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Renault, Air France... Voici les groupes français affichant les plus grosses pertes au premier semestre


© Denis Thaust/SOPA Images/LightRocket via Getty Images

Les entreprises françaises ont vécu un premier semestre compliqué. La crise sanitaire et le confinement de la population ont pesé sur leurs ventes et plus globalement sur leurs résultats financiers. Les grands groupes cotés à la Bourse de Paris ne sont pas épargnés. Presque tous ont subi un recul de leur chiffre d'affaires, en dehors des distributeurs Carrefour et Casino. Et beaucoup ont observé une chute de leurs bénéfices, à l'image du géant du luxe LVMH qui affiche un effondrement de 84% de son résultat net.

Pire, plusieurs entreprises enregistrent de lourdes pertes, parfois historiques. Si le déconfinement devrait permettre de progressivement redresser la barre, certains secteurs comme l'aérien risquent d'être affectés par la crise économique pendant des années. Et les plans de soutien de l'État n'empêcheront pas les plans sociaux, avec des milliers de suppressions de postes à la clé pour des entreprises comme Renault, Airbus et Air France. Sans parler des conséquences économiques que pourrait occasionner une deuxième vague de contaminations dans l'Hexagone et un reconfinement de la population.

En attendant, voici les grandes sociétés françaises cotées en Bourse dont les pertes ont dépassé 500 millions d'euros au premier semestre 2020. Non cotée, la SNCF, qui a publié une perte nette de 2,4 milliards d'euros pour le compte des six premiers de l'année, n'entre logiquement pas dans ce classement.

11. Suez — perte nette de 538 M€

Camion de collecte des déchets du groupe Suez. Kevin. B/ Wikimedia Commons

Si Suez est parvenu à contenir la baisse de son chiffre d'affaires à 5,7% au premier semestre, le spécialiste de la gestion de l'eau et des déchets affiche en revanche une perte nette élevée de 538 millions d'euros, contre un bénéfice net de 212 millions d'euros un an plus tôt, sur les six premiers mois de l'année 2019.

Cette perte est due à des coûts liés à la conjoncture sanitaire, mais aussi à des charges exceptionnelles dans le cadre de la mise en œuvre du plan stratégique du groupe, a expliqué le directeur général Bertrand Camus, lors d'une conférence téléphonique, rapporte l'AFP. Le groupe précise constater une bonne reprise en juin. Son activité a reculé de 4,5% dans l'eau au premier semestre et de 7,1% dans le recyclage et la "valorisation", en raison du ralentissement de la production industrielle et de la baisse de la consommation des collectivités et des clients commerciaux.

10. ADP — 543 M€

Aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. Clem/ Flickr

Le confinement des populations et les fermetures des frontières ont provoqué la chute du trafic aérien et un plongeon de 46,5% du chiffre d'affaires d'ADP au premier semestre. Le gestionnaire des aéroports de Roissy et d'Orly affiche en outre une perte de 543 millions d'euros, contre un bénéficie net de 250 millions d'euros un an auparavant.

"Au cours du premier semestre, le trafic du groupe a baissé de 57,5%, avec un total de 48,2 millions de passagers, et celui de Paris Aéroport de 62,2%, avec 19,8 millions de passagers. Les mois d'avril et mai ont connu un trafic quasiment nul et la reprise du trafic a été lente aux mois de juin et de juillet", a déclaré dans un communiqué Augustin de Romanet, le PDG d'ADP.

9. Eramet — 623 M€

Usine d'Eramet spécialisée dans l'enrichissement du minerai de titane, à Tyssedal en Norvège. David40226543/ Wikimedia Commons.

Eramet est aussi fortement affecté par la crise sanitaire et la crise du secteur aéronautique qui en découle. La division "alliages de haute performance" de la société minière et métallurgique a été particulièrement impactée. Le groupe précise subir "une charge non récurrente de 459 millions d'euros principalement liée à la crise", dans un communiqué. Il creuse ainsi ses pertes. De 37 millions d'euros sur les six premiers mois de l'année 2019, elles passent à 623 millions au premier semestre 2020.

Le sidérurgiste ArcelorMittal, également coté à la Bourse de Paris mais dont le siège social se trouve au Luxembourg, a de son côté enregistré une perte nette d'environ 1,43 milliard d'euros au premier semestre.

8. EDF — 700 M€

La centrale nucléaire de Belleville, dans le Cher en France. François GOGLINS/Wikimedia Commons

EDF a subi une perte nette de 700 millions d'euros au premier semestre 2020, conséquence notamment de la chute de la consommation d'électricité, allant jusqu'à 20% en France avec l'arrêt de nombreuses activités selon l'AFP. Après un bénéfice net de 2,5 milliards d'euros au premier semestre 2019, cette perte s'inscrit dans l'évolution de la valeur comptable de certains actifs. L'électricien entend à présent réduire ses charges opérationnelles de 500 millions d'euros entre 2019 et 2022 et engager pour environ 3 milliards de nouvelles cessions d'ici à 2022, selon un communiqué publié fin juillet.

"La crise sanitaire a des effets contenus mais durables", a reconnu le PDG d'EDF Jean-Bernard Lévy, lors d'une conférence téléphonique avec la presse, rapporte l'AFP. Le groupe compte faire des économies qui passeront notamment par une régulation des effectifs, "en ne procédant pas au remplacement de tous les départs et en facilitant la mobilité des salariés vers les activités à plus fort potentiel". La pandémie de Covid-19 a désorganisé le planning industriel d'EDF, qui va produire moins d'électricité nucléaire que prévu.

7. Valeo — 1,22 Md€

Le site de Reims de l'équipementier Valeo. G.Garitan/ Wikimedia Commons

Valeo a vu son chiffre d'affaires dégringoler de 28% sur les six premiers mois de l'année et enregistré une perte nette de près de 1,22 milliard d'euros, contre 162 millions d'euros de bénéfices au premier semestre 2019. Ses résultats sont plombés par des charges de 622 millions d'euros "principalement liées à la crise du Covid-19", précise l'équipementier automobile dans un communiqué. L'entreprise a par ailleurs annoncé avoir supprimé 12 000 postes dans le monde sur le semestre, dont près de 2 000 en France.

Ces suppressions visent à s'adapter à la chute des ventes provoquée par la crise et s'inscrivent dans un plan de réduction des coûts de 570 millions d'euros. Elles concernent essentiellement des contrats intérimaires non reconduits, a indiqué Valeo.

L'équipementier Faurecia, filiale de PSA, affiche de son côté une perte nette de 433 millions d'euros, contre un bénéfice de 346 millions d'euros au premier semestre 2019.

6. Accor — 1,51 Md€

Maibp85/ Wikimedia Commons

Le secteur du tourisme a subi de plein fouet la crise sanitaire. Dans ce contexte, le groupe hôtelier Accor a enregistré une perte nette de 1,5 milliard d'euros au premier semestre, contre un bénéfice de 141 millions d'euros un an auparavant, en raison notamment de dépréciations d'actifs. La société ne prévoit un retour aux niveaux d'activité d'avant-crise qu'en 2023. "Le choc que subit notre industrie est sans précédent et d’une violence inouïe", a commenté son PDG, Sébastien Bazin, dans un communiqué.

Le chiffre d'affaires de l'entreprise a aussi reculé de 52,4% sur la période. Accor entend à présent lancer un plan d'économies de coûts de 200 millions d'euros, qui se traduira notamment par la suppression de 1 000 emplois dans le monde, rapporte l'AFP.

5. Société Générale — 1,59 Md€

Le siège de la Société Générale à La Défense. Guilhem Vellut/ Flickr

La Société Générale a fait part d'une perte de 1,26 milliard d'euros au deuxième trimestre, ce qui porte l'ensemble de sa perte nette au premier semestre de l'année 2020 à 1,59 milliard d'euros, contre un bénéfice net de 1,74 milliard au premier semestre 2019. Les activités de marché de la banque sont très affectées par la crise, avec une dépréciation d'actifs de 684 millions d'euros, précise-t-elle dans un communiqué. Et les provisions pour les risques d'impayés, dans un contexte de forte récession économique, ont également progressé.

Le produit net bancaire du groupe, équivalent du chiffre d'affaires dans le secteur bancaire, a de son côté reculé de 16,1% sur les six premiers mois de l'année, à environ 10,47 milliards d'euros. En comparaison, BNP Paribas a dévoilé un produit net bancaire en progression de 4%. Et son résultat net, bien qu'il soit en recul, reste positif avec un bénéfice de près de 2,3 milliards d'euros dégagé au premier semestre.

4. Airbus — 1,9 Md€

Don-vip/ Wikimedia Commons

Airbus a essuyé une perte nette de 1,92 milliard d'euros au premier semestre, contre un bénéfice net proche de 1,2 milliard un an auparavant. Un déficit qui reflète l'effondrement du trafic aérien et la chute de la demande des compagnies, parfois incapables de réceptionner les avions commandés avec la fermeture des frontières. Les livraisons d'appareils commerciaux du constructeur aéronautique ont ainsi été "divisées par deux par rapport à l'année dernière", précise le patron du groupe, Guillaume Faury, dans un communiqué.

Au total, Airbus n'a pas pu livrer 145 avions sur le semestre en raison de l'épidémie. Résultat, le chiffre d'affaires a plongé de 39%, à 18,5 milliards d'euros — et même de 48% pour la seule division des avions commerciaux. En conséquence, Airbus a réduit ses cadences de production de 40% par rapport à ses prévisions d'avant-crise, précise l'AFP. L'avionneur européen va en outre tailler dans ses dépenses et il a déjà annoncé 15 000 suppressions de postes dans le monde — 11% de ses effectifs — dont 5 000 en France.

Son rival américain Boeing accuse de son côté une perte nette encore plus conséquente au premier semestre, de 2,4 milliards de dollars. L'équipementier aéronautique français Safran affiche quant à lui une perte nette de 340 millions d'euros.

3. Air France-KLM — 4,4 Mds€

Alan Wilson/ Wikimedia Commons

Avec le confinement et l'arrêt de la plupart des vols, le nombre de passagers du groupe Air France-KLM s'est effondré de 61,7% au premier semestre, et de 95,6% rien qu'au deuxième trimestre. Résultat, le chiffre d'affaires du groupe a chuté de plus de 52% et le transporteur aérien a enregistré une perte nette de 4,41 milliards d'euros sur les six premiers mois de l'année. Cette perte intègre notamment une dépréciation d'actifs de 520 millions d'euros liée à la décision de mettre un terme prématuré à l'emploi des très gros porteurs Airbus A380.

"Les résultats du deuxième trimestre traduisent l'impact sans précédent de la crise du Covid-19", a déclaré le directeur général Benjamin Smith, dans un communiqué. Air France-KLM précise toutefois disposer de 14,2 milliards d'euros "de liquidités ou de lignes de crédit pour faire face à la crise et restructurer son activité". L'entreprise franco-néerlandaise a bénéficié d'un prêt garanti par l'État français de 4 milliards d'euros, ainsi que d'un prêt direct de Bercy de 3 milliards. Les Pays-Bas ont de leur côté injecté 3,4 milliards d'euros. Air France comme KLM ont par ailleurs annoncé des milliers de suppressions d'emplois.

La dette du groupe atteint désormais près de 8 milliards d'euros.

2. Total — 7,07 Mds€

Minette Lontsie/ Wikimedia Commons

Total accuse l'une des plus grosses pertes de ce premier semestre. Le pétrolier affiche un déficit net de près de 7,07 milliards d'euros, contre un bénéfice de 4,97 milliards un an auparavant. Ce résultat s'explique notamment par une dépréciation exceptionnelle d'actifs de 6,87 milliards de dollars, dont 5,9 milliards dans les sables bitumineux au Canada, précise le groupe dans un communiqué.

L'entreprise a subi la chute de la consommation de pétrole — et du cours du brut — avec l'arrêt de nombreuses activités et les restrictions de déplacement en raison de la pandémie. Son chiffre d'affaires a ainsi baissé de 32% sur les six premiers mois de l'année. Total n'a toutefois pas renoncé à verser un dividende à ses actionnaires.

1. Renault — 7,3 Mds€

Jengtingchen/Wikimedia Commons

Renault a subi au premier semestre 2020 la perte la plus lourde de son histoire. Elle est abyssale et atteint 7,29 milliards d'euros, contre un bénéfice net de 970 millions d'euros un an plus tôt. Les comptes du constructeur automobile sont plombés par son partenaire Nissan, qu'il détient à hauteur de 43% et dont la contribution négative s'élève à 4,82 milliards d'euros. Déjà en difficulté avant la pandémie et secoué par l'affaire Carlos Ghosn, son ancien patron, le groupe Renault a précisé qu'il renonçait à tout prévision de résultat financier pour 2020 face aux incertitudes sanitaires.

"La situation est sans précédent, elle n'est pas sans appel", a commenté le nouveau directeur général, Luca de Meo, dans un communiqué. "J'ai toute confiance en la capacité du groupe à rebondir", a-t-il ajouté. Renault, qui détient aussi les marques Dacia, Lada, Alpine et Samsung Motors, avait annoncé fin mai 15 000 suppressions d'emplois dans le monde, dont 4 600 en France. Le groupe au losange a prévu de réduire ses coûts de 2 milliards d'euros sur trois ans, dont 600 millions dès cette année.

Ces résultats contrastent avec la performance de son rival français PSA (Peugeot, Citroën), qui est parvenu à réaliser un bénéfice net de 595 millions d'euros au premier semestre malgré la crise.

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