Taux négatifs : comme les États, ces entreprises gagnent de l’argent en empruntant

Une boutique de la marque de luxe Louis Vuitton, à Paris. REUTERS/Charles Platiau

Si vous cherchez à souscrire un crédit immobilier, vous avez dû vous apercevoir que les taux d'intérêts étaient bas, très bas. Et pour certains Etats — réputés stables et sûrs sur le plan financier, comme l'Allemagne — ils sont même négatifs. Autrement dit, ils peuvent emprunter de l'argent sur les marchés en remboursant moins que les montants prêtés par leurs créanciers. Aujourd'hui, ce phénomène ne se cantonne pas aux dettes souveraines et gagne les entreprises.

"Ce qui n'est pas normal, souligne Stéphane Deo, stratégiste chez La Banque Postale Asset Management. Car lorsque vous prêtez à une entreprise, vous prenez un risque." Or, le risque est normalement contrebalancé par un meilleur rendement et donc des taux plus élevés. "Actuellement, un quart du volume des obligations d'entreprises émises en zone euro ont un rendement négatif", précise-t-il. Celles qui profitent le plus de cette situation sont les sociétés les mieux notées, dont la dette représente le moins de risque pour les créanciers. 

Ces entreprises appartiennent généralement à des secteurs bénéficiant de revenus récurrents, vendant des biens et services essentiels (consommation de base), à l'opposé des entreprises cycliques, plus soumises aux évolutions de la conjoncture économique. Parmi elles, figurent par exemple le groupe agroalimentaire Nestlé, qui a pu émettre des obligations à taux négatifs au cours des derniers mois. 

Voici d'autres entreprises qui ont bénéficié de taux négatifs : 

  • En février, le groupe de luxe LVMH a émis 300 millions d'euros de dette, à échéance février 2021, à un taux de - 0,02% ;
  • En mars, la société pharmaceutique Sanofi a émis 850 millions d’euros de dette, à échéance mars 2022, à un taux de - 0,05% ;
  • En mai, le spécialiste de l'électronique pour l'aérospatiale et la défense Thales a émis 500 millions d'euros de dette, à échéance mai 2022, à un taux de - 0,04% ;
  • Début juillet, Schneider Electric, expert en énergie électrique, a émis 200 millions d'euros de dette à échéance septembre 2024 et à un taux de - 0,04%.

Si les entreprises sont de plus en plus nombreuses à pouvoir emprunter à des taux négatifs, c'est parce que les investisseurs sont à la recherche d'actifs plus rémunérateurs que les emprunts d'Etat. Ils sont donc prêts à prendre plus de risque pour perdre moins d'argent, en prêtant à des grands groupes à des taux certes négatifs mais qui restent malgré tout plus élevés que les taux des dettes souveraines.

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Toutefois, ce report sur les obligations d'entreprises tend à tirer leurs taux encore un peu plus vers le bas. Résultat, pour espérer de meilleurs rendements, les investisseurs risquent à nouveau de migrer, cette fois-ci vers des sociétés dont la dette est moins bien notée.

Actuellement, 470 milliards d'euros de dettes d'entreprises libellées en euros sont traités à taux négatifs, précise Les Echos sur la base d'estimations de Bloomberg. Et ce montant pourrait vite grimper si les taux d'intérêts des obligations d'entreprises se rapprochaient encore un peu plus des taux des emprunts d'Etats.

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