Slack bannirait certains utilisateurs à cause des sanctions contre l'Iran — même s'il ne vivent pas ou ne travaillent pas en Iran

Stewart Butterfield, le co-fondateur et DG de Slack. Box

  • Des utilisateurs d'origine iranienne ou qui se sont rendus en Iran ont appris mercredi 19 décembre 2018 que leurs comptes Slack avaient été fermés.
  • Slack a identifié les comptes de ces utilisateurs comme provenant d'Iran, pays touché par des sanctions économiques, sur la base de leurs adresses IP.
  • Toutefois, nombre de ces utilisateurs ne vivent pas en Iran et n'ont pas non plus de liens professionnels avec ce pays.

Des utilisateurs rapportent sur les réseaux sociaux que Slack, l'application de messagerie professionnelle valorisée à 7 milliards de dollars, ferme leurs comptes parce qu'ils vivent en Iran, un pays qui fait l'objet de nouvelles sanctions économiques de la part des Etats-Unis.

Le problème, disent ces utilisateurs, c'est qu'ils ne vivent pas en Iran, mais qu'ils sont d'origine iranienne ou qu'ils ont récemment voyagé dans le pays. Parmi ces utilisateurs, on retrouve un doctorant vivant au Canada et un ingénieur en logiciel, qui est un citoyen américain habitant en Pennsylvanie. Amir Omidi, ingénieur logiciel chez IPinfo, déclare qu'il a appris que son compte avait été fermé mercredi 19 décembre au soir.

"Slack se conforme à la réglementation américaine relative aux pays et régions sous embargo, comme le font toutes les entreprises américaines. Nous avons mis à jour notre système d'application des informations de géolocalisation, qui repose sur les adresses IP, et qui a conduit à la désactivation des comptes liés aux pays sous embargo. Nous utilisons uniquement les adresses IP pour prendre ces mesures. Nous ne possédons pas d'informations sur la nationalité ou l'origine ethnique de nos utilisateurs", déclare un porte-parole de Slack.

Ces utilisateurs disent avoir reçu un message de Slack indiquant que la société n'autorise plus l'utilisation de son produit dans les pays et régions sanctionnés, notamment Cuba, l'Iran, la Corée du Nord, la Syrie et la région de Crimée en Ukraine. Les États-Unis ont récemment réimposé toutes leurs sanctions contre l'Iran. Ces sanctions, qui sont entrées en vigueur le 5 novembre dernier, comprennent des sanctions pétrolières strictes, ainsi que des sanctions visant les secteurs maritime et financier.

Le message dit que Slack a identifié les comptes de ces utilisateurs comme provenant d'un de ces pays, et qu'ils ont fermé leur compte en conséquence. Le problème est que nombre de ces utilisateurs ne vivent pas en Iran et n'ont pas de liens professionnels avec ce pays.

"Impossible de prouver que je ne vis pas en Iran et que je ne travaille pas avec les Iraniens. Non, non. Il me disent juste 'bonjour, nous bannissons votre compte'", tweete Amir Omidi.

Il indique également qu'il a dû retrouver ses collègues pour leur dire pourquoi son compte avait disparu. Il a aussi contacté Slack pour savoir pourquoi son compte a été fermé, dit-il.

"Pour quiconque envisage de créer une équipe internationale avec Slack. Ne le faites pas, c'est tout. Cette pratique commerciale prédatrice est incroyable", ajoute Amir Omidi.

De même, Amir Abdi, doctorant à l'Université de Colombie-Britannique, déclare également que son compte a été fermé : "Slack ferme-t-il les comptes des personnes ethniquement associées à l'Iran? Et quelle est leur source d'information sur mon origine ethnique?", écrit Amir Abdi sur Twitter.

Il écrit aussi que c'est possiblement parce qu'il a déjà voyagé en Iran auparavant. Un autre utilisateur affirme qu'il s'était déjà rendu en Iran et que son compte a été fermé, et Slack répond que ses systèmes peuvent avoir détecté un compte avec une adresse IP provenant d'un pays sous embargo comme l'Iran.

De même, des utilisateurs qui vivent vraiment en Iran écrivent qu'ils n'ont pas été prévenus de la fermeture de leur compte.

Le Conseil national irano-américain a écrit une lettre à Slack pour lui demander de cesser de se conformer aux sanctions américaines contre l'Iran de façon si excessive et de mettre fin à la discrimination contre les ressortissants iraniens.

"Le fait que Slack bannisse au hasard et de manière injustifiée des ressortissants iraniens semble être un autre rappel de la façon dont nos sanctions à l'encontre de l'Iran sont désuètes et maladroites. Les Américains ne devraient pas se voir interdire l'accès à un outil qui ne devrait pas être interdit aux Iraniens en premier lieu", déclare Jamal Abdi, président du Conseil national irano-américain, dans un communiqué.

Slack, évalué pour la dernière fois à plus de 7 milliards de dollars lors d'une levée de fonds l'an dernier, prévoit une introduction en bourse en 2019.

Version originale: Rosalie Chan/Business Insider

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