Tour de France : voici l'énergie que les cyclistes peuvent théoriquement économiser grâce à la technique de l'aspiration

La 17e étape du Tour de France, le 24 juillet 2019, avec le Français Julian Alaphilippe. REUTERS/Christian Hartmann

Le Tour de France 2019 touche bientôt à sa fin. Dimanche 28 juillet 2019, sur les Champs-Elysées, à Paris, on connaîtra l'identité du vainqueur d'une édition très indécise. L'arrivée de la dernière étape sur la plus belle avenue du monde devrait comme d'habitude se régler au sprint, entre les coureurs allant le plus vite. Et pour économiser de l'énergie pendant la course, les cyclistes utilisent parfois ce que l'on appelle la technique d'aspiration.

Il s'agit d'un phénomène aérodynamique qui permet à un coureur placé derrière un autre de bénéficier d'une moindre résistance à l'air et donc d'économiser de l'énergie pour accélérer au moment opportun. Georges Soto-Romero, chercheur du CNRS spécialisé dans le monitoring embarqué de la performance sportive, a expliqué à Business Insider France comment fonctionnait cette technique utilisée en cyclisme, mais aussi en Formule 1 ou en ski de fond.

Quand vous faites de l'aquagym, vous sentez la force de l'eau que vous devez vaincre pour faire bouger vos jambes. On retrouve ce même phénomène de résistance de l'air — bien que l'air soit moins dense que l'eau — quand un cycliste pédale à plus de 20 km/h sur du plat. A partir de 40 km/h, il devient prépondérant dans le bilan des forces. "Dans un peloton, le premier coureur fend l'air devant lui. Les molécules d'air partent à sa gauche et à sa droite et une zone de faible pression se crée derrière lui. La personne placée derrière bénéficie de cette zone de faible pression et doit faire face à une résistance de l'air moindre." Mais 15-20 mètres plus loin, on ne bénéficie plus de la zone de faible pression, car "la vague se renferme", a ajouté Georges Soto-Romero. Et si on est lâché par le peloton, on se retrouve seul-e à devoir résister à la force de l'air. 

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Le directeur de l'école d'ingénieurs Isis de Castres a précisé que "l'ordre de grandeur de protection varie en fonction de la vitesse : plus on va vite, plus on est protégé" et qu'en moyenne, le coureur placé en deuxième position devra faire "40% d'efforts en moins". Et ce pourcentage augmente pour "le troisième et le quatrième du peloton, à 50% et 55% respectivement", complète Emmanuel Brunet, responsable recherche et performance à la Fédération Française de Cyclisme (FFC), à Business Insider France. Ce dernier a détaillé que théoriquement, "dans un contre-la-montre à une vitesse de 45 et 50 km/h, en optimisant un facteur aérodynamique, un cycliste peut 'gagner' six secondes sur 10 km."

Et d'ajouter : "deux coureurs qui s'abritent mutuellement à tour de rôle vont pouvoir s'économiser en s'abritant et donc produire plus d'énergie au moment ou ils rouleront en tête. Théoriquement, cela devrait leur permettre d'augmenter de 30% leurs performances, soit plus d'une minute sur 10 kilomètres." Mais le manager des filières route & cyclo-cross a souligné que ce chiffre est théorique, car il a été obtenu à la suite de tests effectués en soufflerie, avec des coureurs qui pédalent à la même allure, sont placés les uns par rapport aux autres de façon optimale, etc. Un tableau qui ne correspond pas aux conditions réelles d'une course.

'C'est quelque chose de multifactorielle'

Il existe également le fameux "effet ventouse" : "le coureur placé derrière celui qui fend l'air, est repoussé vers l'avant, car il y a une zone de forte pression derrière et au contraire, une zone de faible pression devant", a expliqué Georges Soto-Romero. 

Enfin, "plus, on est grand, plus on doit fendre de l'air, donc plus on dépense de l'énergie, puisque la surface frontale est plus grande, c'est-à-dire que l'on s'oppose plus à l'air devant", a indiqué le chercheur du CNRS. Hormis le gabarit du cycliste, sa position sur le vélo a un impact sur le phénomène d'aspiration. "C'est quelque chose de multifactorielle. 70% à 75% est due à la position du cycliste : plus le cycliste est relevé, plus il abritera le cycliste derrière lui."

Quant à la distance, entre le premier et le deuxième coureur, l'idéal serait l'équivalent d'une roue, soit 70 cm, entre la roue-arrière du vélo du premier et la roue-avant du vélo du second, mais ce qui est plus important, "c'est que les roues soient dans le même axe", a précisé Emmanuel Brunet. Autant de paramètres que les managers d'équipe de cyclisme doivent avoir en tête pour établir des stratégies d'équipe et finir sur le podium. 

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