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Sur OnlyFans, les célébrités viennent concurrencer les travailleurs du sexe

Sur OnlyFans, les célébrités viennent concurrencer les travailleurs du sexe
Tout le monde veut sa part du gâteau sur OnlyFans. © Business Insider/Albane Guichard

Pour espérer se faire un peu d'argent sur Internet au début des années 2010, on pouvait filmer des sketchs dans sa chambre ou un tutoriel maquillage et publier la vidéo sur Youtube. Ensuite est venue l'ère d'Instagram, et des influenceurs beauté, fitness et autres business lucratifs. Désormais en 2020, la nouvelle mode pour se faire un petit pactole en ligne c'est de vendre ses "nudes" sur OnlyFans (des photos nues ou dénudées, du simple selfie à la mise en scène travaillée). La plateforme connaît un succès fulgurant depuis le confinement, au point d'être surnommée "l'Instagram du porno".

Des étudiant(e)s lambdas aux célébrités, tout le monde s'y met. Mais pour les personnes dont c'est le métier, la démocratisation d'OnlyFans n'est pas forcément une bonne nouvelle. Pour certains travailleurs et travailleuses du sexe (TDS), la plateforme est devenue leur gagne-pain principal, notamment depuis que la pandémie de coronavirus a limité les interactions physiques. Alors lorsque des stars comme l'Américaine Bella Thorne viennent les concurrencer sur le site dans leur propre domaine, c'est toute la profession des TDS qui se retrouve menacée.

Depuis que l'actrice a fait payer 200 dollars pour un nude (qui s'avérait être une photo semi nue), et qu'elle a amassé 1 million de dollars en une journée, le vent a tourné pour les créateurs. La plateforme a revu leur plafond de rémunération à la baisse : 100 dollars maximum pour un message privé payant (ou PPV, Pay-per-view), contre 200 dollars auparavant, 100 dollars également pour les pourboires pendant les quatre premiers mois, et surtout, le prix des messages à la carte pour les comptes ne nécessitant pas d'abonnement est passé de 200 à 50 dollars maximum.

Une économie bouleversée par les célébrités

Bella Thorne s'est depuis excusée, et OnlyFans affirme que cette nouvelle politique n'a rien à voir avec elle, mais trop tard, le mal est fait.

"Le changement des règles nous a toutes et tous secoué(e)s, nous avons dû changer de manière de travailler", témoigne Diane Armoiz, une travailleuse du sexe française inscrite sur OnlyFans depuis mai 2020. "Pour une bonne partie d'entre nous, les paliers maximum de 100 dollars sont en-dessous de notre prix habituel", explique-t-elle.

Pour autant, les TDS ne demandent pas à garder l'exclusivité d'OnlyFans. La communauté se veut d'ailleurs accueillante avec les novices qui vendent leurs nudes pour arrondir leurs fins de mois : "Ces personnes là ont réellement besoin d'un complément de revenu et, entre TDS, on se soutient toujours", affirme Diane Armoiz.

La concurrence déloyale se trouverait plutôt du côté des célébrités, qui n'ont pas réellement besoin de cet argent, et mentent en plus parfois sur la marchandise, bouleversant une économie qui fonctionnait avant leur arrivée.

Arnaques et publicité mensongère

Lorsqu'une célébrité sur OnlyFans prétend y vendre des nudes, mais ne vend en réalité qu'une photo en maillot de bain, c'est toute la communauté des travailleurs du sexe qui se retrouve décrédibilisée. "Ces personnes se définissent elles-mêmes comme non travailleuses du sexe et refusent de faire partie de la communauté. Mais dans l'esprit des potentiels clients, le lien se fait et le doute s'installe", explique Diane Armoiz.

En plus de perdre des clients, les TDS perdent également la confiance de leurs abonnés, qui peuvent se montrer plus méfiants après avoir été victimes de publicité mensongère. Certains comptes se sont également spécialisés dans la vente des photos qui ne leur appartiennent pas.

"Ces comportements très problématiques à base d'arnaque donnent une image affreuse à l'industrie", regrette la travailleuse du sexe. "Nous on ne va pas mentir pour vendre ou arnaquer les clients en n'envoyant pas les contenus commandés. Tout simplement parce que c'est notre revenu principal et si on commence à se comporter comme ça, on se met nous-mêmes en danger."

Comme beaucoup de créateurs OnlyFans, Diane Armoiz souhaiterait que la plateforme sanctionne directement les créateurs qui arnaquent les utilisateurs : "la communauté entière n'a pas à souffrir des conséquences d'une personne mal intentionnée", regrette-elle.

Les TDS invisibilisés par OnlyFans

Si on se fit au blog d'OnlyFans, la plateforme semble n'accueillir que des sportifs, musiciens et autres créateurs de contenus "classiques". Pourtant, les contenus pornographiques constituent la majorité du site.

Mais OnlyFans laisse les travailleurs et travailleuses du sexe gérer seuls ce problème, alors même qu'elle leur doit en grande partie son succès, et son capital —la plateforme prélève 20 % de la vente des contenus sur son site.

Pour autant, elle se garde bien d'en faire la promotion, et préfère mettre en avant les coachs sportifs et musiciens inscrits sur la plateforme. Sur le blog de l'entreprise, le guide "Les genres de contenus que vous pouvez trouver sur OnlyFans" ne fait aucune mention des nudes et contenus pornographiques, qui sont pourtant majoritaires. Et la seule occurence du mot "porno" concerne le partage d'un article du Huffington Post intitulé "OnlyFans ne se limite plus au porno". Le message est clair.

Sans demander à ce que la plateforme fasse l'apologie de la pornographie, les TDS n'apprécient pas d'être invisibilisés : "Compte tenu des sommes que les travailleurs du sexe ramènent au site, ce serait plus qu'appréciable que notre travail soit mis en avant", estime Diane Armoiz.

Cela ne semble pas prêt d'arriver. L'entreprise tente de plus en plus d'attirer des créateurs de contenus plus "grand public". Le risque pour les TDS ? Qu'à terme, OnlyFans arrive à être rentable sans les travailleurs et travailleuses du sexe, et qu'ils/elles deviennent personæ non gratæ sur la plateforme...

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