Patrick Drahi, Franco-Israeli businessman and Executive Chairman of cable and mobile telecoms company Altice, speaks during the launch of the news channel BFM Paris, in Paris, France, November 7, 2016.

REUTERS/Benoit Tessier

SFR a porté un coup dur à ses rivaux Canal+ et beIN Sports en remportant la totalité des droits de retransmission télé en France de la Ligue des champions et de la Ligue Europa pour la période 2018-2021, qui seront diffusées en télévision payante et gratuite, sur internet et sur mobile.

C'est plus du double de ce que payaient jusque-là beIN Sports et Canal+ (145 millions d'euros par an) pour la seule Ligue des Champions. La Ligue Europa était diffusée par M6 et beIN Sports.

Au premier abord, en faisant monter les enchères, SFR semble adopter des méthodes similaires à celles de beIN Sports à son arrivée en France il y a cinq ans. La chaine avait alors remporté plusieurs compétitions détenues par Canal+ (championnats d'Espagne, d'Italie et d'Allemagne en football, NBA en basket ball) à coups de millions.

Mais si elle fait mal à ses rivaux, la méthode de SFR n'est pas nouvelle. Elle ressemble fortement à celle de son homologue britannique, BT, le modèle de Patrick Drahi.

"BT a été un précurseur dans la convergence médias et télécoms. Patrick Drahi n'hésite pas à le citer en exemple même si BT n'est pas rentable et assimile ces droits TV à des frais marketing", explique à Business Insider France un analyste parisien.

En Grande-Bretagne, BT s'est ainsi imposé face à son grand rival Sky en déboursant plus de 460 millions d'euros par an pour conserver les droits de la Ligue des champions.

SFR avait révélé ses forces dans le sport en remportant en 2015 les droits du championnat anglais de football (Premier League) pour 300 millions d'euros sur trois ans — jusque-là détenus par Canal+.

Prochaine étape: la ligue 1

La perte de la Ligue des Champions est un coup dur pour Canal+, numéro un de la télévision payante en France, et confronté à des pertes massives d'abonnés face à la concurrence de nouveaux acteurs. "Le sport, c'est 50% de la motivation des abonnés Canal+", précise un observateur.

Le revers est également de taille pour les chaînes qataries beIN Sports, principal diffuseur de la Ligue des Champions, qui perdent l'un des principaux produits d'appel de leur portefeuille.

Le classique OM - PSG sera diffusé sur Canal+ jusqu'en 2020. Mais après? . REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Et ce n'est peut être pas fini. Car Altice a fait des investissements dans les contenus la pierre angulaire de sa stratégie.

SFR va désormais s'attaquer au produit phare du sport en France: la Ligue 1 de football.

A ce jour, Canal+ et beIN dépensent respectivement 540 millions d'euros et 186 millions d'euros par saison pour diffuser la compétition jusqu'en 2020. C'est trois fois moins qu'en Angleterre où BT et Sky dépensent près de 7 milliards d'euros sur la période 2016-2020.

Mais les montants de l'appel d'offres risquent encore de flamber car ils vont accueillir un nouvel acteur issus des télécoms: Orange. L'opérateur avait quitté ce marché il y a cinq ans sur un fiasco, mais il est prêt à revenir en s'alliant avec Canal+, selon des déclarations de son PDG Stéphane Richard lors de la présentation des résultats annuels ne début d'année.

Attirée par cette nouvelle manne financière, la Ligue de Football Professionnel (LFP) pourrait donc choisir d'avancer la date de l'appel d'offres — qui devait se tenir en 2019 — en 2018 voir à la fin de l'année 2017.

Un rapprochement entre beIN Sports et SFR possible

Contraint financièrement après avoir accusé des pertes depuis plusieurs années, Canal+ est attaquée de toutes parts et défend ses derniers droits. La chaîne a réussi à conserver la semaine dernière ceux de la retransmission de la Formule 1 à partir de 2018.

"Canal+ ne peut pas faire n'importe quoi. Il ne peut pas payer 20 millions d'euros le match s'il veut assurer un modèle économique qui tient durablement", estime une source proche du dossier, relativisant la perte de la Ligue des Champions, qui représentait pour la chaîne 15 soirées par saison.

Mais beIN ne peut pas non plus se contenter d'assister à cette nouvelle concurrence sans réagir. Depuis son lancement en 2012, la chaine qatarie aurait perdu plus d'un milliard d'euros en France pour 20 millions d'euros de chiffres d'affaires par mois environ et 3 millions d'abonnés.

Ainsi, beIN Sports multiplie depuis plusieurs mois les partenariats de distribution, avec ses concurrents SFR Sports mais aussi Canal+ même si l’Autorité de la concurrence a rejeté le projet de distribution exclusive avec la chaine de Vivendi.

Résultat, on pourrait assister à une nouvelle concentration du secteur, suggère un analyste parisien.

"On voit le Qatar moins déterminé à développer la chaine depuis plusieurs mois. Si la perte de droits devait se poursuivre, une des conséquences pourrait être un rapprochement entre SFR et beIN."

En France, regarder du sport gratuitement à la télévision va devenir un plaisir de plus en plus rare. 

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