Arianespace accusé par SpaceX de concurrence déloyale. Pourquoi Elon Musk en a assez des subventions de l'Europe et de la France.

Coiffe de la fusée Ariane 5. ESA-Manuel Pedoussaut

SpaceX accuse l'européen Arianespace de concurrence déloyale dans une lettre datant de décembre adressée à Edward Gresser, haut-fonctionnaire au Département du commerce américain, ont révélé ce jeudi 21 février 2019 Les Echos. L'entreprise spatiale d'Elon Musk affirme que "les subventions de l'Union européenne et du gouvernement français réduisent artificiellement le prix des services de lancement d'Arianespace sur le marché international et permettent à leurs fusées d'être déloyalement compétitives", rapporte le quotidien économique qui a pu se procurer une copie de la lettre en question.

SpaceX demande ainsi au Département de commerce américain d'intervenir pour mettre fin à cette "concurrence déloyale" dans le cadre des négociations commerciales entre l'UE et les Etats-Unis" en écrivant : "Il faudrait un accord qui garantisse qu'Arianespace ne reçoive pas de traitement préférentiel et que les membres de l'Union ne discriminent pas les fournisseurs non européens". L'entreprise spatiale américaine, connue pour avoir cassé les prix sur le marché des lancements avec sa fusée réutilisable Falcon 9, dénonce les subventions versées par l'Agence spatiale européenne (ESA), qui représentent selon elle 13,2 milliards d'euros entre 1998 et 2012, mais aussi les financements publics pour le port spatial de Kourou en Guyane.

Cette accusation de SpaceX peut paraître surprenante, puisque dans son dernier rapport, la Cour des comptes expliquait qu'Arianespace était en difficulté en raison de la guerre des prix lancée par SpaceX et que le groupe spatial européen se battait pour obtenir des contrats de lancements de satellites avec son nouveau lanceur en cours de développement Ariane 6. Par ailleurs, selon des informations de la Tribune datant de mi-septembre 2018, Arianespace afficherait une perte cumulée de 500 millions d'euros pour 2018-2023, liée à la vente de son lanceur Ariane 5 à perte afin de s'aligner avec les prix de SpaceX. Ces 500 millions d'euros représentent un peu moins de la moitié du chiffre d'affaires de 2017 qui est ressorti à hauteur de 1,3 milliard d'euros.

Interrogé par Les Echos au sujet de cette lettre adressée au Département du commerce américain, Jean-Yves Le Gall, patron du Centre national d'études spatiales (CNES) a rappelé l'existence d'une loi qui joue en faveur de SpaceX : "Le Buy American Act, qui interdit à tout opérateur américain d'utiliser une fusée étrangère, dès lors qu'un satellite a 51% de sa valeur made in USA", sans oublier que les financements publics en Europe en matière de conquête spatiale sont très faibles par rapport à ceux accordés aux Etats-Unis. Ainsi, le budget de la NASA pour 2019 est de 21,5 milliards de dollars, contre 6,48 milliards de dollars pour l'ESA. 

Autre fait notable découvert dans cette lettre : le prix moyen pour un lancement avec SpaceX qui serait d'environ 120 millions de dollars. Comme la société dit être le numéro un du marché avec plus de 60 lancements déjà réalisés et une quarantaine de tirs en commande, le tout représente "plus de 12 milliards de dollars de contrats". Pourtant, dans ses brochures commerciales, l'entreprise spatiale américaine dit que le prix moyen d'un lancement avec SpaceX serait deux fois moins cher, autrement dit 60 millions de dollars.

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