Renault, rattrapé par la crise du secteur automobile, chute en Bourse

Une Renault City K-ZE dans les rues de Shangai. Renault

Renault surprend et inquiète les investisseurs après avoir lancé un avertissement sur ses résultats annuels jeudi soir, lors de la présentation de ses ventes au troisième trimestre. Rattrapé par la crise mondiale du secteur automobile, le constructeur français anticipe désormais des revenus "en baisse de 3% à 4%" en 2019, contre un chiffre d'affaires "proche de l'an dernier" jusqu'ici attendu. Renault prévoit aussi une marge opérationnelle — un indicateur de rentabilité très suivi par les investisseurs — de l'ordre de 5% pour cette année, contre 6% anticipé jusqu'à présent. 

Le groupe au losange justifie dans un communiqué l'abaissement de ses objectifs financiers par "une conjoncture moins favorable qu’anticipée" et "un contexte réglementaire qui nécessite des dépenses toujours accrues". Les flux de trésorerie de l'activité automobile, autre indicateur très suivi des marchés, devraient être positifs au second semestre, "sans garantir" qu'ils le seront pour l'année, a ajouté Renault, qui anticipait auparavant un chiffre positif sur l'ensemble de 2019. 

Le titre Renault au plus bas en Bourse depuis 2013

En Bourse, le titre est malmené vendredi 18 octobre. A 10h12, il chutait de 12% après avoir plongé de 14% plus tôt dans la matinée. Il tombe ainsi à un plus bas depuis 2013. L'action Renault avait déjà perdu plus de 20% depuis un an, victime des doutes sur la solidité de son alliance avec le constructeur japonais Nissan depuis le déclenchement de l'affaire Carlos Ghosn, son ancien patron mis en examen pour malversations au Japon.

Cours de l'action Renault à 10h12, vendredi 18 octobre 2019 à la Bourse de Paris. Investing

Les flux de trésorerie du constructeur automobile ont été négatifs de plus de 700 millions d'euros au premier semestre. "Par ailleurs, la nouvelle équipe de direction réévalue les objectifs du plan à moyen terme 'Drive the Future'", indique Renault sans fournir plus de précisions. Ce plan annonçait un chiffre d'affaires supérieur à 70 milliards d'euros et une marge opérationnelle supérieure à 7% à l'horizon 2022.

Des problèmes de 'management' et de 'performance'

Pour le compte du troisième trimestre, le constructeur tricolore a dévoilé un chiffre d'affaires de 11,3 milliards d'euros, en baisse de 1,6%. Renault avait annoncé vendredi dernier le limogeage de son directeur général Thierry Bolloré à l'issue d'un conseil d'administration extraordinaire. Le président du groupe Jean-Dominique Senard avait évoqué la nécessité de donner "un nouveau souffle" au constructeur automobile et à son alliance avec le japonais Nissan.

Mais des sources au sein de l'entreprise avaient avancé des problèmes de "management" et de "performance". La directrice financière Clotilde Delbos, qui a pris la succession de Thierry Bolloré par intérim, a reconnu des difficultés pour mettre en oeuvre un plan de réduction de coûts annoncé fin juillet au moment de la publication des résultats du premier semestre. Le groupe avait alors déjà revu à la baisse sa prévision de ventes, mais confirmé ses objectifs financiers malgré l'effondrement de 95% de son bénéfice net.

Des tarifs plus élevés pour améliorer les marges

Réduire les dépenses de recherche et développement s'avère "plus difficile que prévu", a-t-elle admis. "La révision des prévisions est liée au marché" automobile, "principalement aux difficultés hors d'Europe, "comme en Turquie et en Argentine", a expliqué Clotilde Delbos lors d'une conférence téléphonique avec des analystes. Avec environ la moitié de ses ventes hors d'Europe, le groupe au losange est très exposé aux vents contraires à l'international.

Or l'industrie automobile subit une crise sévère depuis l'été 2018, avec un net recul du marché chinois, le premier mondial, sur fond de tensions commerciales sino-américaines, cumulé à une faiblesse des marchés européen et américain ainsi qu'à un écroulement de la demande dans plusieurs pays émergents.

Outre son plan d'économies, Renault — avec les marques Alpine, Dacia, Lada et Samsung Motors — tente de mettre en oeuvre une "meilleure politique de prix", qui se traduira par des tarifs plus élevés et moins de rabais, afin d'améliorer les marges. Le constructeur compte notamment sur l'amélioration de la qualité des nouveaux modèles arrivés sur le marché à l'automne, les véhicules citadins Captur et Clio qui sont aussi deux de ses meilleures ventes.

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