Download_on_the_App_Store_Badge_FR_RGB_blk_100517

Remoters : qui sont ces expatriés payés pour trouver des logements aux digital nomads ?

  • Recevoir tous les articles sur ce sujet.

    Vous suivez désormais les articles en lien avec ce sujet.

    Ce thème a bien été retiré de votre compte

Remoters : qui sont ces expatriés payés pour trouver des logements aux digital nomads ?
L'activité de 'remoter' peut constituer un complément de revenus important. © Kristin Wilson/Unsplash

Aujourd'hui, l'emploi du temps de Pasquale Resta est bien rempli. En plus de promouvoir le tourisme en Sicile en partenariat avec la région de Caltanissetta, ce trentenaire s’improvise également agent immobilier à ses heures perdues. Attablé au comptoir de sa cuisine entre son PC, ses six carnets de notes et sa calculatrice, le jeune homme a des airs d’un homme d’affaires. “J’ai des journées très chargées mais ça me convient, c’est hyper stimulant”. Pasquale Resta rit de bon cœur. Après tout, “il n’a pas à se plaindre”. Depuis sa naissance, le jeune entrepreneur collectionne les allers-retours entre l’Italie, son pays d’origine, et la France, sa terre d’adoption. En devenant “remoter” cette année, il a pu réaliser son rêve : vivre en Italie tout en gardant un pied dans l’Hexagone.

Ils sont désormais 60 expatriés à avoir adopté le même style de vie que Pasquale, grâce à la startup française Remoters. Créée en avril 2021 par Damien Corchia, ancien tour operator et Luc Dayen, ex-chief marketing officer (CMO), l’entreprise met en relation des Français souhaitant télétravailler depuis l’étranger (“digital nomads”) avec des expatriés (appelés “remoters”) vivant dans plusieurs pays du monde. Ces derniers, censés avoir développé une connaissance accrue de leur ville et leur pays d’accueil, sont chargés de trouver un logement pour les télétravailleurs. Cette activité est souvent pratiquée en temps partiel et constitue un complément de revenus.

À lire aussi — Les 10 meilleures villes du monde où télétravailler

En plus d’avoir complètement bouleversé notre rapport au travail, la pandémie a largement favorisé le développement de ces initiatives et démocratisé de nouveaux outils de communication à distance. Jadis boudé par les entreprises, le télétravail est désormais devenu une normalité et même un mode de vie prisé. Selon une étude sur les tendances de voyage publiée par Airbnb en mai dernier, 74% des sondés ayant réservé des séjours de longue durée en 2021 ont exprimé leur intérêt pour ce mode de vie nomade. Certaines startups proposent même d’envoyer leurs salariés à l’étranger. C’est le cas de Finom, plateforme de solutions bancaires pour les professionnels, qui offre à ses salariés l’opportunité de s’établir en famille et télétravailler à Chypre pendant un mois.

De Medellin à Séoul, en passant par Rome, Madrid ou Cape Town, Remoters propose 200 destinations aux digital nomads. Ce qui distingue la startup de ses concurrents Airbnb ou Booking, c’est avant tout la période de location : elle n’est pas inférieure à un mois et ne peut s’étendre au-delà de neuf mois, ce qui la différencie également d’une location traditionnelle. “Notre avantage premier : éviter les trous dans le calendrier des propriétaires qui louent leur bien à la semaine”, explique Damien Corchia. Mais surtout, “permettre aux digital nomads de se référer à un interlocuteur humain présent sur place en cas de problème. Et pas à un répondeur automatique”, ironise le Parisien.

600 euros en plus par mois

Une méthode satisfaisante pour Pasquale Resta. C’est à l’issue du confinement de mars 2020, que ce “remoter” a voulu changer d’air. “Pendant toute cette période d’isolement, je suis resté cloîtré dans mon minuscule appartement parisien. C’était la première fois que je passais autant de temps chez moi”, se souvient Pasquale. Habiter en Italie, il en avait toujours secrètement rêvé sans oser se lancer. Peu de temps après, il s’est pourtant décidé à s’installer dans la petite ville de Caltanissetta, au sud de la Sicile, lieu de naissance de sa mère. “J’ai l’impression d’avoir toujours vécu ici”, assure celui qui s’est accommodé à la dolce vita. En tant que travailleur indépendant, Pasquale organise ses journées à sa guise, en jonglant entre ses activités d’agent de voyage et de remoter référent en Italie.

Tous les jours, il reçoit des demandes en ligne de digital nomads spécifiant le type d’appartement, la ville et le type de connexion internet recherchés. Dans un second temps, il prend contact avec son client afin de mieux cerner ses attentes et la catégorie de biens envisagée. Grâce au réseau de locaux qu’il s’est créé en amont, le “remoter” est ensuite chargé de négocier un prix avantageux (20 ou 30% moins cher) pour une location de deux mois avec un propriétaire et faire signer le contrat par les deux parties. “Si un Français rencontre un problème avec le propriétaire, je peux servir de médiateur”, insiste Pasquale Resta, “J’ai compris l’importance d’un service client quand j’ai vu les difficultés qu’ont traversées mes amis pour se faire rembourser après l’annulation de leur voyage, l’année dernière. Ceux qui étaient passés par des agences s’en étaient mieux sortis”.

Mathilde Delemer apprécie également cette nouvelle activité. À 37 ans, cette mère de famille installée à Tenerife est devenue le remoter référent des Îles Canaries en Espagne. Le matin, elle travaille en tant que conseillère pour une agence bancaire et consacre 2 heures chaque après-midi à la gestion des logements des digital nomads. Elle reçoit en général six demandes de location par semaine, surtout pour des appartements avec balcon ou des maisons-conteneurs.

Cette activité constitue pour elle un complément de revenus important. “Je peux vite monter à 600 euros en plus par mois, c’est déjà énorme car le salaire minimum est de 700 euros en Espagne. Je ne peux pas encore en vivre bien sûr, mais si c’était le cas, je le ferais sans hésitation...ce serait un peu le paradis”, confie-t-elle.

À lire aussi — Google met en place une plateforme pour organiser le télétravail de ses salariés sur le long terme

Découvrir plus d'articles sur :