TikTok admet avoir masqué des vidéos d'utilisateurs handicapés pour limiter le cyberharcèlement

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L'application TikTok a admis qu'elle avait mis en place une politique de modération qui limitait la portée des vidéos publiées par les utilisateurs handicapés, affirmant que cette "politique directe et temporaire" visait à mettre un frein au harcèlement. Le blog technologique allemand Netzpolitik a révélé l'information lundi, citant des documents qu'il avait obtenus de TikTok et qui décrivaient ses anciennes directives de modération, ainsi que des entretiens avec une source de TikTok ayant eu connaissance de ces consignes.

Selon Netzpolitik, les politiques de modération de l'application fixaient les règles concernant "les images de personnes très vulnérables au cyberharcèlement". Les utilisateurs concernés par la directive y sont inscrits comme des personnes "susceptibles d'être harcelées ou cyberharcelées en raison de leur état physique ou mental". Le média allemand a listé des exemples incluant les défigurations, l'autisme et la trisomie 21, comme l'a révélé des captures d'écran. 

D'après Netzpolitik, les directives de modération de TikTok limitaient la visibilité des contenus produits par ces utilisateurs. Les personnes handicapées étaient classées dans la catégorie "Risque 4" de l'application, ce qui signifie que leurs vidéos n'étaient visibles que dans le pays où elles avaient été publiées en premier lieu. Les vidéos de certains utilisateurs, jugés particulièrement vulnérables par les modérateurs, étaient même masquées du flux principal "For You" si elles dépassaient un certain nombre de vue — ce qui limitait d'autant plus la portée des publications.

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Cette politique de modération serait restée en vigueur au moins jusqu'en septembre 2019. Tout en admettant en avoir fait usage, TikTok a déclaré qu'elle n'avait "jamais été conçue pour être une solution à long terme."

"En réponse à l'augmentation des cas de harcèlement sur l'application, nous avons mis en place une politique directe et temporaire", a déclaré un porte-parole de TikTok dans un communiqué. "Cela n'a jamais été conçu comme une solution à long terme, mais plutôt comme un moyen de gérer une tendance problématique", a ajouté le représentant de l'application chinoise. "Bien que l'intention était bonne, l'approche était mauvaise et nous avons depuis changé cette politique de modération en faveur de directives plus nuancées de lutte contre le harcèlement. Nous continuons d'accroître la taille de nos équipes et de nos capacités, d'affiner et d'améliorer nos politiques, dans le cadre de notre engagement permanent à fournir un environnement sûr et positif à nos utilisateurs."

La politique de modération de TikTok avait déjà fait l'objet de vives critiques ces dernières semaines après la suspension du compte de l'adolescente américaine Feroza Aziz. Cette dernière avait publié une vidéo critiquant le traitement réservé par le gouvernement chinois aux musulmans ouïgours dans la région du Xinjiang, située au nord-ouest du pays. La publication, déguisée en tutoriel de maquillage, était rapidement devenue virale.

La société a déclaré que la suspension du compte de Feroza Aziz était due à une "erreur humaine", avant de présenter de longues excuses publiques puis de rétablir son compte. Dans une déclaration adressée à Business Insider US en réponse à la controverse, TikTok a déclaré avoir "adopté une approche directe pour minimiser les conflits" dans ses premières politiques de modération. "Une version précédente de nos directives de modération permettait de sanctionner les contenus favorisant les conflits entre sectes religieuses ou groupes ethniques dans un certain nombre de régions du monde, par exemple. Ces anciennes directrices sont dépassées et ne sont plus utilisées."

Un rapport rendu public le mois dernier par l'Institut australien de stratégie politique affirmait également que ByteDance, la maison-mère de TikTok, travaillait étroitement avec le gouvernement chinois pour faciliter la propagande étatique dissimulant les violations des droits humains commis contre les Ouïgours. Des allégations réfutées par la firme chinoise.

Version originale : Rosie Perper / Business Insider US

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