay-sous-Bois par exemple. Ils indiquent déjà souffrir de la concurrence des deux centres commerciaux actuels du secteur — O'Parinor et Aéroville. Ce dernier, détenu par le groupe Unibail-Rodamco-Westfield, a également déposé un recours contre EuropaCity devant le tribunal administratif de Cergy.

Le 31 août 2018, le gouvernement a demandé au promoteur d'EuropaCity de revoir sa copie, notamment pour "maîtriser l’empreinte carbone et la consommation du sol", selon Le Monde. Le journal indique également que le projet pourrait ouvrir en plusieurs phases, afin de limiter l'impact sur les commerces alentours.

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Tour Triangle à Paris 15e

De quoi il s'agit: Coincée entre les halls du Parc des expos de la Porte de Versailles, cette tour de 180 mètres de haut à la forme inédite doit transformer le quartier selon Unibail-Rodamco, qui porte ce projet à 500 millions d'euros. Sur 90.000m², elle abritera des bureaux, un hôtel quatre étoiles avec un bar panoramique, un espace de coworking et un espace culturel. Elle est dessinée par les architectes suisses Herzog & de Meuron, à qui l'on doit le Stade olympique de Pékin, le nouveau stade de Bordeaux et la Philharmonie d'Hamburg. Les travaux doivent débuter en 2020 pour une inauguration avant les Jeux olympiques de 2024.

Pourquoi il est controversé: C'est le plus haut bâtiment envisagé à Paris — ex aequo une des Tours Duo, actuellement en construction dans le 13ème arrondissement — depuis la Tour Montparnasse et ses 210 mètres. Après un rejet par le Conseil de Paris en 2014, une version modifiée du projet a été approuvée en juin 2015.

Mais plusieurs associations continuent de s'opposer au projet, qu'elles jugent inutile et anti-écologique. Deux recours contre le permis de construire ont ainsi été déposés au tribunal administratif de Paris en octobre 2017 et février 2018, ainsi qu'une plainte pour "délit de favoristisme" devant le procureur de la République. Deux associations accusent en effet la Ville de Paris d'avoir accordé un bail de construction à Unibail-Rodamco sans mise en concurrence, alors qu'elles considèrent qu'il doit y avoir appel d'offre vu que le projet inclus des équipements publics.

Le Village olympique à Saint-Ouen et Saint-Denis, Seine-Saint-Denis

De quoi il s'agit: C'est la pièce maîtresse des Jeux olympiques de 2024 à Paris, là où logeront, sur 51 hectares, les 17.000 athlètes sans qui les compétition ne pourraient pas avoir lieu. Ces chambres seront converties en 2.200 appartements et 900 logements étudiants après les Jeux.

Pourquoi il est controversé: La construction de ce village à 1 milliard d'euros nécessite le déménagement d'une vingtaine d'entreprises, et le déplacement de plusieurs équipement comme l'internat d'une école d'ingénieurs et une école primaire. Un foyer pour migrant devait à la base disparaître mais il sera finalement conservé. L’établissement public foncier d’Ile-de-France (Epfif) indique avoir déjà sécurisé l'acquisition 80% des parcelles nécessaires, mais certaines entreprises n'ont pas encore trouvé d'accord et jugent que les compensations proposées ne sont pas suffisantes.

En juillet 2019, une déclaration d'utilité publique (DUP) entrera en vigueur et permettra d'éventuelles expropriations, mais l'Epfif préfère éviter d'en arriver là. "Si on arrive en juillet 2019 avec uniquement des expropriations contentieuses, on plonge dans l’inconnu et on risque le blocage", affirme Damien Lerbey, le responsable de la mission olympique de l'établissement au Monde.

Enfin, des habitants s'inquiètent du risque de hausse des prix de l'immobilier dans le quartier, avec l'arrivée de logements de standing qui pourraient créer un phénomène de gentrification dans la zone.

Le CDG Express entre Gare de l'Est et Roissy

De quoi il s'agit: Le CDG Express est un projet de navette ferroviaire pour relier efficacement, en 2023, le centre de Paris à l'aéroport Charles de Gaulle. Il reliera la Gare de l'Est et le terminal 2 de CDG en 20 minutes, sans arrêt. Actuellement, le trajet dure en théorie autour de 35 minutes avec le RER B, avec de nombreux arrêts intermédiaires sur la plupart des trains.

Pour permettre cette liaison rapide, huit kilomètres de nouvelles voies seront construites, le reste du trajet se fera sur des voies existantes, empruntées aujourd'hui par la ligne K du Transilien et des TER se rendant en Picardie.

Pourquoi il est controversé: Le coût du projet est estimé à 1,7 milliard d'euros. Il sera réalisé par une co-entreprise regroupant le Groupe ADP, SNCF Réseau et la Caisse des Dépôts, et financé par un prêt de l'Etat. Les opposants au projet, comme le conseiller PCF de Paris Jacques Baudrier, voient en ce prêt une "subvention déguisée", alors que le projet devait être financé sur des fonds privés. "Si l’Etat se substitue aux banques, c'est qu'il sait que cette ligne ne sera jamais rentable et qu'au bout c'est lui qui va payer", explique-t-il au Monde.

Autre problème selon les opposants: l'exploitation de cette ligne directe, dont le billet pourrait coûter 24 euros, pourrait se faire aux dépens du RER B et de la ligne K.

La ville de Mitry-Mory, sur le tracé de la nouvelle ligne, et l'association "Non au CDG Express" ont déposé un recours devant le Conseil d'Etat pour faire annuler la déclaration d'utilité publique et plomber le projet.

Le quartier Bercy-Charenton à Paris 12e

De quoi il s'agit: Présentée comme la principale opération d'aménagement des dix prochaines années à Paris, la ZAC (zone d'aménagement concerté) s'étend sur 80 hectares, dont 18 aménageables, dans le sud-est de la capitale, autour du Périphérique et des voies ferrées de la Gare de Lyon. Elle prévoit la construction d'un nouveau quartier accueillant 9.000 habitants et 13.000 salariés. Six tours, hautes de 85 à 180 mètres, doivent en être le symbole. 

Le projet est couplé à une autre ZAC, située dans le prolongement de la première, sur la commune de Charenton-le-Pont, de 12 hectares supplémentaires, et comprenant une tour de 190 mètres de haut.paris

Pourquoi il est controversé: La création de la ZAC a été votée de justesse par le Conseil de Paris en juillet 2018. Les élus écologistes, pourtant alliés à la majorité municipale, ont voté contre, tout comme les conseillers de droite et de la France insoumise. Le projet n'a été approuvé que grâce au soutien des communistes et des élus macronistes, rappelle Le Monde. Les opposants au projet lui reproche d'être synonyme de surdensification et de bétonisation, ou encore d'être mégalo et d'un autre temps.

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