La patronne de YouTube a demandé aux youtubeurs de participer à sa guerre contre l'Europe — mais cette stratégie pourrait se retourner contre Google

La directrice générale de YouTube Susan Wojcicki. FilmMagic for YouTube

Une fois n'est pas coutume, la directrice générale de YouTube Susan Wojcicki a pris la parole publiquement pour s'attaquer à une disposition européenne "qui pourrait changer radicalement l'Internet "— mais elle a peut être pris un risque en agissant de la sorte.

Lundi 22 octobre, Susan Wojcicki a écrit une lettre aux créateurs de contenus pour leur demander de se joindre à elle dans sa guerre contre l'Europe qui s'apprête à imposer des modifications au droit d'auteur.

"Cette directive constitue une menace évidente pour vos revenus et votre pouvoir de faire entendre votre voix dans le monde. (...) Prenez quelques instants pour découvrir l'impact de cette directive sur votre chaîne et connaître les mesures à prendre dès maintenant. Expliquez, sur les réseaux sociaux (avec le hashtag #SaveYourInternet) et sur votre chaîne, pourquoi l'économie créative est importante et comment vous serez affecté par cette directive", relate le texte.

Dans sa ligne de mire: la directive sur les droits d'auteur votée au Parlement européen le 11 septembre 2018, rejetée une première fois en juillet, qui oblige les plateformes à nouer des accords avec les titulaires des droits d'auteur des vidéos publiées. Et ça, Google n'en veut pas.

Si ce vote a marqué la fin du processus parlementaire, il ne signifie pas pour autant que c'est ce texte qui sera appliqué. En effet, ce sont des réunions informelles avec un nombre très restreint de membres du Parlement et du Conseil — appelées trilogue — qui sont chargées de trouver un accord définitif sur le texte.

C'est donc de ce côté qu'il faut chercher la raison pour laquelle YouTube se fait aujourd'hui entendre par la voix si rare de sa patronne.

Pascal Rogard, directeur général de la SACD, la société des auteurs et compositeurs dramatiques, ne se fait pas d'illusion: ce sont en effet les membres du trilogue que YouTube cherche à influencer. Il explique à Business Insider France:

"Ils essaient par tous les moyens de mettre la pression alors que nous sommes en pleine phase de trilogue. C'est une stratégie classique mais contre-productive selon moi. Ils prennent un risque: je ne suis pas certain que les politiques participant au trilogue apprécient ce genre d'initiatives. On l'a vu lors du vote au Parlement: ce travail de lobbying avait excédé José Bové ou Virginie Rozière par exemple."

La députée européenne Virtigine Rozière avait jugé le lobbying des Gafa "inacceptable".

Le trilogue a jusqu'au mois d'avril pour trouver un accord. Après, il sera trop tard en raison des élections européennes de fin mai et le texte voté deviendra caduque.

Cette position de la part de la filiale de Google n'est pas une surprise. A l'instar d'autres grandes entreprises d'internet, le géant de Moutain View a investi des sommes importantes en lobbying pour faire pencher la balance en sa faveur. Rien qu'en 2017, Google a  dépensé plus de 6 millions d'euros en lobby à Bruxelles selon le site Lobby Facts.

Vous avez apprécié cet article ? Likez Business Insider France sur Facebook !

Lire aussi : Google marche sur les pas de Facebook et supprime 39 chaînes YouTube liées à l'Iran

VIDEO: Cet artiste s'inspire de l'univers des crypto-monnaies pour créer ses œuvres