'Stalking' : pourquoi aime-t-on autant espionner les autres sur les réseaux sociaux ?

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'Stalking' : pourquoi aime-t-on autant espionner les autres sur les réseaux sociaux ?
La série "You" sur Netflix interpelle sur les dérives de l'espionnage en ligne et les comportements maladifs que provoque cette pratique. © Netflix

L'été, les vacances et ses nouvelles rencontres, une période propice pour le "stalking". Comparer les destinations de voyages de ses collègues, regarder ce que devient un ancien ami en s'ennuyant au bord de la piscine, analyser le profil du bel individu rencontré hier soir, la tentation est toujours trop grande pour totalement décrocher de son smartphone. Aller scruter la vie des autres à leur insu est devenu une pratique ordinaire à partir du moment où tout le monde affiche publiquement une partie de son quotidien.

Selon une étude menée par le groupe Norton spécialisé dans la cybersécurité, plus de la moitié des Français de la génération Z et des millienials (61 % des 18-39 ans) admet avoir stalké (de l'anglais "traquer") en ligne leur ancien ou actuel partenaire, soit trois fois plus que les personnes de 40 ans (18 %). Les principaux facteurs qui les auraient poussés à le faire seraient la curiosité (43 %) et le manque de confiance (30 %). 24 % d’entre eux voulaient savoir avec qui ils s'étaient mis en couple et pour 23 %, il s'agit tout simplement de prendre des nouvelles. La pratique est même globalement acceptée puisque 52 % des jeunes interrogés cautionnent le stalking en ligne si l'un des partenaires est soupçonné d'être infidèle ou l'a déjà été.

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La série "Black Mirror" traite en outre de société dystopique où le stalking atteindrait son apogée.  Netflix

Faux comptes et détectives amateurs

Dans ces conditions, les meilleurs "stalkers" sont des enquêteurs sollicités par leur entourage. Les copines d'Élise, 26 ans, se tournent vers elle lorsqu'il faut éclaircir les doutes. Chaque publication sur Instagram offre à la jeune femme un faisceau d'indices pour savoir si le compagnon de son amie a pu commettre un adultère. "En passant plusieurs heures à chercher dans les likes, les commentaires d'amis, en inspectant les profils liés, j'ai fini par prouver qu'il était bien avec une autre personne. Ce qui s'est confirmé après la phase d'explication", nous raconte t-elle. Élise avoue ne pas stalker personnellement lorsqu'elle rencontre quelqu'un, mais comprend la nécessité de le faire. "Ma soeur me demande souvent d'inspecter d'un profil avant un futur rendez-vous. C'est du temps de gagné à savoir si la personne est fréquentable ou non", ajoute t-elle.

Néanmoins, la jeune femme admet que c'est aussi la porte ouverte à une l'intrusion dans la vie privée. "J'ai un compte Instagram professionnel sur lequel mes ex sont toujours les premiers à visionner une story".

Une rupture difficile, inattendue, mal digérée, tend doucement vers le stalking lorsque l'ancien conjoint s'affiche encore généreusement sur les réseaux. Alice, kinésithérapeute de 27 ans, admet avoir créé un faux compte après que son ex l'a bloqué. "Ce faux profil m'a d'ailleurs servi pour stalker mon ancienne meilleure amie. On était inséparable et après une grosse dispute, j'ai eu cette lubie d'aller voir ce qu'elle faisait. D’ailleurs, je lui ai envoyé un message parce que j’ai vu qu’elle habitait à Paris désormais et je lui ai proposé un café pour se rabibocher" raconte t-elle.

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'Elle se rendait sur mon compte Facebook tous les deux jours'

Parmi les 2,8 milliards d'utilisateurs Facebook, 1 milliard sur Instagram, 800 millions sur TikTok, 500 millions sur Snapchat et 326 millions sur Twitter, combien parmi eux ne sont que des profils silencieux créés pour s'informer en secret sur un ami, un conjoint ? "Dans une société où on prône la transparence et la liberté, on se rend compte finalement qu'on a énormément de mal à se déconnecter de l'autre", indique Catherine Lejealle, sociologue et enseignante chercheuse à l'ESG Management School.

"L'espionnage sur les réseaux sociaux s'est totalement démocratisé en réalité. À l'époque, certaines personnes payaient des sommes conséquentes pour faire appel à un détective privé. Mais, désormais, on a accès gratuitement à des informations privées. Les séries comme "You" (Netflix) sont d'ailleurs assez parlantes sur les dérives de cette pratique".

À l'instar de ce feuilleton qui met en scène un stalkeur maladif — au point de commettre des crimes — des personnes souffrent réellement de l'espionnage d'un ex-partenaire. Jérome, barman à Montpellier (Hérault), a été suivi pendant plusieurs mois par son ancienne copine avant de s'en rendre compte. "Elle avait gardé mon mot de passe Facebook et s'en servait pour regarder toutes mes conversations. D'abord, il était assez étrange qu'elle se trouve à Montpellier aux mêmes endroits que moi, alors qu'elle venait d'une autre ville éloignée à plus de 100 kilomètres", témoigne le trentenaire.

"En inspectant mon historique de connexion Facebook, j'ai remarqué qu'elle se rendait sur mon compte depuis son domicile tous les deux jours. Je me suis rendu à la gendarmerie pour porter plainte, mais il n'y avait aucun délit apparemment. Il ne me restait plus qu'à changer les mots de passe".

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Des solutions existent

Heureusement, toutes les ruptures ne conduisent pas à des situations aussi extrêmes, mais le stalking est d'une telle facilité qu'il nuit encore à de nombreuses personnes, victimes comme auteurs. "Le stalking arrive souvent après une relation où l'un des deux partenaires a beaucoup investi émotionnellement dans le couple. Le besoin de s'impliquer dans un ménage disparait soudainement et la personne veut généralement compenser ce manque soudain en continuant à garder un contact inespérée", explique Charles-Thibault Henriot, psychologue clinicien et psychothérapeute à Perpignan (Pyrénées-Orientales).

"Dans tous les cas, le "deuil" est une sensation qui prend du temps à disparaitre. Mais lorsqu'il est réellement impossible de totalement décrocher, on recommande généralement de trouver une nouvelle passion dans laquelle on peut tout autant s'investir, en terme de temps et d'énergie" conseille le professionnel.

L'été est peut-être aussi la période propice pour se lancer dans une nouvelle activité, voire faire des nouvelles rencontres, totalement au hasard. Et, bien sûr, sans scruter le profil de la personne le lendemain à la piscine après avoir fait sa connaissance.

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