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StopCovid a encore trop d'obstacles à franchir pour que l'application fonctionne correctement un jour

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StopCovid a encore trop d'obstacles à franchir pour que l'application fonctionne correctement un jour
L'application StopCovid ne sera pas dans les smartphones des Français le 11 mai prochain. © Adrienne Surprenant/Bloomberg via Getty Images

L'application mobile StopCovid imaginée par le gouvernement pour limiter la propagation du coronavirus, repérer les porteurs et assurer le déconfinement, est en train de devenir un serpent de mer et un sacré caillou dans la chaussure du secrétaire d'Etat au numérique Cédric O. En moins d'un mois, l'application a trouvé un nom mais elle a aussi pris du plomb dans l'aile. Devant les députés, le Premier ministre a indiqué la semaine dernière que StopCovid ne devrait pas être prête le 11 mai. "C'est une très belle idée sur le papier. Je le pense vraiment. Mais en réalité ça ne marche pas. Il n'y a aucun exemple qui fonctionne. A Singapour, c'est une population plus petite, beaucoup plus technophile que la nôtre et c'est un échec monumental. Seulement 19% de la population a téléchargé l'app et le pays a même dû procéder au confinement. Le seul exemple qui fonctionne, c'est Taïwan, mais ce n'est pas une app et ils vont beaucoup plus loin dans la vie privée", explique Baptiste Robert, chercheur en cybersécurité.

A Taïwan ou en Corée du Sud, qui a enregistré seulement 250 décès, les autorités peuvent aller jusqu'à suivre les mouvements de compte d'une personne atteinte du Covid-19 pour retracer le fil de sa journée, où elle a retiré de l'argent, où elle a fait ses achats, regarder les caméras de surveillance, etc... L'objectif d'une application mobile de traçage est de permettre à chaque utilisateur qui apprend sa contamination de prévenir tous les autres utilisateurs qu'il a croisés dans les deux semaines précédentes, pour que ceux-ci puissent prendre leurs précautions (auto-confinement, tests...). L'application StopCovid demanderait aux smartphones de rechercher continuellement des signaux Bluetooth pour détecter lorsque deux personnes se croisent pendant une certaine durée, et à une distance rapprochée.

Dans ce cas, le téléphone portable de l'un enregistre les références de l'autre dans son historique. Si un cas positif se déclare, ceux qui auront été en contact avec cette personne sont prévenus de manière automatique, sans connaître l'identité de la personne contaminée, leur permettant ainsi de se mettre en quarantaine, de contacter leur médecin et idéalement de subir un test de dépistage.

Mais les obstacles techniques sont encore trop nombreux. Interrogé par Business Insider France, Baptiste Robert en voit au moins trois majeurs :

  • La qualité des données collectées. "Le Bluetooth n'est pas fait pour calculer précisément la distance entre deux téléphones. L'application donne une distance vague sans qualité du contact alors qu'on a besoin de précisions : étais-je à 1 m ou 3 m de la personne ? De face ? De dos ?". Des réponses que pourraient obtenir des personnes habilitées — sans doute des milliers de "contacts tracers" — capables de retracer les chaînes de transmissions. C'est un corollaire indispensable à la réussite d'un tel projet. "On a encore voulu remplacer des personnes et un métier par une application".
  • Les faux positifs/négatifs. "Le Bluetooth capte l'intensité d'un signal. Si je mets un mur entre nos deux téléphones, on comprend que la force sera plus ou moins faible. Donc ça ouvre la porte aux faux négatifs/positifs. C'est terriblement anxiogène. Et potentiellement, on va remplir les hôpitaux et les cabinets de médecins."
  • La faille de sécurité. "On vient de découvrir une faille de sécurité sur le Bluetooth qui permet à un attaquant d'obtenir le contrôle total de votre appareil sans action de votre part, juste parce que vous avez le Bluetooth activé. Avec StopCovid, on vous demanderait de l'activer en permanence...".

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Des obstacles aussi politiques

De plus, la solution ne pourra pas fonctionner sur iPhone : si vous fermez l'application ou si vous verrouillez votre téléphone, le scan des données s'arrête. Il faut donc l'accord d'Apple. Malgré tout, Paul Hermelin, président du géant informatique français Capgemini a suggéré que StopCovid puisse éventuellement se passer d'Apple, qui représente environ 15% des smartphones en circulation en France. Cette déclaration laisse pantois certains spécialistes.

Après les freins techniques, il y a aussi le blocage politique. Le 2 mai, le ministre de la Santé Olivier Véran a marché sur les pas d'Edouard Philippe en esquissant un abandon du système : "au 11 mai, non, il n'y aura pas d'application StopCovid disponible dans notre pays et le Premier ministre a été très clair, si ce type d'application devait voir le jour, être opérationnel, devait faire montre d'efficacité, il y aurait un débat spécifique au Parlement, rien n'a changé de ce point de vue là", a-t-il déclaré lors d'un point presse sur la prolongation pour deux mois, jusqu'au 24 juillet, de l'état d'urgence sanitaire en France. Pourtant, ce projet de loi de prolongation de l'état d'urgence sanitaire prévoit bien une collecte des données à travers la mise en œuvre d'un "système d'information" concernant les personnes malades et leur entourage pour une durée maximale d'un an. Une sorte de dossier médical partagé.

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Mais Olivier Véran a précisé que les données récoltées "ne le seront pas pour une application, c'est indépendant de StopCovid". Politiquement, le sujet ne semble donc pas recueillir les faveurs de l'exécutif, prudent sur les questions de libertés fondamentales et de respect de la vie privée, même si Cédric O continue à défendre StopCovid. Ambassadeur de la souveraineté numérique européenne et française, le secrétaire d'Etat au numérique a pourtant choisi la plateforme américaine Medium pour annoncer "des tests en conditions du réel dans la semaine du 11 mai afin de terminer la phase de validation opérationnelle", sans en préciser la teneur. Le débat au Parlement pourrait avoir lieu dans la foulée, selon le ministre.

Malgré ces prises de position, Cédric O est toujours persuadé du bien fondé, de l'intérêt et de l'utilité de l'application, jusque à écrire que "refuser ces outils pour des raisons philosophiques" reviendrait à "accepter un risque significatif de malades et de morts supplémentaires". Le débat annoncé au Parlement et les prochaines décisions du gouvernement trancheront la question du maintien ou non de StopCovid.

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