Gilets jaunes acte 4: Emmanuel Macron dénonce des 'violences inadmissibles', se défausse derrière '40 années de malaise' et offre 100€ aux salariés au SMIC

Emmanuel Macron à l'Elysée le 10 décembre 2018. Yoan Valat/Pool via REUTERS

Emmanuel Macron était attendu au tournant, ce lundi 10 décembre, au lendemain dudit "acte 4" de la mobilisation des Gilets jaunes, émaillé de violences à Paris, Bordeaux, Lyon, Saint-Etienne et Toulouse.

L'enjeu pour le Président de la République était de taille. Il s'agissait de proposer des mesures susceptibles de répondre à la fois aux revendications hétéroclites des Français mobilisés pour leur pouvoir d'achat à travers tout le pays, et d'éviter un cinquième samedi de violences alors que les commerçants commencent à accuser le coup. 

En amont de son intervention à 20 heures, le président de la République avait reçu des personnalités politiques, économiques — syndicats comme patronat — et sociales. Ces dernières ont cru percevoir que Emmanuel Macron a pris conscience de la nécessité de travailler davantage avec les corps intermédiaires qu'il avait mis hors jeu dans la première partie de son quinquennat. 

Lors de sa dernière intervention sur la question, le 27 novembre, Emmanuel Macron avait tout misé sur la pédagogie pour faire passer la hausse de la taxe sur les carburants. Sans succès, les revendications des Gilets jaunes ayant entre temps dépassé cette question.

Lundi soir, après plusieurs semaines de blocages et de manifestations, le chef d'Etat a donc proposé des mesures concrètes en faveur du pouvoir d'achat:

  • une hausse de 100 euros par mois pour les salariés au Smic, "sans que cela coûte à l'employeur";
  • des heures supplémentaires versées sans impôts ni charges dès 2019 ;
  • une prime de fin d'année versée par les employeurs qui peuvent à leurs employés "sans impôts ni charges";
  • une annulation de la hausse de la CSG pour retraités qui perçoivent moins de 2000 euros.

Il a en revanche maintenu la suppression de l'ISF, remplacé par l'IFI.

Gilets jaunes suivant l'intervention d'Emmanuel Macron à péage de La Ciotat, 10 décembre 2018. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Avant de faire ces annonces, Emmanuel Macron a aussi dénoncé les violences qui se sont greffées sur le mouvement social, qualifiées "d'inadmissibles", et s'est défaussé en partie sur un "malaise qui monte depuis 40 ans".

Voici ses principales déclarations et propositions:

"Les événements de ces dernières semaines dans l'Hexagone et en outre-mer ont profondément troublé la nation. Ils ont mêlé des revendications légitimes et un enchaînement de violence inadmissible, et je veux vous le dire d'emblée ces violences ne bénéficieront d'aucune indulgence. Nous avons tous vu le jeu des opportunistes qui ont essayé de profiter des colères légitimes. Aucune colère ne justifie qu'on s'attaque à un policier, un gendarme, qu'on dégrade un commerce ou un bâtiment public. Quand la violence se déchaîne, la liberté cesse. C'est donc le calme et l'ordre républicain qui doivent régner. (....) J'ai donné en ce sens au gouvernement les instructions les plus rigoureuses. 

Au début de tout cela, je n'oublie pas qu'il y a une colère, une indignation. Ce fut d'abord une colère contre une taxe. Mais cette colère est plus profonde, elle est peut être notre chance. Je la ressens comme 'juste' à bien des égards. 

Ce sont 40 années de malaise qui ressurgissent. Sans doute n'avons-nous pas su y répondre assez vite au cours de l'an et demi écoulé. Je veux être ce soir très clair avec vous. (...)

C'est d'abord l'état d'urgence économique et sociale que je veux décréter devant vous. 

Le salaire d’un travailleur au smic augmentera de 100 euros par mois dès 2019 sans que cela coûte à l'employeur; des heures supplémentaires versées sans impôts ni charges dès 2019; je demanderai à tous les employeurs qui le peuvent de verser une prime de fin d'année sans impôts ni charges; pour [les retraités] qui touchent moins de 2000 euros par mois, nous annulerons en 2019 la hausse de la CSG. Dès demain, le Premier ministre présentera ces mesures à nos parlementaires. (....)"

Il a rechigné à revenir sur la suppression de l'ISF, remplacé par l'impôt sur la fortune immobilière: "revenir en arrière nous affaiblirait alors même que nous sommes en train de créer des emplois dans tous les secteurs", mais il a invité à "aller plus loin pour mettre fin à évasion fiscale". 

Emmanuel Macron a également suggéré un "débat national plus large", qui porterait sur des choses aussi diverses que la "prise en compte du vote blanc", la "question de l'équilibre de notre fiscalité", le fait que "Paris est trop centralisé", "notre identité", la question de l'immigration — il faut l'affronter". "Je veux que soit posée la question de notre quotidien pour faire face au changement climatique. Et les bonnes solutions émergeront aussi du terrain", a-t-il ajouté. 

"Dans nos institutions chacun qui y aura sa part. Je veux en assurer moi-même la coordination, prendre le pouls vivant de notre pays. Il doit se dérouler partout sur le territoire", a déclaré Emmanuel Macron.

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