La grande distribution française est en plein bouleversement. Les conséquences de la loi sur l'alimentation, hausse du seuil de revente à perte et encadrement des promotions, obligent les enseignes à modifier certains de leurs positionnements. Plus largement, 2018 a été une année particulièrement inégale, rebattant les cartes du secteur. Entre l'impact des gilets jaunes, les promotions agressives, les difficultés des hypermarchés et l'essor des formats de proximité, la donne a résolument changé. Face aux enseignes à bas prix comme Aldi et Lidl qui raflent de nombreuses parts de marché, la distribution traditionnelle cherche à se réinventer. 

Alors que la plupart des enseignes traditionnelles ont désormais publié leurs résultats, voici l'état des lieux du secteur et les perspectives 2019 : 

Auchan

Auchan dans le rouge, Intermarché en forme, l'année 2018 a rebattu les cartes dans la grande distribution

Drive Auchan au Mans, Sarthe. Business Insider France/Elisabeth Hu

L'enseigne de la famille Mulliez peine clairement à redresser la barre. Le groupe Auchan Holding a annoncé ce vendredi 8 mars 2019 ses résultats 2018 et accuse une perte nette de près d'un milliard d'euros. "Des résultats insuffisants, pénalisés par la performance d'Auchan Retail et par des dépréciations d'actifs", a reconnu le groupe dans sa publication.

En France, la branche distribution continue de perdre des parts de marché, affichant un recul de 0,2 point en 2018 à 10,3%, selon les données de Kantar Worldpanel. La tentative de relance commerciale amorcée à l'automne a été perturbée par le mouvement des gilets jaunes, qui "ont eu un impact négatif de 140 millions d'euros sur le chiffre d'affaires", selon le groupe. 

Pour 2019, le plan d'action intitulé "Renaissance", insufflé par le nouveau patron du groupe, Edgard Bonte, arrivé en octobre, s'annonce radical et promet d'éliminer les foyers de pertes. En parallèle, des partenariats avec les autres entreprises de l'Association Familiale Mulliez comme Decathlon, Leroy Merlin ou Boulanger, sont envisagés, notamment en matière de livraison et de données clients. Cinq hypermarchés devrait en faire le test d'ici la fin de l'année. 

L'année passée avait été marquée par le passage des derniers magasins "Simply Market" sous la bannière Auchan Supermarché, la création de nouvelles filières agricoles (100 filières à fin 2018), la nouvelle alliance aux achats Horizon avec le Groupe Casino, Metro et le groupe Schiever, et enfin le début d'un redécoupage géographique de son organisation non plus par formats de magasins mais par bassins de population.  

Intermarché

A l'inverse d'Auchan, le groupement des Mousquetaires, qui rassemble les enseignes Intermarché, Netto, Bricomarché, Bricorama, Brico Cash, Roady, Rapid Pare-Brise, American Car-Wash et Poivre Rouge, s'est félicité d'une croissance "inédite" en 2018 avec un chiffre d'affaires global de 44,5 milliards d'euros.

Intermarché, qui fête cette année ses 50 ans, a vu son chiffre d'affaires croître de 2,9% en France à 23,06 milliards d'euros hors carburant et récolte la plus forte prise de parts de marché annuelle +0,3 point. Cela fait de l'enseigne le grand vainqueur de l'année sur ce critère, récoltant le fruit du renforcement de ses filières de production, qui collent aux attentes de consommation plus responsables de ses clients. 

"Pour l'alimentaire, dans un environnement soumis aux différentes étapes des Etats Généraux de l'Alimentation et à leur traduction législative, nous avons réalisé des prises de parts de marché exceptionnelles et su accélérer pour intégrer les fortes attentes des consommateurs, exigeant des modes de production et de consommation plus responsables", a ainsi indiqué Didier Duhaupand, président du groupement des Mousquetaires.

Carrefour

Résultats "solides et encourageants" pour Carrefour, dixit son PDG Alexandre Bompard, qui tient les rênes de son vaste plan de transformation Carrefour 2022. Le chiffre d'affaires TCC du groupe a progressé de 2,5% à changes constants (et 1,4% en comparable) pour atteindre 85,1 milliards d'euros.

En France, la situation demeure mitigée avec un chiffre d'affaires en croissance de +0,3% à périmètre comparable contre +0,8% en 2017 et une marge opérationnelle à 1,3%, contre 1,9% l'année précédente. En cause notamment, les investissements réalisés en avance de phase sur la baisse des coûts, explique le groupe. 

Pour 2019, l'enseigne compte muscler son plan de transformation avec des assortiments réduits (15% de références en moins), des magasins moins grands (réduction de 400 000 mètres carrés), plus de formats de proximité (3000 ouvertures, au lieu de 2000 visées jusqu'alors). 

En outre, après le développement des espaces bio, des outlets, des zones de préparation de commande e-commerce et des premiers tests de shop-in-shop (corners Darty), de nouveaux concepts sont promis pour cette année dont des espaces beauté et des espaces de services. 

Casino

Casino drive de l'Espace Anjou à Angers, le 5 août 2018. Business Insider France. Elisabeth Hu

Sur l'année 2018, le groupe affiche un chiffre d'affaires de 36,6 milliards d'euros, dont 19 milliards d'euros pour la branche retail France, en hausse de 1,4% (et 1,3% à magasins comparables). C'est la meilleure année de croissance pour le groupe en France depuis cinq ans. Une croissance obtenue grâce à la montée en gamme de certains formats de magasins du groupe notamment chez Franprix et Leader Price, ainsi que certains supermarchés Casino. En parallèle, le groupe a monté ses prix ce qui, logiquement, soutient le chiffre d'affaires, au moins à court terme. La politique de fermeture des Leader Price non rentables continue, tandis que Monoprix et Naturalia poursuivent leur expansion.

Le groupe, dont la maison-mère Rallye doit composer avec des attaques en Bourse doublées d'importantes échéances de remboursement de dette, poursuit également son plan de cessions d'actifs. Casino a ainsi annoncé ce 11 mars, la finalisation de la vente des murs de 26 hypermarchés et supermarchés valorisés 501 millions d'euros. 

Le distributeur peut s'appuyer aussi sur ces nouveaux concepts de magasins ouverts 24h/24 comme le "4 Casino" ou ses drugstores parisiens et continue de déployer des corners Cdiscount dans ses hypermarchés. 

Leclerc

Ralentissement confirmé pour le Mouvement E. Leclerc qui a réalisé en 2018 seulement 1,5% de croissance (hors carburants), après 2% en 2017, 2,5% en 2016 et 3,4% en 2015, soit un chiffre d'affaires de 39 milliards d'euros. Alors que les ventes en magasins sont en berne, l'enseigne peut compter sur l'essor de ses drive (+6,9%), qui contribuent à 59% à la croissance du mouvement. 

Les points de vente spécialisés, telles les parapharmacies, les Brico-jardi-animalerie, les parfumeries et désormais les "Marché Bio", dopent également l'activité du groupe. 

L'enseigne qui s'était forgée une réputation de prix bas à grand renfort de promo va toutefois particulièrement devoir digérer l'encadrement des promotions et la délicate hausse du seuil de revente à perte pour conserver son image et ses marges.

Système U

Magasin Super U de Saint-Georges-sur-Loire, en Maine-et-Loire. Business Insider France/Elisabeth Hu

Le groupement coopératif a affiché l'an dernier une croissance de 2,3% à près de 20 milliards d'euros hors carburant et comptabilise près de deux ans et demi de parts de marché en croissance ou stables.

Les supermarchés drainent encore 70% du chiffre d'affaires, tout comme les formats plus petits, U Express et Utile qui progressent de près de 5%. Côté organisation, Système U a bouclé la mise en commun de ses services support et le fruit des synergies devrait se poursuivre pendant plusieurs années, estime la direction. 

Les investissements dans les outils vont se poursuivre. 100 millions d'euros seront d'ailleurs consacrés cette année à la logistique pour moderniser et robotiser les entrepôts afin d'optimiser les livraisons à destinations de tous les formats, hypermarchés, supermarchés et proximité. 

L'enseigne compte également se renforcer sur le drive, un format qui ne représente que 3% des ventes, et sur lequel elle s'est laissée distancer par ses concurrents. Par ailleurs, l'année 2019 devrait être marquée par la création de 25 nouveaux magasins et le ralliement de 50 autres à son enseigne. 

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