Le traitement réservé par Facebook à ses modérateurs de contenu est sous surveillance depuis la publication d'un article selon lequel les conditions de travail difficiles et les bas salaires ont amené certains employés à s'effondrer sous le poids du contenu qu'ils examinaient. Lundi, Casey Newton du magazine The Verge a publié une enquête approfondie sur l'un de ces lieux où se déroule la modération de contenus dans l'Etat d'Arizona. On y retrouve les modérateurs chargés de protéger Facebook de tout contenu répréhensible ou illégal — cela va du racisme à la violence explicite en passant par des images de maltraitance d'enfants.

Les sources de Casey Newton ont formulé un certain nombre d'allégations graves, notamment le fait que certains modérateurs fumaient de l'herbe pendant leur journée de travail, que certains ont des relations sexuelles au bureau, dans le cadre de ce qu'une source a appelé "liens traumatiques"; que les employés peuvent se retrouver avec des "symptômes de stress post-traumatique"; et que certains se radicalisent à cause des contenus complotistes qu'ils sont chargés de modérer puisqu'ils finissent par y croire. (L'enquête est exhaustive et mérite une lecture complète.)

En outre, ils gagnent moins de 29 000 dollars par an (environ 25 500 euros), soit un salaire minime par rapport aux revenus médians d'un employé de Facebook à plein temps, qui avoisine les 240 000 dollars (211 000 euros).

Business Insider s'est entretenu avec deux autres modérateurs de contenu pour Facebook aux États-Unis. Ils ont confirmé qu'ils touchaient des salaires relativement bas. L'un d'eux a déclaré qu'il gagnait environ 28 000 dollars par an (24 500 euros): "La moitié de mon salaire passe dans le loyer. Je ne peux même pas me permettre de me payer une voiture ou de rembourser mon prêt étudiant". Les autres employés ont déclaré gagner 16,50 dollars (14,50 euros) de l'heure pour un journée de travail, ce qui représente environ 34 000 dollars par an (30 000 euros).

Ils ont déclaré ne jamais avoir entendu parler d'employés qui fumaient de l'herbe ou qui avaient des relations sexuelles au bureau (il faut noter que cela pouvait varier selon les lieux) mais ils étaient quand même critiques à l'égard de leurs conditions de travail.

"Je ne doute pas que le contenu a ravagé certaines personnes, en particulier celles qui travaillent avec des contenus en attente de modération pouvant contenir davantage d'images ou de vidéos choquantes, ou concernant l'exploitation d'enfants. Je ne suis pas si sûr de l'aspect 'théorie du complot', mais il ne serait pas étonnant que les gens croient en cette m**** qu'ils voient tous les jours, surtout parce qu'il s'agit souvent de la même chose encore et encore. Je ne blâme pas non plus ceux qui ont sûrement besoin de fumer pendant leurs pauses car ce travail est inhumain et les salaires extrêmement bas", a déclaré l'un d'entre eux.

"Facebook doit être tenu responsable des services contractuels qui minent la rémunération et les avantages sociaux. En gros nous préservons le c** de Facebook du moindre scandale de communication en maintenant une plateforme sûre pour l'entreprise, mais en retour, nous ne sommes même pas considérés comme des employés de Facebook, ce sont nos entreprises sous-traitantes qui décident de nos gagnes-pains et de nos dédommagements", ont-ils ajouté.

Plus tôt ce mois-ci, Business Insider a annoncé que les modérateurs d'un site de modération de contenu géré par Accenture à Austin, au Texas, étaient révoltés à cause de l'instauration de lourdes règles limitant l'utilisation du téléphone et la pause des modérateurs, affaiblissant ainsi leur "part d'humanité".

Les employés de Facebook ont ​​réagi avec indignation à ces nouvelles, se plaignant en interne que les actions de Facebook étaient "incroyablement décevantes" et "inhumaines". La nouvelle enquête de The Verge semble susceptible d'alimenter davantage les tensions au sein du personnel de l'entreprise.

Le vice-président des opérations mondiales de Facebook, Justin Osofsky, a partagé en ligne une note qu'il avait précédemment envoyé aux employés avant la parution de l'article de The Verge. "Nous avons beaucoup travaillé sur ce domaine et il reste encore beaucoup à faire", écrit-il. "Nous évaluerons régulièrement ces rôles, nos besoins futurs, les risques, l’emplacement, la composition de l'effectif et bien d'autres domaines".

Version originale: Rob Price/Business Insider

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