De nouveaux emails montrent comment méfiance et suspicion ont torpillé la relation entre Uber et Google

Les projets pour les voitures autonomes du co-fondateur de Google, Larry Page ont alarmé Uber. Chris Hondros/Getty Images

Plus le patron d'Uber entendait parler des projets de Google dans la voiture autonome, plus Travis Kalanick voulait s'entretenir avec Larry Page. 

De nouveaux emails dévoilés jeudi au tribunal montrent que les suspicions et la réaction de Travis Kalanick étaient fondées puisqu'il est clair désormais que Google — un des premiers investisseurs de Uber — souhaitait lancer un service concurrent de partage des courses en voiture autonome.

Les deux groupes sont aujourd'hui ennemis jurés, puisque chacun essaye de développer une technologie de voiture autonome. Le projet de voiture autonome de Google, Waymo, a attaqué Uber en justice, l'accusant de vol de propriété intellectuelle et de violations de brevets.

Cependant, d'après certains emails datant de 2015, avant ces conflits, Kalanick (qui a démissionné le mois dernier) voulait travailler en partenariat avec Google sur les voitures autonomes au lieu d'être en concurrence. Un cadre haut placé de Google semblait lui aussi privilégier un éventuel partenariat.

'J'espère avoir tord'

La méfiance de Kalanick quant aux motivations de Google s'est exacerbée quand il a suspecté Page, co-fondateur de Google et DG d'Alphabet, sa société mère, de l'éviter de manière intentionnelle et de comploter contre lui pour empiéter sur son terrain

"Une réunion avec Larry pourrait calmer cela, s'il se trouve que ce n'est pas vrai, mais il m'évite depuis l'automne dernier," écrit Kalanick dans un mail en mars 2015.

"Sans aucun dialogue, nous sommes obligés de croire que Google est en concurrence à court terme et a probablement planifié de l'être depuis plus longtemps qu'elle ne laisse penser," continue Kalanick. "J'espère avoir tort, j'ai juste besoin de rencontrer Larry aussi vite que possible pour clarifier ça et avoir un accord commun pour un partenariat." 

Les emails montrent que la relation entre les deux géants de la tech s'est détériorée, et que des sentiments de méfiance et trahison ont finalement menés à une guerre en justice qui a captivée toute la Silicon Valley

Voici un des emails dévoilés au tribunal jeudi:

Des emails montrant que Travis Kalanick souhaitait s'entretenir avec Page à propos d'un éventuel partenariat mais avait du mal à le joindre. Document du tribunal.

Les emails de Kalanick étaient envoyés à David Drummond, alors responsable du développement chez Google et membre du conseil d'administration d'Uber. Drummond était d'accord que "la valeur d'un partenariat l'emporte largement sur un futur incertain."

Également parmi les documents fournis au tribunal, il y a une invitation Google Calendar qui montre que Page, Drummond, Kalanick et Emil Michael (qui était alors responsable du développement d'Uber), ont déjeuné trois jours plus tard au QG de Google à Mountain View en Californie. 

Ce qui a suivi est ce qu'Uber aimerait demander à Page dans une déposition légale. Parmi ses arguments, Uber affirme que le DG d'Alphabet a non seulement assisté au déjeuner pour discuter de l'idée d'un partenariat mais qu'il "savait aussi pourquoi Waymo rejetait cette voie et choisissait plutôt d'être en concurrence avec Uber."

"Toute décisions concurrentielles sont pertinentes aux problèmes et motifs de ce procès, et aux dommages," disent les avocats d'Uber. C'est maintenant au juge de décider si Page doit ou non répondre aux questions d'Uber sur pourquoi le partenariat ne marchait pas dès le début. 

Le procès tourne autours des suppositions de Waymo qu'un de ses anciens ingénieur a téléchargé 14.000 dossiers de l'entreprise à propos de la technologie des voitures autonomes et les a pris avec lui quand il a rejoint Uber. 

Un porte-parole d'Uber a envoyé à Business Insider la déclaration suivante à propos des emails:

"Il n'y a pas de substitut à ces dépositions qui pourraient répondre à des questions sans réponses. Par exemple: pourquoi, après que Google ait été au courant du téléchargement de 14.000 de ses dossiers, M. Page n'a t-il pas alerté le DG de ce fait quand ils se sont entretenus? Dans le même temps, Google refusait un partenariat avec Uber, choisissant plutôt d'être concurrents. Avec tout cela en plus du manque de preuves pour le cas Waymo, on peut se poser la question évidente: est ce que ce procès est vraiment motivé par le téléchargement des dossiers ou est ce là une tentative de ralentir un concurrent?"

Waymo a réfuté la plainte de Uber concernant le manque de preuves concernant son cas:

"Uber continue d'essayer de déconstruire nos propos pour détourner l'attention du public du vrai problème: Uber a volé des documents à Waymo et les utilise pour développer sa technologie. Nous sommes impatients de présenter nos preuves durant le procès et attendons respectueusement la décision de la Cour sur les demandes de déposition d'Uber."

Version originale: Biz Carson/Business Insider

Vous avez apprécié cet article ? Likez Business Insider France sur Facebook !

Lire aussi : Uber vient de licencier l'ingénieur au cœur de son procès avec Google parce qu'il refuse de coopérer

Les toilettes ne sont pas l’endroit le plus sale de votre maison