L'unique mission vers Mars de 2018 prend son envol — elle embarque à son bord un outil français qui doit 'écouter battre le coeur' de la planète rouge

Illustration du sismomètre français SEIS (en bas à droite de la photo) et de l'atterrisseur de la mission InSight sur Mars. CNES

  • L'unique mission vers Mars pour l'année 2018 est lancée ce samedi 5 mai 2018 depuis la base de lancement de Vandenberg en Californie (Etats-Unis).
  • Appelée "InSight", cette mission dirigée par la NASA a pour but d'étudier la structure interne de la planète rouge. 
  • La sonde devrait atterrir sur Mars dans six mois et demi, soit en novembre prochain.
  • C'est à ce moment-là que l'instrument français SEIS, développé par le CNES, devrait être déployé pour "écouter battre le coeur" de la planète rouge pendant deux années terriennes.

L'unique mission vers Mars de 2018 décolle ce samedi 5 mai depuis la base de lancement de Vandenberg en Californie (Etats-Unis). Appelée "InSight", elle aura pour but d'étudier la structure interne de la planète rouge, qui reste encore mal connue. 

Pour cela, elle embarque à son bord un sismomètre français conçu par le Centre national d'études spatiales (CNES), qui devrait être déployé, à l'aide d'un bras automatique, à l'atterrissage, le 26 novembre prochain. Objectif: "écouter battre le coeur" de la planète rouge.

Un deuxième instrument, fourni par l'agence spatiale allemande (DLR) devrait, quant à lui, s'enfoncer à cinq mètres dans le sous-sol martien pour mesurer la température du manteau martien, entre autres.

Un troisième outil, conçu par la NASA, s'occupera d'analyser les subtiles variations de rotations de Mars. 

A l'occasion d'une conférence de presse au CNES le 19 avril 2018, Philippe Lognonné, responsable de l'équipe planétologie et sciences spatiales de l'Institut physique du Globe de Paris (IPGP) qui a participé au projet, a déclaré: 

"Nous savons que Mars a une croûte, un manteau et un noyau dont nous avons de très fortes raisons de penser qu'il est liquide. Mais une fois qu'on a dit ça, on a à peu près tout dit de nos connaissances sur la structure interne de la planète Mars."

Connaître la structure interne de Mars pourrait nous aider à comprendre pourquoi la vie a existé sur la planète rouge mais n'a pas réussi à perpétuer, alors qu'elle l'a fait sur Terre.

Pendant deux ans, l'instrument français — baptisé SEIS pour "Seismic Experiment for Interior Structures" — va prendre des mesures précises des séismes et autres activités internes de Mars.

On connaît encore très peu de choses sur l'activité sismique sur Mars, mais il devrait y avoir "une cinquantaine de séismes, d'une magnitude de 3,5, avec une dizaine à plus de 4,5" sur l'échelle de Richter, a précise Philippe Lognonné. 

Vous pouvez regarder le lancement de la mission InSight en direct sur le site du CNES. La retransmission débutera vers 12h45, mais la fenêtre de tir sera comprise entre 13h05 et 15h05, heure de Paris.

Voici ce que l'on sait sur ce sismomètre français, qui devrait être le premier de l'histoire à écouter battre le coeur de Mars, après l'échec des deux appareils Viking envoyés par la NASA en 1976. 

En février 2014, le projet français mené par le CNES est officiellement choisi par la NASA pour embarquer dans le cadre de la mission InSight. C'est l'aboutissement de près 30 années de recherche et de développement côté français. Antoine Petit, patron du CNRS, a dit que la sélection du projet français montrait "à quel point la qualité de la recherche française est reconnue au niveau international", et que "les chercheurs américains étaient envieux de cette opportunité". 

CNES/ Emmanuel Grimault

En décembre 2015, alors que la date de lancement initiale — mars 2016 — approche à grands pas, on constate des problèmes d'étanchéité de l'enceinte dans laquelle le sismomètre sera enfermé. La NASA est alors obligée de repousser le lancement à mai 2018 et doit débloquer 150 millions de dollars supplémentaires aux 675 millions de dollars initiaux. 

Test de déploiement du sismomètre SEIS en mars 2015. NASA

Le sismomètre français, d'une masse d'environ 3 kg — 236 kg pour l'atterrisseur — est composé de trois pendules très large bande (VBB) ultra-sensibles, qui se mettront en mouvement quand le sol martien bougera. Pour que l'instrument puisse fonctionner correctement sur Mars, plusieurs mécanismes d'ajustement ont été mis en place: par exemple, pour s'adapter aux sautes de température importantes entre le jour et la nuit, chaque pendule est équipée d'un mécanisme spécifique de compensation thermique.

La production de ces trois capteurs a été réalisée par la société Sodern, filiale d'ArianeGroup.

Les données récoltées par le sismomètre SEIS et transmises quotidiennement à la Terre pendant deux ans devraient permettre de répondre à plusieurs questions essentielles concernant la planète rouge mais aussi la Terre. Parmi elles: Mars a-t-elle une activité volcanique et tectonique, quelle est sa structure interne, son noyau est-il liquide, pourquoi la Terre est toujours active après 4,5 milliards d'années alors que Mars s'est arrêtée au bout de quelques centaines de millions d'années? 

Mars par la caméra Osiris de la sonde spatiale Rosetta. ESA

"Grâce à InSight, nous allons pouvoir contraindre les modèles et dater précisément l'arrêt de la dynamo martienne et donc du champ magnétique qui protégeait autrefois la planète du vent solaire", a indiqué Francis Rocard, responsable du programme d'exploration du système solaire au CNES.

Pour que la mission atteigne ses objectifs, le lieu d'atterrissage sera primordial. Ce ne seront sûrement pas "les hauts-plateaux cratérisés" de l'hémisphère sud, a précisé Philippe Lognonné. SEIS devra être déployé "loin des vibrations de l'atterrisseur" et protégé grâce à un bouclier thermique de "l'influence de la température, du vent martien, pour écouter au mieux les vibrations de la planète", a expliqué à Futura Sciences David Mimoun, enseignant-chercheur responsable de l'équipe Systèmes spatiaux à l'ISAE-Supaéro qui a participé au projet SEIS.

Illustration du sismomètre français SEIS (en bas à droite de la photo) et de l'atterrisseur InSight sur Mars. CNES

Le site choisi se situe dans la partie nord de la plaine Elysium Planitia — à 1000km au nord-ouest du cratère Gale où se trouve le robot Curiosity —, à environ quatre degrés au nord de l'Equateur de Mars. 

S'il arrive quoi que ce soit lors du lancement de la mission InSight, il existe un second modèle identique complet à la Jet Propulsion Laboratory de la NASA. Il permettra entre autres de reproduire l'anomalie sur ce second modèle pour comprendre ce qui n'a pas fonctionné. 

Le module d'InSight qui doit se poser sur Mars en cours d'assemblage avec ses panneaux solaires déployés. NASA

Vous avez apprécié cet article ? Likez Business Insider France sur Facebook !

Lire aussi : Thomas Pesquet s'oppose à Elon Musk en disant que l'idée d'aller sur la planète Mars pour la coloniser le 'dérange'

VIDEO: Voici comment bien choisir ses fruits au supermarché — ne vous fiez pas à la couleur