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Trois questions à Xavier Jaravel, lauréat du prix du meilleur jeune économiste 2021

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Trois questions à Xavier Jaravel, lauréat du prix du meilleur jeune économiste 2021
La machine ne remplace pas forcément l'homme, selon Xavier Jaravel. © Lenny Kuhne/Unsplash

Xavier Jaravel recevra lundi soir le prix du meilleur jeune économiste du Cercle des économistes et du journal Le Monde, décerné chaque année à un Français âgé de 40 ans maximum. Spécialiste des questions liées à l'innovation, il a donné à l'AFP trois exemples de ses travaux, qui abordent des questions macro-économiques en exploitant des données micro-économiques d'entreprises ou d'individus.

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Quel est l'impact de la robotisation sur l'emploi ?

Xavier Jaravel : "On pense intuitivement que la machine remplace l'Homme. Mais pas forcément. Il y a aussi un effet sur la productivité et un effet d'échelle ; vous êtes plus compétitif grâce à votre robot, vous augmentez votre qualité, vous baissez vos prix et vos coûts de production ; en conséquence, vous pouvez aussi avoir un besoin de plus de main-d’œuvre. Les entreprises qui automatisent plus ont un emploi qui augmente par rapport à celles qui automatisent moins. C'est vrai aussi des emplois qui sont moins bien payés. Et la distribution des salaires reste en fait la même dans les entreprises qui robotisent.

Quand une industrie automatise davantage, elle préserve mieux ses emplois. L'Allemagne par exemple automatise et robotise plus que la France et pour autant elle a plus d'emplois industriels. Donc envisager une taxe sur les robots en France pourrait être contreproductif, car le consommateur achèterait toujours des produits fabriqués avec des robots, mais à l'étranger. Les entreprises françaises auraient du mal à préserver l'emploi face à leurs concurrentes étrangères."

Quelles sont aujourd'hui les origines sociales des innovateurs?

"Il y a une grosse disparité en fonction de l'origine sociale mais aussi du territoire d'origine. À performances scolaires égales, si vos parents sont parmi les 10% de revenus les plus élevés, vous avez dix fois plus de chances de devenir innovateur, par exemple en obtenant un brevet ou en fondant une startup, par rapport à quelqu'un dont les parents sont en-dessous de la médiane des revenus. Et être très bon en maths prédispose à devenir innovateur seulement si vous venez d'une famille comptant parmi les 10% de revenus les plus élevés. Cela signifie qu'il y a un vivier de talents qui peut être très large pour augmenter l'innovation mais qui n'est pas du tout mobilisé.

Par ailleurs, les gens font des innovations qui sont très proches de celles auxquelles ils ont été exposés au cours de leur enfance. Si vous travaillez à Boston, sur la côte Est, et que vous avez grandi dans la Silicon Valley, il est beaucoup plus probable que vous soyez dans la tech, alors que quelqu'un qui a grandi à Boston et serait resté à Boston sera plus dans les innovations médicales ou la biotech.

L'inflation est-elle la même pour toutes les catégories sociales ?

"Aux États-Unis, les taux d'inflation sont plus élevés sur les produits que les catégories sociales moins aisées achètent. Donc, les pauvres subissent des taux d'inflation plus élevés. On ne voit pas cet effet quand on utilise des données très macro, sur 15 ou 20 secteurs, quand on regarde qui achète des ordinateurs ou des produits alimentaires, etc... Mais quand on analyse des données plus fines, on voit de grosses différences apparaître au sein des secteurs, comme avec les produits bio, qui sont achetés par les plus riches et qui ont des taux d'inflation très faibles ou dont les prix baissent.

Les plus pauvres achètent des produits "mass market" sur lesquels les taux d'inflation sont plus élevés. Si on tenait compte de cette réalité, il y aurait (dans les statistiques) trois millions de personnes en plus en situation de pauvreté aux États-Unis, qui du coup auraient accès à des dispositifs d'aide sociale, comme l'assurance maladie Medicaid.

Ce phénomène s'explique parce qu'aux États-Unis, les marchés qui sont en croissance sont ceux des produits haut de gamme achetés par les plus riches. Il y a donc une incitation à rentrer sur ces marchés parce qu'il y a des parts de marché à prendre et qu'on peut avoir un bon retour sur investissement.

Souvent l'hypothèse de base en économie, c'est que si la demande augmente, les prix augmentent. Mais si vous regardez à un peu plus long terme, la demande augmente, ça crée des incitations pour rentrer sur le marché et le prix peut diminuer – c’est ce que l’on voit dans les données."

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