Theresa May propose de prolonger la période de transition du Brexit d'une année supplémentaire

Theresa May et Jean-Claude Juncker. Getty

  • Theresa May propose aux dirigeants européens de prolonger la période de transition du Brexit de 12 mois supplémentaires.
  • La proposition signifie que le Royaume-Uni ne peut pas rompre ses liens avec l'UE avant décembre 2021 au plus tôt.
  • L'offre de May serait conditionnée à l'abandon par l'UE de ses demandes pour le "backstop" (filet de sécurité) en Irlande du Nord.
  • D'éminents supporters du Brexit ont critiqué l'offre, estimant qu'elle signifiait que le Royaume-Uni pourrait "ne jamais sortir".
  • Les dirigeants de l'UE réunis à Bruxelles conviennent qu'il n'y a pas eu suffisamment de progrès pour organiser un sommet en novembre.

BRUXELLES, BELGIQUE — Theresa May a annoncé aux dirigeants européens qu'elle était prête à prolonger la période de transition du Brexit d'une année supplémentaire, soumettant le Royaume-Uni aux règles et règlements de l'UE au moins jusqu'en décembre 2021.

La Première ministre britannique a déclaré lors d'une réunion des dirigeants européens à Bruxelles mercredi soir qu'elle serait prête à accepter une période de transition plus longue — ou "période de mise en œuvre" — afin de débloquer les négociations Brexit.

Selon les projets actuels, le Royaume-Uni restera dans l'union douanière et le marché unique de l'UE pendant 21 mois après le Brexit, ce qui lui donnera le temps de préparer les entreprises, les frontières et de nombreux autres domaines de la vie britannique à une sortie de l'UE.

Cependant, May a déclaré aux dirigeants de l'UE qu'elle envisageait d'accepter une période de transition de 33 mois, ce qui signifie que le Royaume-Uni ne quitterait pas complètement l'UE avant près de six ans après le référendum de 2016.

Toutefois, son offre serait suspendue à l'abandon par l'UE de ses plans pour l'Irlande du Nord, ce qui pourrait maintenir la province dans les règles douanières et commerciales de l'UE indéfiniment si le Royaume-Uni ne parvient pas à obtenir un arrangement alternatif avant la fin de la transition.

S'adressant à la BBC jeudi, May a déclaré qu'elle était prête à prolonger la transition de plusieurs mois, mais qu'elle espérait que cela ne serait pas nécessaire.

L'offre a été accueillie froidement par d'éminents soutiens du Brexit, et la députée conservatrice Nadine Dorries a appelé May à se retirer afin de céder sa place à  David Davis.

"Si Theresa May demande une période de transition plus longue, c'est qu'elle gagne du temps", a tweeté Dorries.

"Il est temps de faire un pas de côté et de laisser quelqu'un qui peut négocier aller de l'avant et fournir des résultats. J'appuie pleinement DD en tant que responsable par interim. J'ai fait ma part. Il est temps pour mes collègues de faire la leur."

Son collègue John Redwood, député, a déclaré que toute prolongation serait "inacceptable".

En parallèle, Nigel Farage, militant de la sortie de l'UE et ancien dirigeant du UKIP, a tweeté que "l'acceptation par Mme May d'une prolongation de la période de transition nous conduira aux prochaines élections générales, ce qui signifie peut-être que nous ne sortirons jamais."

Sommet de novembre sur le Brexit suspendu

May s'est adressée aux dirigeants d'autres États membres de l'UE mercredi soir, le premier jour du sommet du Conseil européen. Les dirigeants européens ont salué le ton positif de la dirigeante britannique, mais ont déclaré qu'il n'y avait pas eu suffisamment de progrès dans les négociations du Brexit pour organiser un autre sommet du Conseil en novembre.

Un accord provisoire a échoué dimanche après que le Royaume-Uni a refusé d'accepter la proposition de l'UE de maintenir l'Irlande du Nord au sein du marché unique et de l'union douanière dans le cadre du "backstop" pour préserver la frontière irlandaise sans friction.

May a déclaré que cette proposition était inacceptable car elle créerait une série de nouveaux contrôles douaniers et réglementaires entre l'Irlande du Nord et la Grande-Bretagne, portant ainsi atteinte à l'intégrité constitutionnelle du Royaume-Uni.

REUTERS/Yves Herman

Michel Barnier, le principal négociateur de l'UE en charge du Brexit, aurait évoqué l'idée d'offrir au gouvernement britannique une période de transition plus longue la semaine dernière. Selon Barnier, cela réduirait la probabilité que le filet de sécurité soit un jour utilisé.

Un porte-parole de la Première ministre a refusé d'écarter catégoriquement la possibilité d'une période de transition prolongée plus tôt mercredi, et déclaré à la presse: "Nous ne demandons pas une prolongation de l'accord de mise en œuvre."

Il est douteux que les députés pro-Brexit acceptent une période de transition plus longue. Cela signifierait 12 mois supplémentaires de contribution du Royaume-Uni au budget de l'UE et le respect des règles de l'UE, comme la libre circulation des personnes. Le député conservateur pro-démocrate Peter Bone a déclaré mercredi soir à la chaîne britannique ITV que prolonger la transition serait une idée "stupide" et "absurde".

May doit également satisfaire le Parti unioniste démocrate (DUP) qui soutient son gouvernement fragile. Le DUP a déclaré qu'il ne souscrirait à aucune clause de sauvegarde qui créerait de nouveaux contrôles entre l'Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni.

La Première ministre britannique sera à Bruxelles jusqu'à vendredi pour tenter de faire avancer les négociations Brexit.

Barnier a déclaré aux journalistes que les négociateurs avaient besoin de "beaucoup plus de temps" pour parvenir à un accord. Des fonctionnaires ont déclaré qu'un accord pourrait être conclu aussi tard que le sommet du Conseil européen de décembre, les deux parties étant déterminées à éviter tout accord.

Le Président du Parlement européen, Antonio Tajani, qui faisait du groupe de dirigeants européens à qui May s'est adressée mercredi, a dit que si May avait fait preuve de "bonne volonté", elle n'avait rien dit de "substantiellement nouveau".

Version originale: Adam Paine et Adam Bienkof/Business Insider UK

Vous avez apprécié cet article ? Likez Business Insider France sur Facebook !

Lire aussi : La livre sterling pourrait atteindre une quasi parité avec l'euro d'ici la fin de l'année en raison des incertitudes autour du Brexit

VIDEO: Voici les meilleures nouvelles fonctionnalités prévues dans iOS 12