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Renault, Airbus... Voici les entreprises qui ont déjà annoncé un plan social en France depuis le début de la crise


© Mathieu Marquer/ Wikimedia Commons

La crise économique, provoquée par le confinement de la population pour faire face à la pandémie de Covid-19, fait des ravages. Si beaucoup d'entreprises ont pu bénéficié de prêts garantis par l'Etat et d'autres dispositifs de soutien, comme le chômage partiel, les annonces de plans sociaux se sont multipliées depuis un mois. Des multinationales sont concernées et s'apprêtent à supprimer massivement des emplois dans l'Hexagone et parfois ailleurs dans le monde. Certains groupes soulignent que ces suppressions étaient prévues depuis des mois, avant la crise sanitaire.

La pandémie n'a dans tous les cas rien arrangé. Et les plans de soutien du gouvernement pour aider plusieurs filières à traverser la crise, comme l'aéronautique, l'automobile ou encore le tourisme, ne sont pas toujours suffisants. Le secteur aérien a par exemple subi de plein fouet les restrictions imposées concernant les déplacements et la fermeture des frontières qui perdurent encore avec certains Etats, comme les Etats-Unis, la Russie et la Turquie. Il devrait mettre des années avant de se relever, dans un contexte de très lente reprise du trafic, auquel pourrait s'ajouter une évolution des comportements des passagers, moins disposés à prendre l'avion qu'auparavant.

De l'aéronautique à l'automobile, en passant par les télécoms et les médias, voici déjà six grandes entreprises françaises qui ont annoncé des plan sociaux depuis fin mai :

Renault entend supprimer près de 15 000 postes dans le monde, dont 4 600 en France

Alexander Migl /Wikimedia Commons

Dans le cadre d'un "plan de réduction des coûts fixes de 2 milliards d'euros sur trois ans", Renault a annoncé dans un communiqué, le 29 mai, la suppression de 4 600 postes sur 48 000 en France, auxquels s'ajouteraient "plus de 10 000" suppressions d'emplois dans le reste du monde. Avant la crise provoquée par l'épidémie, qui a entraîné l'arrêt de la production et des ventes, le constructeur automobile avait annoncé en février ses premières pertes en dix ans. Le groupe aux cinq marques (Renault, Alpine, Dacia, Lada et Samsung Motors) souffre de surcapacités de production au niveau mondial, qui expliquent en grande partie la suppression d'environ 8% de ses effectifs, composés de 180 000 salariés au total.

Le plan social de Renault doit affecter quatre sites en France : Caudan (Morbihan), Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), Dieppe (Seine-Maritime) et Maubeuge (Nord). Le projet inclut l'arrêt de la production automobile à Flins (Yvelines), où sont assemblées la citadine électrique Zoe et la Micra de son partenaire Nissan. "Ce projet d'ajustement des effectifs s'appuierait sur des mesures de reconversion, de mobilité interne et des départs volontaires", assure Renault, qui a bénéficié de 5 milliards d'euros de prêts garantis par l'Etat.

Air France veut supprimer 7 580 emplois, dont 1 020 chez Hop!

Alan Wilson/ Wikimedia Commons

La direction d'Air France a officiellement fait part le 3 juillet de son intention de supprimer 7 580 postes, au sein de la compagnie Air France et de la filiale régionale Hop!, d'ici fin 2022. "Pendant trois mois, l'activité et le chiffre d’affaires d'Air France ont chuté de 95 % (...) La reprise s'annonce très lente en raison des nombreuses incertitudes qui persistent sur la situation sanitaire, la levée des restrictions de voyage et l'évolution de la demande commerciale", fait valoir l'entreprise dans un communiqué.

Elle n'entrevoit pas un retour de l'activité à son niveau de 2019 avant 2024. En dépit d'un plan de soutien de l'Etat, sous la forme de prêts garantis à hauteur de 7 milliards d'euros, Air France compte donc supprimer 6 560 emplois sur les 41 000 de la compagnie. Hop! doit de son côté perdre 1 020 postes sur 2 420. Ces suppressions passeront notamment par des départs naturels non remplacés — pour environ 3 500 postes chez Air France — et des départs volontaires.

Des départs contraints ne sont cependant pas exclus, en particulier pour le personnel du réseau court-courrier, selon des syndicats contactés par l'AFP. En réponse à la demande de l'Etat d'une amélioration de la rentabilité et de l'impact environnemental du transporteur aérien, Air France a décidé de réduire de 40% son offre sur les vols nationaux français d'ici à 2021.

Airbus va supprimer 15 000 emplois dans le monde, dont 5 000 en France

Flugzeugprivat/ Pixabay

En réponse à l'effondrement du trafic aérien, Airbus a annoncé mardi 30 juin son intention de supprimer 15 000 postes dans le monde pour adapter ses effectifs et redimensionner son activité dans l'aviation commerciale. Dans le détail, le groupe européen compte procéder à 5 000 suppressions de postes en France, 5 100 en Allemagne, 900 en Espagne, 1 700 au Royaume-Uni et 1 300 ailleurs dans le monde, précise-t-il dans un communiqué. Airbus emploie environ 135 000 personnes au total.

Le constructeur aéronautique a réduit de plus d'un tiers ses cadences de production en avril, pour faire face à la chute de près de 40% de l'activité dans l'aviation commerciale au cours des derniers mois. "Airbus est confronté à la crise la plus grave que le secteur ait jamais connue", a déclaré son président Guillaume Faury, dans ce même communiqué. "Nous attendons d'Airbus qu'il utilise pleinement les instruments mis en place par le gouvernement pour réduire le nombre de suppressions d'emplois", a de son côté réagi Bercy, dans une déclaration transmise à l'AFP.

Des négociations ont commencé avec les syndicats et doivent s'étaler sur quatre mois, selon le délégué FO Jean-François Knepper, qui appelle Airbus à faire preuve de "responsabilité sociale" au vu notamment du soutien apporté par l'Etat à la filière. Un plan de 15 milliards d'euros a été déployé par l'exécutif pour l'ensemble du secteur aéronautique, dont 7 milliards rien que pour Air France.

Sanofi compte supprimer 1 700 emplois en Europe, dont un millier en France

Sanofi

L'entreprise Sanofi a annoncé le 26 juin qu'elle allait procéder à la suppression de 1 700 emplois en Europe, dont un millier en France. C'est une réorganisation qui correspond à "une nouvelle stratégie", selon le président du laboratoire pharmaceutique en France, Olivier Bogillot. Ce ne serait donc pas un plan social lié aux conséquences de la crise sanitaire du Covid-19. Ce plan de départs s'adresse à 25 000 collaborateurs dans l'Hexagone, sur un total de 100 000 dans le monde, et repose "exclusivement sur la base du volontariat", a également précisé Olivier Bogillot à l'AFP. Il devrait s'étaler sur trois ans.

Les syndicats se sont opposés avec virulence à ce plan de départs volontaires. "C'est la poursuite du démantèlement du groupe et de l'externalisation des activités. Sanofi veut passer d'un total de 300 médicaments à vendre à seulement une centaine", a par exemple déploré Thierry Bodin, coordinateur CGT. Le groupe veut "se désengager des médicaments les moins rentables, même s'ils ont un intérêt thérapeutique majeur. C'est la santé pour le fric", a-t-il ajouté, rappelant au passage que le dernier plan de réduction des effectifs annoncé en juin 2019 et portant sur près de 470 emplois dans la R&D "est toujours en cours".

Nokia va supprimer 1 233 emplois de sa filiale Alcatel-Lucent en France

Angel Garcia/Bloomberg via Getty Images

L'équipementier télécoms finlandais a annoncé le 22 juin qu'il allait supprimer 1 233 emplois de sa filiale Alcatel-Lucent, soit un tiers des effectifs de cette entreprise dans l'Hexagone. Le groupe prévoit de supprimer 402 postes à Lannion (Côtes-d'Armor) et 831 à Nozay (Essonne), ont précisé à l'AFP Bernard Trémulot de la CFDT et Frédéric Aussedat de la CFE-CGC, à l'issue d'un comité social et économique (CSE) central.

"Ce sera le quatrième plan de licenciements collectifs depuis que Nokia a racheté Alcatel-Lucent début 2016", a relevé dans un communiqué l'intersyndicale CFDT, CFE-CGC, CGT et CFTC. Le groupe prévoit un plan de départs volontaires et "des solutions de reclassement", précise-t-il dans son communiqué. Les emplois supprimés vont concerner des postes de recherche et développement (R&D), ainsi que des fonctions support, selon la direction et les syndicats.

Si l'annonce intervient un peu plus d'un mois après le début du "déconfinement" en France, elle ne serait pas liée à l'épidémie de coronavirus. Ces suppressions de postes s'inscrivent "dans le cadre d'un plan mondial de réduction des coûts" lancé fin 2018, indique Nokia, qui veut "intensifier ses efforts pour améliorer sa compétitivité", dans un contexte de marché "où la pression sur les coûts demeure très importante".

NextRadioTV (BFMTV, RMC) entend se séparer d'au moins 330 CDI et de plus d'un tiers de ses pigistes

Wikimedia Commons

Le groupe NextRadioTV (BFMTV, BFM Business, RMC), filiale d'Altice Europe, connaît le premier mouvement social de son histoire après que la direction a brutalement annoncé le 17 juin la suppression de 330 à 380 CDI, soit jusqu'à 30% des effectifs, ainsi que la réduction de 50% du nombre de pigistes et d'intermittents. Si la grève a été suspendue, les négociations se poursuivent entre la direction et les syndicats, qui auraient pour le moment obtenu une baisse du volume de réduction des pigistes à 33% et des intermittents à 37%, contre 50% initialement.

Les suppressions d'emplois doivent quant à elles prendre la forme de départs volontaires, mais jusqu'au 30 novembre 2021 seulement. Elles devraient finalement concerner 330 postes.

Technicolor prévoit de supprimer 110 emplois d'ici la fin de l'année 2020

Le site de Cesson-Sévigné de Technicolor, en novembre 2008. Sylenius/Wikimedia Commons

Un plan social chez Technicolor pourrait entraîner la suppression de 110 emplois d'ici la fin de l'année à Cesson-Sévigné, en Ile-et-Vilaine, près de Rennes, a appris l'AFP de sources concordantes le 3 juillet. "Après avoir cédé sa division brevets en 2018 (-50 salariés), puis sa division recherche et innovation en 2019 (-180 salariés), Technicolor s'apprête à sacrifier ses équipes françaises de recherche et développement de la division maison connectée", précisent l'intersyndicale et les élus du comité social et économique (CSE) dans un communiqué transmis à l'agence de presse.

"Après avoir demandé des réductions de rémunération pendant le confinement, la direction de Technicolor surenchérit : 110 postes sur un effectif de 283 sont aujourd'hui visés par un plan de licenciement annoncé le 2 juillet !", ajoute le communiqué. Un chiffre confirmé par la direction de l'entreprise, spécialisée dans les technologies de l'image.

Elle explique cette vaste réduction des effectifs par des "transformations profondes et structurelles" dans le marché de la conception et de la fourniture des décodeurs numériques, "avec la baisse du recours à la télévision traditionnelle et l'apparition de nouveaux usages de consommation de la vidéo avec le streaming et la VOD". À cette évolution des usages, s'ajoute la concurrence de plus en plus forte d'acteurs asiatiques qui tirent les prix vers le bas.

HSBC France pourrait supprimer 235 postes dans sa banque d'investissement

Andrevruas/ Wikimedia Commons

HBSC France entendrait supprimer 235 postes sur 678 dans sa division de banque d'investissement, soit un tiers des effectifs, d'ici à la fin de l'année 2021, a appris le 7 juillet l'AFP de plusieurs sources syndicales. Des licenciements secs ne seraient pas exclus. La direction de l'établissement financier a présenté lundi aux représentants du personnel un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) pour cette division concentrée à Paris. Le PSE comprend "une partie de départs volontaires et une partie de licenciements économiques", a indiqué à l'AFP Eric Poyet, délégué FO chez HSBC.

"Son principe serait de réallouer des capitaux et des ressources face aux défis structurels de cette activité, se concentrer sur des activités rentables, réduire la base de coûts et défendre notre compétitivité", précise la filiale française de HSBC dans une déclaration transmise à l'agence de presse. "On charge la barque en prenant comme prétexte la pandémie", s'agace Eric Poyet.

"Cela s'inscrit dans le cadre des nouvelles orientations stratégiques de la banque, qui veut redresser et sauvegarder la compétitivité de son activité 'Global Banking and Markets'", sa banque d'investissement et de marché, a précisé à l'AFP la CFDT. "Mais il n'y aura pas assez de volontaires, la pyramide des âges n'est pas favorable aux mesures d'âge", estime le syndicat, car "ce sont les traders, plutôt jeunes, qui sont principalement concernés".

La banque britannique HSBC a annoncé mi-juin qu'elle comptait relancer son plan de restructuration prévoyant 35 000 suppressions d'emplois dans le monde, sur 235 000, après l'avoir suspendu un temps en raison de l'épidémie de coronavirus.

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Business Insider
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