La tension monte d'un cran entre la Commission européenne et l'Italie en raison du 'déficit excessif' du pays — mais les marchés réagissent bien cette fois-ci

Matteo Salvini, le ministre de l'Intérieur italien et vice-président du Conseil, à Rome, le 24 octobre 2018. REUTERS/Alessandro Bianchi

Le gouvernement italien et la Commission européenne campent sur leurs positions respectives. L'organe exécutif de l'Union européenne (UE) a de nouveau rejeté le projet de budget de l'Italie, mercredi 21 novembre 2018, et a franchi le premier pas vers une procédure de sanction à l'encontre du pays.

La Commission estime que le gouvernement italien ne respecte pas les règles en vigueur au sein de l'UE, en raison de sa prévision de déficit budgétaire laissée inchangée depuis fin septembre, à 2,4% du produit intérieur brut (PIB) pour 2019, contre 1,8% cette année.

Elle compte donc lancer une procédure pour "déficit excessif", justifiée par le fait que la dette publique du pays, qui représente plus de 130% de son PIB, ne baissera pas l'an prochain, contrairement à ce qu'imposent les règles communautaires.

"L'impact de ce budget sur la croissance serait négatif selon nous. Il n'intègre pas des mesures significatives permettant de renforcer la croissance potentielle, au contraire peut-être", a déclaré lors d'une conférence de presse le vice-président de la Commission en charge de l'euro, Valdis Dombrovskis, selon Reuters.

Mais le gouvernement de coalition de Giuseppe Conte justifie le creusement du déficit par la nécessité d'accroître la dépense publique afin de relancer l'économie. Le vice-président du Conseil italien, Matteo Salvini, n'entend rien concéder sur ce point. "Nous sommes convaincus par les chiffres de notre budget. Nous en parlerons dans un an", a-t-il dit à des journalistes après l'annonce de la décision de Bruxelles, rapporte Reuters.

Quand Rome avait annoncé son projet de budget fin septembre, les marchés s'étaient soudainement montrés fébriles et les banques italiennes avaient brusquement vu leurs cours chuter en Bourse, emportant avec elles l'ensemble du secteur bancaire européen.

Mais cette fois-ci, il n'en est rien. Les banques de la Péninsule s'inscrivent même en progression à la Bourse de Milan, à l'image d'UniCredit, en hausse de plus de 2% à 15h10 ce mercredi.

De même, pas de panique sur le marché obligataire. Au lieu de décoller, le rendement des obligations italiennes s'affiche en recul et le "spread" Italie-Allemagne à dix ans diminue.

Une déclaration du président du Conseil a visiblement changé la donne. Giuseppe Conte s'est dit préoccupé par l'évolution de l'écart de rendement (spread) entre les emprunts d'Etats italiens et allemands. Et il a ajouté que le gouvernement entreprendrait des réformes pour y répondre, précise Reuters.

Juste après ses propos, le spread est descendu vers 311 points de base mercredi, après avoir grimpé jusqu'à près de 334 points dans la journée de mardi.

Evolution du spread Italie-Allemagne à dix ans, à 15h26, mercredi 21 novembre 2018. Investing

La procédure pour déficit excessif que devrait enclencher la Commission européenne est susceptible d'aboutir à des amendes contre l'Italie. Dans les faits, aucune des procédures ouvertes ces dernières années n'a débouché sur de véritables sanctions.

Matteo Salvini, le chef de file du parti d'extrême droite de la Ligue, allié au Mouvement 5 Etoiles (M5S) au sein de la coalition gouvernementale, estime pour sa part qu'il serait "irrespectueux" envers les Italiens d'infliger une amende à Rome.

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