Le Youtubeur Cyprien. YouTube/MonsieurDream

Apparu mardi 23 octobre sur Twitter, le hashtag #CyprienLeaks s'est répandu comme une traînée de poudre. Derrière ce hashtag, un internaute anonyme (son compte s'appelle L'Elite) sème le doute quant à la légalité d'une aide à la création du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) attribuée au célèbre Youtubeur Cyprien Iov. Par l'intermédiaire de sa société Périple Productions, le vidéaste aux 12,5 millions d'abonnés sur Youtube a bénéficié d’un chèque de 50.000 euros du CNC, après avoir postulé au fonds d’aide destiné aux créateurs vidéos sur internet baptisé CNC Talent.

Créé en octobre 2017, ce fonds dispose d'un budget annuel de 2 millions d'euros. Une manne qui vise à "favoriser l'émergence d'une centaine de projets par an", peut-on lire sur le site officiel du CNC. Cyprien Iov en a bénéficié au titre de "l'aide sélective à l'éditorialisation des chaînes allant jusqu’à 50.000 euros pour les créateurs vidéos ayant 50.000 abonnés ou plus".

L'étrange règlement des commissions du CNC

Rien d’anormal jusqu'ici: certes, Cyprien Iov, star de Youtube aux 12 millions d'abonnés n'a pas forcément besoin d’un coup de pouce financier: il perçoit 360.000 euros annuels pour les seules recettes publicitaires de ses vidéos, selon nos confrères des Echos et a touché le jackpot — 6,6 millions d'euros selon BFM Business — en revendant ses parts dans la société Talent Web à Webedia en 2016. Mais pour lancer ses nouveaux projets, sa candidature au CNC Talent entre bel et bien dans le cadre réglementaire prévu pour la distribution des subventions de ce fonds.

Ce qui a particulièrement révolté certains internautes, c’est plutôt la présence de Cyprien Iov, lui-même, dans la liste des 10 membres de la commission du CNC Talent, chargée de se réunir plusieurs fois par an pour distribuer les aides financières. Conflit d'intérêts? Absolument pas, se défend le CNC. Contacté par Capital.fr, l'organisme culturel affirme que la commission a agi conformément au règlement, puisque Cyprien était remplacé par un suppléant lors de la délibération du 22 juin dernier, qui lui a "offert" un chèque de 50.000 euros. Plutôt minimaliste, le code déontologique du CNC prévoit effectivement que les membres des commissions ne peuvent "prendre part aux délibérations lorsqu'ils ont un intérêt personnel à l'affaire qui en est l'objet".

Exceptée cette précaution, rien n'empêche un créateur vidéo de postuler aux aides du CNC Talent, même s'il siège régulièrement au sein de la commission en charge de leur attribution. Le fonctionnement peut surprendre, mais "ce n'’est absolument pas nouveau", jure-t-on du côté du CNC. "Ce genre de situations arrive fréquemment dans les commissions pour la création cinématographique ou télévisuelle, sans que ça provoque la moindre polémique", détaille le service de communication de l’organisme public, qui précise les commissions sont volontairement composées de professionnels reconnus.

"On ne peut pas interdire à un professionnel de postuler à une aide sous prétexte qu’il est membre d’une commission, d’autant que Cyprien ne peut frapper qu'à cette porte, puisque le CNC Talent est l’unique fonds d’aide destiné aux vidéastes du web, alors qu’il en existe des dizaines pour le cinéma, les séries ou la télévision", se justifie-t-on au CNC, où les accusations de conflit d'intérêts qui visent Cyprien ont pris tout le monde de court.

Et pourtant… si l'attribution du fonds d’aide CNC Talent est bien conforme au règlement de l’organisme de promotion culturelle, le processus utilisé n’en paraît pas moins baroque. Et contraire à l’exigence de transparence qui prévaut pour une administration placée sous la tutelle du ministère de la Culture. Comment empêcher que les Youtubeurs vedettes de la commission CNC Talent, souvent liés par des collaborations professionnelles voire des relation amicales, se répartissent la cagnotte, au détriment de l’émergence de nouveaux talents? Déjà double lauréat du CNC Talent — pour des sommes de 10.000, puis 50.000 euros - dont la commission d’attribution s’est réunie à quatre reprises depuis sa création, Cyprien Iov a-t-il, par exemple reçu le soutien au sein du jury de la Youtubeuse Ina Mihalache, avec laquelle il a collaboré par le passé?

La jeune femme siégeait lors des réunions du 4 décembre 2017 et 22 juin 2018, lors desquelles Cyprien a touché le pactole. La même Ina Mihalache a encaissé, à son tour, un chèque de 50.000 euros du CNC, suite à la réunion de commission du 24 avril 2018. Le compte-rendu accessible sur le site internet du CNC indique que Cyprien Iov participait aux délibérations ce jour-là… Il siégeait également à la commission du 19 mars 2018, qui a offert 50.000 euros à Julien Menielle, via Talent web. La société qui emploie ce Youtubeur héberge aussi les plus grandes stars du web français, dont Norman, Natoo ou... Cyprien, décidément omniprésent.

Deux exemples parmi d'autres des situations de conflit d'intérêts potentiels qu'entraîne le fonctionnement et la composition de cette commission, que préside l'artiste urbain JR. Sollicité par Capital.fr pour répondre aux critiques dont il est l’objet, Cyprien Iov n’a pas donné suite pour l'instant. En revanche, le Youtubeur a répondu à la polémique via son compte Twitter. Il dément l'existence d'un quelconque conflit d'intérêts.

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