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'Tenet' au cinéma : faut-il se laisser emporter par la machine de Christopher Nolan ?

'Tenet' au cinéma : faut-il se laisser emporter par la machine de Christopher Nolan ?
John David Washington et Robert Pattinson dans "Tenet". © Warner Bros

Un film de Christopher Nolan est toujours un événement depuis que, au milieu des années 2000, le réalisateur britannique a dépoussiéré le film de super-héros avec sa trilogie Batman. Depuis, il est un des seuls réalisateurs à Hollywood capable de sortir des blockbusters à très gros budget qui ne reposent pas sur une marque préexistante. A l’ère des films Marvel, des suites de “Star Wars” et des sagas sans fin à la “Fast & Furious”, Christopher Nolan est en quelque sorte devenu une franchise à lui tout seul : la promesse d’un cinéma spectaculaire et exigent, un divertissant qui peut exploser les compteurs au box-office et aligner les récompenses prestigieuses. Son précédent film, “Dunkerque”, est ainsi devenu le film de guerre ayant généré le plus de recettes au box office mondial, tout en récoltant au passage huit nominations aux Oscars.

Pour toutes ces raisons, “Tenet”, le onzième long-métrage du réalisateur, qui sort ce mercredi 26 août, comptait parmi les films les plus attendus de 2020 avant même que l’année ne commence. Quand la pandémie de Covid-19 a mis un coup d’arrêt à l’industrie cinématographique, le film s’est retrouvé dans une position unique : le seul blockbuster de l’été, celui qui doit faire revenir le public dans les salles obscures, qui doit relancer la machine et sauver les exploitants du monde entier, qui subissent une baisse drastique de la fréquentation ces derniers mois.

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Sa sortie ayant été plusieurs fois retardée, l’attente autour de “Tenet” est devenue telle qu'on commençait à penser qu’on allait forcément être déçus. Alors, “Tenet” tient-il ses promesses ?

Si vous cherchez à voir un film à gros budget spectaculaire, qui vous tiendra en haleine pendant presque 2h30, alors oui. Christopher Nolan réemploie ici les recettes qui ont fait le succès d'"Inception”, “The Dark Knight” ou “Dunkerque” dans un thriller d’espionnage. Comme si on lui avait confié l’écriture d’un James Bond à sa sauce.

Le protagoniste du film, joué par John David Washington (“Blackkklansman”), est un espion qui se trouve impliqué dans une mission secrète. Il découvre rapidement qu’une technologie permettant aux objets — et personnes — d’être “inversés” et de remonter le temps a été inventée dans le futur afin de déclencher une catastrophe pire qu’une Troisième Guerre mondiale. Il doit maintenant percer le mystère de cette technologie et empêcher ce cataclysme.

Un puzzle façon jeu vidéo

Friand des scènes d’actions spectaculaires, des vraies explosions et des décors hors norme filmés en caméra IMAX, Christopher Nolan ne déroge pas à ses habitudes. Qu’il s’agisse d’envoyer un Boeing 747 s’écraser dans un hangar, de braquer un fourgon en marche sur l’autoroute ou de chorégraphier une bataille finale qui rappelle celle d’”Inception”, le contrat est rempli, on en prend plein les yeux.

Pour ce qui est du scénario exigent, des mécanismes complexes qui ont sont devenus la marque de fabrique du cinéaste, on peut là aussi dire que le contrat est rempli. Christopher Nolan poursuit l’exploration de son sujet de prédilection : le temps. Après le temps qui s’étire dans “Inception”, le temps qui passe dans “Interstellar”, et le temps qui défile façon course contre la montre dans “Dunkerque”, le britannique imagine ici un monde où le temps est malléable à merci. Où celui-ci défile aussi bien en avant qu’en arrière. Où le futur pourrait réparer les erreurs du passé, et où les individus seraient maître de leur destin. Une sorte de nouvelle interprétation de la machine à remonter le temps, sur fond d’algorithme et de guerre technologique.

Le film assume son côté puzzle. Le personnage de John David Washington n’est qu’un rouage au sein du mécanisme qu’est “Tenet”. C’est un avatar de jeu vidéo pour le spectateur qui pénètre dans l’univers du film. Un héros stoïque qui a pour unique but d’accomplir sa mission. Quelques personnages secondaires, interprétés par Clémence Poésy, Michael Caine ou encore Aaron Taylor-Johnson, sont sur le chemin du protagoniste pour exposer les enjeux.

Un duo avec Robert Pattinson qui fonctionne

Heureusement, “Tenet” a aussi une dimension film d’espionnage plus humaine. Quand Neil, personnage joué par Robert Pattinson, chargé d’aider le protagoniste à mettre en action ses plans, entre en jeu, c’est un duo d’acteurs charismatiques qui fonctionne parfaitement. Une alchimie qui donnerait presque envie de voir d’autres aventures les mettant en scène.

Il y aussi Kat, interprétée par Elizabeth Debicki (“Les Veuves”), la femme d’Andrei Sator, le grand méchant du film. Elle est certainement le personnage le plus complexe de “Tenet”. Au départ simple étape sur le parcours du protagoniste, elle devient le cœur émotionnel du film. Elle passe alors de victime sous l’emprise de Sator à maîtresse de son propre destin.

Malheureusement la nature un peu trop abstraite de la mécanique au cœur du film est moins facile à comprendre que celles d’”Inception” ou “Interstellar”, si bien que le long-métrage se prend les pieds dans le tapis à force de retournements. A ce moment là, deux solutions s’offrent à vous : soit vous cherchez à absolument tout comprendre, au risque de vous sortir du film, soit vous acceptez le fait que tout n’est pas immédiatement logique, et vous profitez du spectacle.

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