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Seuls quelques enfants ont été infectés par le coronavirus — les experts ont quelques hypothèses pour l'expliquer

Seuls quelques enfants ont été infectés par le coronavirus — les experts ont quelques hypothèses pour l'expliquer
© Ezra Acayan/Getty Images

Les scientifiques sont toujours en train d'étudier l'épidémie de coronavirus, qui a tué plus de 560 personnes et en a infecté plus de 28 000. L'un de ses plus grands mystères est la raison pour laquelle si peu d'enfants sont tombés malades. L'épidémie a été signalée pour la première fois le 31 décembre dernier, et aucun enfant de moins de 15 ans n'avait été diagnostiqué au 22 janvier. Une étude publiée dans le New England Journal of Medicine émettait alors l'hypothèse que "les enfants pourraient être moins susceptibles d'être infectés ou, s'ils sont infectés, pourraient présenter des symptômes plus légers que les adultes".

Depuis, des médecins ont enregistré quelques cas ponctuels chez des enfants : une fille de 9 mois à Pékin, un enfant en Allemagne dont le père avait d'abord été infecté, et un enfant à Shenzhen, en Chine, qui ne présentait aucun symptôme. Ce mercredi, les autorités chinoises ont confirmé qu'un nourrisson de Wuhan, en Chine, avait été testé positif au virus 30 heures après sa naissance ; la mère du bébé était atteinte par le coronavirus. Mais, pour la plupart, les enfants ne semblent pas très vulnérables au virus.

"D'après tout ce que nous avons vu, et pour des raisons qui ne sont pas claires, il semble que le virus touche principalement les adultes", explique Richard Martinello, professeur en maladies infectieuses à l'école de médecine de Yale, à Business Insider US. "Les rapports qui ont été publiés jusqu'à présent en Chine provenaient d'hôpitaux pour adultes. Non d'hôpitaux pédiatriques. Il se pourrait donc que nous ne disposions pas encore de ces données". Un faible taux de contamination chez les enfants est une bonne chose, selon les experts de la santé : les enfants sont moins susceptibles de se laver les mains, de se couvrir la bouche et de s'abstenir à toucher les autres — des comportements qui peuvent propager les germes.

"Si nous pouvons protéger les enfants — c'est bon pour eux, mais c'est aussi bon pour toute la population", a déclaré Aaron Milstone, épidémiologiste et professeur de pédiatrie à l'université Johns Hopkins, à Business Insider US. "Si l'épidémie pénètre la population pédiatrique, cela pourrait l'amplifier".

Peu d'enfants avaient contracté le SRAS

Les symptômes du coronavirus sont similaires à ceux associés à la pneumonie ou à la grippe : fièvre, toux, frissons, maux de tête, difficultés respiratoires et maux de gorge. Il présente des similitudes frappantes avec le SRAS, qui avait tué 774 personnes et en avait infecté plus de 8 000 entre novembre 2002 et juillet 2003. Il y avait également eu assez peu de cas de SRAS chez les enfants : seulement 80 cas confirmés en laboratoire, et 55 cas probables ou suspects. La plupart de ces enfants ont développé une fièvre, et certains ont également eu des toux ou des vomissements.

Dans un rapport de 2007, les experts des Centres de contrôle et de prévention des maladies américains (CDC) ont déterminé que les enfants de 12 ans ou moins présentaient des symptômes plus légers du SRAS que les adultes. Aucun enfant ou adolescent n'est mort du virus, et il n'y a eu qu'un seul cas où un enfant a transmis le SRAS à une autre personne. Et les scientifiques ne savent toujours pas pourquoi.

Roman Balandin/TASS/Getty Images

Dans l'épidémie actuelle de coronavirus, il y a deux explications possibles à la faible proportion d'enfants malades : soit ils ont été moins exposés au départ, soit leur corps réagit différemment au virus. "Je pense que la faible proportion d'enfants infectés est due à la façon dont l'épidémie a commencé", explique David Weber, professeur d'épidémiologie et de pédiatrie à l'université de Caroline du Nord (Etats-Unis), à Business Insider US.

Les autorités chinoises pensent en effet que le virus s'est manifesté pour la première fois dans un marché de fruits de mer, à Wuhan, où des animaux vivants étaient vendus. "Il n'y a pas beaucoup d'enfants qui vont au marché aux poissons", remarque David Weber. Le marché de Wuhan a été fermé le 1er janvier, et les autorités locales ont depuis interdit la vente d'animaux vivants dans toute la ville. Lundi, le parti communiste chinois s'est engagé à réprimer le commerce illégal d'animaux sauvages dans tout le pays.

Si le coronavirus se répand chez les enfants, l'épidémie pourrait s'accentuer

Il est également possible que les adultes ne transmettent pas le virus aux enfants : ils font attention à se laver les mains, à se couvrir la bouche et à s'isoler s'ils se sentent malades. Le virus peut se propager entre les personnes par des gouttelettes respiratoires telles que la salive et le mucus. Une bonne hygiène est donc essentielle pour prévenir la transmission.

"Je suis pédiatre, j'adore les enfants. Mais ce sont souvent eux qui alimentent la propagation des virus respiratoires", explique Aaron Milstone. "Il est beaucoup plus facile de dire aux adultes d'adopter les bons comportements. Mêmes s'ils sont malades, les enfants veulent toujours aller se blottir contre leur maman ou jouer avec leurs frères et sœurs".

Anthony Wallace/AFP/Getty

Toutefois, à mesure que l'épidémie s'étend, davantage de cas pourraient être signalés chez les enfants. "Lorsqu'il y a un nouveau virus, c'est toute la population qui y est sensible", affirme Aaron Milstone. "Nous ne savons pas si ce virus infecte les voies respiratoires des adultes plus que celles des enfants".

Selon David Weber, la grippe constitue une menace plus imminente pour les enfants dans le monde que le coronavirus : "Les gens devraient être beaucoup plus préoccupés par la grippe et les autres maladies respiratoires ou virales. Dans de nombreuses épidémies de grippe, les enfants la propagent plus que les adultes".

D'après le CDC, les enfants de moins de 5 ans courent un risque élevé de développer de graves complications dues au virus de la grippe, telles que la pneumonie et l'insuffisance respiratoire et rénale. Les scientifiques ne savent pas exactement pourquoi. Certains l'expliquent par la réponse immunologique plus importante des enfants. Ils seraient donc plus susceptibles d'avoir de la fièvre ou de subir des lésions tissulaires lorsque leur corps essaie de combattre l'infection.

Selon l'Organisation mondiale de la santé, environ 80% des décès dus au coronavirus sont survenus chez des personnes âgées de 60 ans et plus. Cependant, contrairement à la grippe, il n'existe pas de vaccin pour protéger les gens contre ce nouveau virus. "Si nous pouvons tenir ce virus à l'écart de la population pédiatrique, cela contribuera à endiguer ce phénomène", conclut Aaron Milstone.

Version originale : Aria Bendix/Business Insider

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