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Sur sept simulations de la NASA, une seule aurait permis d'éviter qu'un astéroïde ne percute la Terre

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Sur sept simulations de la NASA, une seule aurait permis d'éviter qu'un astéroïde ne percute la Terre
Un astéroïde s'approchant de la Terre pourrait difficilement être évité. © Peter Carril/ESA

Un groupe international d'experts spatiaux a été battu par un hypothétique astéroïde. Une fois de plus. Lors d'une simulation de défense planétaire menée par la NASA le mois dernier, plus de 200 participants d'une vingtaine de pays ont appris qu'un astéroïde fictif allait frapper la Terre dans six mois. Ils se sont mis d'accord pour étudier tous les moyens possibles d'éviter l'impact. Mais au final, le groupe a déterminé qu'aucune technologie existante ne pouvait arrêter l'astéroïde, compte tenu du délai d'alerte limité du scénario. Le rocher a fini par raser l'Europe de l'Est.

Paul Chodas, responsable du Centre d'études des objets géocroiseurs de la NASA, a contribué à la conception et à l'organisation de la récente simulation, ainsi que de cinq exercices précédents du même type que l'agence a organisés depuis 2013. Au total, la NASA a contribué à diriger sept scénarios d'impact d'astéroïdes au cours des huit dernières années. "Chacun d'entre eux est différent", a exposé Paul Chodas à Insider.

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Mais les résultats ont, pour la plupart, une similitude inquiétante : dans tous les cas, à l'exception d'un seul, au moins une partie de l'astéroïde a frappé la Terre. "Il y a un certain aspect morbide", a déclaré à Insider Matthew Holman, un astronome de l'université de Harvard, qui a participé aux simulations de la NASA en 2015 et 2019.

Les sombres résultats des ces simulations révèlent à quel point il serait difficile d'arrêter un astéroïde dans la vie réelle, même avec des années de préavis. Mais les échecs répétés de ces exercices, selon les experts, servent toujours un objectif crucial : ils aident le monde à se préparer à une crise de ce genre en apprenant aux gouvernements et aux scientifiques comment communiquer et partager les informations avant un impact. "C'est en forgeant que l'on devient forgeron", a présagé Paul Chodas.

Le score - Astéroïdes : 6 / Humanité : 1

Selon Paul Chodas, la simulation du mois dernier a mis les participants en situation d'échec. "C'est ce que nous appelons un scénario d'alerte rapide", a-t-il indiqué. "C'était, de par sa conception, très difficile." Mais ce n'était pas le scénario le plus difficile que Paul Chodas ait contribué à créer, ni même celui dont le délai était le plus court.

Lors de la première simulation d'impact de la NASA, réalisée en partenariat avec l'Agence fédérale de gestion des urgences, des scientifiques et des responsables gouvernementaux ont dû déterminer ce qu'il fallait faire face à un astéroïde de la taille de la statue de la Liberté qui devait frapper cinq semaines plus tard. Les participants, tout comme le groupe du mois dernier, se sont retrouvés avec peu de recours étant donné la brièveté du délai. Ils ont déterminé qu'il serait impossible d'empêcher cette roche spatiale de s'écraser dans l'océan Atlantique, près de la Virginie. Le tsunami qui en résulterait, selon les participants, ferait 15 mètres de haut et dévasterait une partie de la côte est des États-Unis.

Un astéroïde de la taille d'une maison passe au-dessus du ciel de Chelyabinsk, en Russie, en 2013. AP

Ce n'est pas un hasard si la NASA a mené cette première simulation en 2013. En février de cette année-là, un astéroïde de la taille d'une maison est entré dans l'atmosphère au-dessus de Tcheliabinsk, en Russie. Il a brisé des vitres, fait s'effondrer des bâtiments et blessé plus de 1 000 personnes. Personne ne l'a vu venir. L'année suivante, la NASA et la FEMA ont réessayé : cette fois, l'astéroïde fictif de la simulation était près de trois fois plus gros, mais il a été découvert environ sept ans avant l'impact prévu.

Plus un astéroïde est découvert tôt, plus les scientifiques ont de chances d'en empêcher l'impact. Les meilleurs outils actuellement disponibles sont les explosifs nucléaires, qui pourraient être déclenchés à proximité d'un astéroïde pour le briser en morceaux moins dangereux, et les engins spatiaux qui pourraient percuter un astéroïde pour le faire dévier de sa trajectoire.

La NASA est sur le point de tester cette dernière technologie avec sa mission DART (Double Asteroid Redirection Test). À l'automne 2022, une sonde de la NASA devrait se diriger vers l'astéroïde Dimorphos et le heurter de manière délibérée.

Le projet DART. NASA/Johns Hopkins APL

Paul Chodas pense qu'un préavis de cinq ans est le minimum absolu pour déployer avec succès l'une de ces options, bien que d'autres experts estiment qu'il faudrait au moins une décennie pour planifier, construire et lancer une mission anti-astéroïde à partir de zéro. Brent Barbee, ingénieur aérospatial au Goddard Space Flight Center de la NASA, a déclaré à Insider qu'aucun engin spatial pouvant servir à cette fin n'est "prêt à partir et à danser". "Il doit être construit à la demande", a déclaré Brent Barbee. Le préavis de la simulation de 2014 de la NASA a permis aux participants de faire exactement cela. Ils ont envoyé un vaisseau spatial pour percuter l'astéroïde et le dévier deux ans avant son arrivée.

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Mais même à ce moment-là, un morceau de 50 mètres de l'astéroïde s'est détaché à cause de la force du vaisseau spatial, et la roche a commencé à se diriger vers la côte du Golfe du Texas. Deux ans n'étaient pas suffisants pour lancer une autre mission de déviation, et une fois de plus, la Terre a été touchée.

Dans une simulation, un fragment d'astéroïde a détruit la ville de New York

En 2015, la NASA avait fait appel aux agences spatiales de plusieurs autres pays pour participer à ses exercices. La première simulation avec ce groupe international a été similaire à celle de l'année précédente : après avoir réussi à dévier un astéroïde repéré sept ans à l'avance, les participants ont constaté qu'ils ne pouvaient pas empêcher un fragment du rocher de frapper l'Inde. Il a explosé avec la force d'une petite bombe.

Illustration d'un astéroïde se brisant en plusieurs morceaux. Reuters/NASA/JPL-Caltech/Handout

Paul Chodas appelle ce résultat "l'éclatement de l'astéroïde". Ce n'est pas par hasard que le fractionnement est apparu dans plusieurs exercices, a-t-il déclaré, car il pense qu'"il est très concevable que quelque chose de ce genre se produise." Idéalement, ajoute Paul Chodas, les missions de déviation d'astéroïdes devraient être adaptables et capables de cibler à nouveau les morceaux imprévisibles qui se détachent.

Le schéma se reproduit : dans une simulation de la NASA réalisée en 2016, le groupe n'a pas non plus réussi à arrêter un astéroïde, pourtant repéré quatre ans à l'avance. L'astéroïde de 120 mètres devait, selon les participants, impacter une zone de 841 kilomètres carrés près de Pasadena, en Californie.

Lors de l'exercice 2019, les experts ont décidé d'essayer d'empêcher un hypothétique astéroïde de frapper Denver, dans le Colorado, en le percutant avec plusieurs engins spatiaux. Cela a fini par changer la trajectoire de l'astéroïde, mais dans le processus, un morceau de roche de près de 80 mètres s'est détaché et a frappé la ville de New York. Paul Chodas a décrit cet exercice comme "le pire des scénarios" : à la fin, Central Park a été décimé par une boule de feu qui a libéré autant d'énergie qu'une bombe atomique.

Central Park aurait pu être détruit. REUTERS/Lucas Jackson

Dans la simulation du mois dernier, la République tchèque et l'Autriche n'ont pas fait mieux. La grande — et unique — victoire de l'Humanité dans ces exercices a eu lieu lors de celui de 2017, au cours duquel les participants ont repéré un astéroïde de la taille d'une tour Eiffel 10 ans à l'avance. Après avoir envoyé une mission de repérage dans l'espace, les scientifiques ont découvert qu'il s'agissait en fait de deux roches spatiales en orbite l'une autour de l'autre. C'est ce qu'on appelle un astéroïde binaire. D'après Paul Chodas, la NASA a donné à la simulation ce coup de pouce parce qu'un tiers des astéroïdes ont tendance à être binaires. Plutôt que d'envoyer un vaisseau spatial sur cette paire d'astéroïdes, les experts ont choisi de les faire exploser à l'aide d'armes nucléaires — et ils ont réussi.

Malgré des échecs répétés, les experts tirent de précieux enseignements

Une large zone d'impact en Europe. NASA/JPL

Depuis 2013, ces simulations ont permis aux experts de s'entraîner à communiquer entre eux et avec le public avant un impact. Ils réfléchissent à la manière dont ils faciliteraient les évacuations, à ce qu'ils diraient pour que le public reste calme et informé, et à la manière de partager de manière responsable les informations entre les gouvernements.

Selon Matthew Holman, chaque exercice successif de la NASA s'est amélioré par rapport à son prédécesseur. "Les gens se sont absolument améliorés au fil des ans", a-t-il déclaré, ajoutant que de plus en plus de pays participent à chaque fois.

En particulier, les scientifiques ont affiné leur capacité à utiliser la taille, la rotation et la trajectoire orbitale d'un astéroïde hypothétique pour prédire l'endroit où il frappera et l'ampleur des dégâts qu'il causera. Ces évaluations peuvent aider les gouvernements à décider de la meilleure façon de réduire la gravité d'un impact et de mettre les bonnes personnes à l'abri.

Les simulations ont également révélé que ces évaluations évoluent rapidement à mesure que les scientifiques en apprennent davantage sur l'arrivée d'un astéroïde. Au cours des premières étapes d'un exercice, l'emplacement possible de l'impact pourrait être n'importe où sur le globe, a déclaré Brent Barbee. Cette estimation évolue au fur et à mesure que la simulation progresse, de sorte que les données peuvent suggérer qu'un astéroïde s'écrasera sur l'Afrique, avant de désigner l'Europe comme la cible la plus probable peu après. "Je suis heureux que nous découvrions ce genre de choses maintenant en travaillant sur les détails des scénarios simulés avant d'être confrontés à un scénario réel", a conclu Brent Barbee.

Morgan McFall-Johnsen a contribué à la rédaction de cet article.

Version originale : Aylin Woodward/Insider

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